Oriental : le taux d’activité féminine parmi les plus bas du Maroc, ne dépassant pas 15,6% (HCP)

Le taux d’activité au Maroc a connu une tendance baissière depuis le début des années 2000, passant de 53,1% à 43,6% en 2023 comparativement à une moyenne mondiale de 60%. Bien que cette baisse affecte tant les hommes que les femmes, l’écart entre leurs taux d’activité démontre que l’inactivité est un fait qui concerne plus particulièrement les femmes.
La baisse tendancielle du taux d’activité, en particulier celui des femmes, est l’un des principaux traits du marché du travail au Maroc. En effet, ce dernier est confronté à plusieurs pressions d’ordre économique et démographique. Malgré la forte croissance économique enregistrée au début des années 2000, le nombre d’emplois créés n’a pas été suffisant pour absorber la main-d’œuvre disponible.
Entre 2000 et 2019, l’économie marocaine n’a généré que 110.000 emplois par an en moyenne, alors que le nombre de personnes en âge de travailler a augmenté de 375 mille en moyenne annuelle.
Dans ce contexte économique et démographique, le taux d’activité est passé de 53,1% en 2000 à 43,6% en 2023 marquant une augmentation rapide du nombre de personnes en situation d’inactivité. Une augmentation encore plus préoccupante pour les femmes, étant donné la baisse continue de leur taux d’activité qui est passé de 28,1% en 2000 à 19% en 2023, demeurant nettement inférieur à celui des hommes (69% en 2023).
Afin de comprendre les déterminants structurels de l’inactivité des femmes, l’étude « Analyse intersectionnelle de la participation des femmes au marché du travail marocain : Une étude comparative entre la région de Casablanca-Settat et de l’Oriental » du HCP a pour objectif d’identifier les profils multidimensionnels des femmes les plus susceptibles de ne pas participer au marché du travail, en mettant la lumière sur les interactions entre les contraintes individuelles, sociales et contextuelles auxquelles elles sont confrontées.
Cette étude met en évidence la complexité des contraintes à la participation des femmes au marché du travail marocain à travers une approche intersectionnelle du genre, combinant des méthodologies de recherche quantitatives et qualitatives. De même, elle vise à analyser les obstacles sociaux entravant leur participation économique à travers une analyse comparative entre les régions de Casablanca-Settat et de l’Oriental.
Le taux d’activité au Maroc a connu une tendance baissière depuis le début des années 2000, passant de 53,1% à 43,6% en 2023 comparativement à une moyenne mondiale de 60%. Bien que cette baisse affecte tant les hommes que les femmes, l’écart entre leurs taux d’activité démontre que l’inactivité est un fait qui concerne plus particulièrement les femmes.
En 2023, cet écart atteignait presque 50 points de pourcentage, avec un taux d’activité des hommes de 69% contre seulement 19% pour les femmes, plaçant le Maroc parmi les pays ayant les taux d’activité féminin les plus faibles au monde. Ces disparités sont encore plus évidentes si on les compare à l’écart moyen mondial, qui est de 26 points de pourcentage.
Ces inégalités, combinées à un taux de chômage plus élevé chez les femmes (18,3% pour les femmes contre 11,5 % pour les hommes), une concentration de 41,5% des femmes employées dans le secteur agricole, ainsi qu’une situation vulnérable dans l’emploi – 57% d’entre elles sont des aides familiales, non rémunérées et dépourvues de protection sociale – accentuent leur prédisposition à l’inactivité. Ceci est attesté par le retrait d’un grand nombre de femmes rurales du marché du travail durant ces dernières années en conséquence de la sécheresse qui a impacté le secteur agricole.
À ce contexte économique s’ajoutent les pressions démographiques qui continuent à augmenter. À l’horizon de 2050, la population en âge d’activité augmenterait de 8 millions de personnes, dont la moitié sont des femmes. Les simulations réalisées révèlent que dans le scénario actuel de baisse tendancielle du taux d’activité, le nombre de femmes inactives augmenterait de 5,2 millions, faisant passer leur nombre total à 16,2 millions en 2050. Ces pressions seront aussi importantes même dans le scénario où le taux d’inactivité reste constant, où le nombre de femmes inactives augmenterait de 3,2 millions portant leur nombre à 14,2 millions.
Face à ces défis économiques et démographiques, le Maroc s’est fixé l’objectif d’atteindre un taux d’activité des femmes de 45% à l’horizon de 2035 dans le cadre de son Nouveau Modèle de Développement. Cependant, cet objectif est contraint, d’une part, par les conditions économiques, où en moyenne l’économie devrait créer 293.000 emplois pour les femmes par an, et d’autre part, par les normes sociales et culturelles qui continuent de cantonner les femmes et les filles dans des rôles traditionnellement dédiés au travail domestique, considéré comme leur responsabilité principale.
Il est à noter que 74% des femmes inactives au Maroc sont des femmes au foyer et 54% de ces femmes déclarent que la garde des enfants et les tâches domestiques sont les raisons principales de leur inactivité.
La complexité de cette configuration sociale est davantage entretenue par les perceptions sociales dominantes caractérisées par une forme de stéréotypie de genre qui limite l’accès des femmes à l’emploi. Selon l’Enquête Nationale sur la Perception des Mesures du Développement Durable réalisée par le Haut-Commissariat au Plan en 2016, 61% considèrent que « la priorité devrait être accordée aux hommes en matière d’opportunités d’emploi ». Parallèlement, 63% déclarent que « le travail des femmes compromet l’éducation de leurs enfants ».
Cette étude fait recours à des méthodes quantitatives et qualitatives pour identifier les obstacles à la participation des femmes au marché du travail. Pour appréhender la complexité de ces obstacles, l’analyse est menée sous l’angle de l’intersectionnalité qui consiste à prendre en compte le fait que les expériences des femmes sont façonnées par plusieurs facteurs interdépendants et cumulatifs, à la fois individuels, sociaux et contextuels.
L’objectif de l’approche quantitative est de déterminer les profils de femmes âgées entre 25 et 60 ans particulièrement vulnérables à l’inactivité, aussi bien à l’échelle nationale que régionale, en utilisant les données de l’Enquête Nationale sur l’Emploi de 2021. En parallèle, les contraintes sociales limitant l’accès des femmes au marché du travail sont examinées via une approche qualitative, reposant sur l’analyse des témoignages recueillis dans le cadre de 22 focus groupes, impliquant au total 274 femmes de milieux urbains et ruraux des régions de l’Oriental et de Casablanca-Settat.
Cette méthode vise à comprendre les perceptions sociales des femmes actives et inactives relatives au travail et tend à appréhender la diversité de leurs expériences vécues dans ces régions.
Le choix des régions de l’Oriental et de Casablanca-Settat se justifie par leurs différences significatives dans les taux d’activité des femmes et des hommes, ainsi que par leurs contextes économiques, démographiques et sociaux distincts.
Dans les deux régions, les taux d’activité des hommes sont comparables, avoisinant les 72%. Cependant, le taux d’activité féminine dans l’Oriental est parmi les plus bas du pays, ne dépassant pas 15,6%, alors qu’à Casablanca-Settat, il atteint 28%, figurant parmi les plus élevés. De même, Casablanca-Settat se distingue comme un centre économique majeur avec une population de 6,8 millions de personnes, contribuant à hauteur de 32% au PIB national.
Cette région se caractérise également par une densité de population très élevée (353 hab/km²) et un taux d’urbanisation de 73,6%. À l’opposé, l’Oriental, peuplée de près de 2,4 millions d’habitants, contribue à hauteur de 5% au PIB national et présente une densité et un taux d’urbanisation considérablement plus faibles de 25,7 hab/km² et 65,4% respectivement.
Les résultats montrent également que l’implication des femmes et des hommes dans le marché du travail dépend de leur cycle de vie, soulignant des parcours et des défis distincts liés au genre. Pour les femmes, les probabilités d’inactivité prennent la forme d’une courbe en U, où elles tendent à baisser en passant d’une probabilité de 83% pour les plus jeunes (25-26 ans) pour atteindre une probabilité de 72% à l’âge de 43-44 ans, pour ensuite augmenter à 77,6%. Alors que pour les hommes, la probabilité d’inactivité augmente avec l’âge, passant de 5% pour les plus jeunes (25-26 ans) à 24% pour ceux âgés de 57 à 59 ans.
