Subventions transporteurs routiers : que compte faire le gouvernement ?

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Depuis le mois de juin, les transporteurs routiers réclament le déblocage de la 17e tranche de la subvention octroyée aux transporteurs pour atténuer l’impact de la hausse des prix des hydrocarbures. Une revendication qui repose sur un engagement du gouvernement, jamais dévoilé, de subventionner les transporteurs tant que le prix du gasoil est supérieur à 10 DH.
La grogne des transporteurs routiers monte à nouveau contre le gouvernement qui depuis le mois de mai n’a plus versé la subvention accordée aux professionnels du transport dans l’optique d’atténuer l’impact de la hausse des hydrocarbures sur l’économie et sur les prix des produits.
Les professionnels réclament le déblocage de la 17ème tranche, mais pas que. Dans une lettre adressée au Chef du gouvernement en date du 2 septembre, après plusieurs communiqués, la coordination des syndicats nationaux du transport routier de marchandise dénonce le non-respect des engagements de l’Exécutif envers les transporteurs.
Fouzi Lekjaa, ministre délégué chargé du budget, se serait engagé lors d’une réunion tenue avec ladite coordination et présidée par le ministre du Transport en date du 14 mars 2022, de maintenir cette subvention tant que le prix du gasoil soit supérieur à 10 DH, lit-on dans ladite lettre. Est-ce une nouvelle forme de compensation destinée uniquement aux transporteurs ?
Et pourtant, le gouvernement n’a jamais mentionné cet engagement. On ne le retrouve ni dans le communiqué du Chef du gouvernement en date du 23/03/2022 annonçant le lancement du processus de soutien exceptionnel des professionnels du secteur du transport routier, ni sur le portail du ministère du Transport, ni même dans les déclarations des membres du gouvernement.
Dans tous les cas, c’est sur la base de cet engagement que les transporteurs appellent le Chef du gouvernement à intervenir en urgence non seulement pour débloquer la 17ème tranche mais aussi pour garantir la régularisation du versement de ladite subvention le début de chaque mois.
Certes dans la lettre la coordination n’a pas menacé de grève comme ça était le cas auparavant, mais en lissant entre les lignes, les transporteurs n’iront pas de main morte et n’hésiteront pas à mettre sous pression le gouvernement pour le pousser à céder à leurs revendications. En effet, la coordination dénonce des conditions déplorables du secteur en raison de plusieurs facteurs. «Notre pays est parmi les pays africains et arabes qui pratiquent les prix les plus élevés pour ce produit vital, et compte tenu du soupçon persistant d’une structure monopolistique contrôlant le marché des carburants dans notre pays, ces sociétés opérant sur le marché national ont accumulé d’énormes profits illégaux, comme l’indiquent certains rapports officiels », précise la coordination.
Certes les pratiques d’entente sur les prix des pétroliers, confirmées par le Conseil de la Concurrence, sont la principale raison de la hausse des prix à la pompe. Mais ce n’est pas une raison pour guérir le mal par le mal. Faut-il rappelons que le gouvernement a déjà versé 7 Mds de DH (les derniers chiffres datent de janvier 2024) depuis le lancement de ce dispositif. Et compte tenu de la situation des finances publiques et des besoins pour financer les grands chantiers sociaux, le gouvernement devrait revoir sa copie.
Malheureusement, comme nous n’avons cessé de décrier, cette subvention va à l’encontre du principe de la libéralisation des hydrocarbures et continue de susciter plusieurs points d’interrogation.
D’ailleurs faut-il rappeler que dans son dernier rapport, le Conseil de la concurrence avait mis en garde le gouvernement sur le recours à ces subventions. « Le Conseil estime que la subvention directe du gasoil et de l’essence est nocive pour l’économie », lit-on dans le rapport.
La question est de savoir si le gouvernement va continuer à verser la subvention aux transporteurs ou a-t-il décidé de mettre fin à cette rente déguisée ? Autre question et pas des moindres, l’Etat a-t-il évalué l’impact de cette mesure sur le pouvoir d’achat des Marocains ?
