Bioéconomie et de lutte contre le changement climatique : l’Afrique peut devenir un leader mondial de la croissance verte

Le rapprochement des programmes africains de bioéconomie et de lutte contre le changement climatique offre des voies prometteuses pour la transformation des systèmes agroalimentaires et la croissance durable, selon un nouveau rapport. L’Afrique peut devenir un leader mondial de la croissance verte, attirer des milliards d’investissements étrangers et favoriser la transformation économique du continent.
Selon un nouveau rapport publié aujourd’hui, la bioéconomie peut amorcer une transformation économique et contribuer à lutter contre le défi croissant du changement climatique en créant de nouveaux emplois, en assurant la sécurité alimentaire, en améliorant la nutrition et en renforçant la résilience environnementale sur tout le continent africain.
Le rapport annuel 2024 sur les tendances et les perspectives (ATOR), intitulé « Faire progresser le programme sur le climat et la bioéconomie en Afrique pour des systèmes agroalimentaires résilients et durables », exhorte les dirigeants africains, les décideurs politiques et les partenaires mondiaux à s’unir pour tirer parti des vastes ressources biologiques renouvelables de l’Afrique, afin de stimuler l’innovation, d’augmenter les investissements dans les nouvelles technologies, d’améliorer les compétences et de favoriser la transition vers la bioéconomie, tout en s’adaptant au changement climatique.
Dr Ousmane Badiane, Président d’AKADEMIYA2063 estime que « l’Afrique est à la croisée des chemins. Le continent, bien que très vulnérable face au changement climatique, dispose d’une riche biodiversité qui offre des possibilités tangibles de relever simultanément de multiples défis ». Il a déclaré : « Les investissements dans les domaines de la science et de la technologie, le développement des compétences et le partenariat avec le secteur privé réalisés pour exploiter le vaste potentiel de l’Afrique permettront non seulement de trouver des solutions pour l’adaptation au climat, mais aussi d’ouvrir la voie à de nouvelles industries et chaînes de valeur, qui permettront, à leur tour, de favoriser la création d’emplois et la diversification économique sur tout le continent, en particulier pour les jeunes ruraux et les groupes marginalisés. »
Lancé par le Système régional d’analyse stratégique et de gestion des connaissances (ReSAKSS) lors de la conférence annuelle 2024 du ReSAKSS qui s’est tenue pendant trois jours à Rabat, au Maroc, organisée par AKADEMIYA2063 et le Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable de la Commission de l’Union africaine (AUC-DARBE), en partenariat avec le think tank Policy Center for the New South (PCNS), le rapport examine les liens entre les deux questions urgentes que sont le changement climatique et la bioéconomie afin de mettre en place des systèmes agroalimentaires résilients.
Alors qu’elle ne produit que 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, l’Afrique est touchée de manière disproportionnée par le changement climatique. Trente millions de personnes en Afrique australe sont confrontées aux effets d’une grave sécheresse découlant du phénomène météorologique El Niño, caractérisé par la hausse des températures de la mer.
Le rapport explore les impacts de la crise climatique sur les systèmes agroalimentaires en Afrique et étudie les avantages d’une transition vers la bioéconomie pour atténuer les effets négatifs du changement climatique et s’y adapter. La recherche a permis de soulever des points essentiels :
- Connecter les agendas de l’Afrique en matière de changement climatique et de bioéconomie – Le rapport met en évidence la relation gagnant-gagnant entre les actions en faveur du climat et le développement de la bioéconomie, en s’appuyant sur les enseignements tirés de l’expérience des pays du continent et du reste du monde. Pour effectuer une transition vers la bioéconomie, il convient d’élaborer des stratégies alignées sur les objectifs et les priorités en matière de changement climatique. Pour ce faire, il convient, au préalable, de créer un environnement propice à l’innovation pour les entreprises émergentes, d’assurer la formation et l’éducation nécessaires pour mener à bien la transition vers la bioéconomie et d’établir une coopération au-delà des frontières.
- Risques et vulnérabilités liés au climat – Les stratégies doivent se concentrer sur la réduction des risques, en particulier dans les zones à hauts risques. En outre, les plans doivent intégrer des éléments importants tels que la recherche agricole, afin de développer de nouvelles variétés, de nouvelles techniques et des services d’information pour aider les agriculteurs à s’adapter plus rapidement. Il convient également de mettre en œuvre des approches de réduction des risques telles que l’irrigation, la mécanisation et l’agroforesterie.
- Des mesures d’adaptation au changement climatique – Le rapport souligne la nécessité d’une approche de politique intégrée pour atténuer et inverser les effets négatifs du changement climatique. Dans leur analyse de l’impact probable du changement climatique sur l’agriculture africaine entre aujourd’hui et 2050, les auteurs affirment que les meilleures politiques et les meilleurs investissements seront ceux qui offriront aux agriculteurs de multiples options d’adaptation, réduiront les risques ou augmenteront la productivité et la diversité des résultats en matière de climat.
- Impact du changement climatique et investissement stratégique dans les produits agricoles – Une analyse de l’effet du stress climatique sur les produits agricoles recommande d’investir dans des cultures moins sensibles aux chocs. Les cultures telles que le maïs, le sorgho et le soja verront leur production augmenter ou subiront des pertes moins importantes en Afrique que dans le reste du monde. Les arachides et le riz se porteront légèrement moins bien en Afrique que dans le reste du monde ; le blé et les pommes de terre subiront des pertes plus importantes que celles observées à l’échelle mondiale. Cette constatation soulève des questions cruciales en termes de politiques : les pays doivent-ils se concentrer sur les cultures moins sensibles ou investir davantage dans les cultures sensibles et créer des variétés tolérantes à la chaleur et à la sécheresse ?
- Étude des émissions de méthane – L’évaluation des concentrations actuelles de méthane à l’aide de données de télédétection par satellite révèle une présence significative d’émissions de méthane sur l’ensemble du continent. Les niveaux de méthane varient en fonction des étapes de la culture des produits agricoles (semis, croissance et récolte). Les émissions de méthane sont plus prononcées pendant la saison de récolte, ce qui révèle la contribution significative du secteur agricole aux émissions de méthane. Des stratégies telles que la récolte en temps opportun pour éviter les périodes de pluie et la gestion du traitement des résidus permettent de contrôler efficacement les émissions de méthane pendant cette étape.
- La bioéconomie dans les systèmes agroalimentaires mondiaux – Les expériences de développement de la bioéconomie dans certains pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine (Ghana, Namibie, Ouganda, Thaïlande et Brésil) démontrent l’importance d’élever la bioéconomie au rang de priorité politique absolue. En créant une synergie entre les initiatives en matière de bioéconomie, l’esprit d’entreprise, les innovations dans les secteurs de la biotechnologie et le partage des connaissances au niveau international, il sera possible de fixer des objectifs de durabilité de la bioéconomie conformes aux accords relatifs au climat et à la biodiversité et aux autres accords multilatéraux. L’exploitation des ressources naturelles doit s’accompagner d’une collaboration intersectorielle.
- Une transition énergétique juste – Un examen des défis et des voies de la transition des combustibles fossiles et de l’énergie de la biomasse vers les énergies renouvelables durables en Afrique indique que ce processus sera plus efficace s’il est « juste ». Cette stratégie est essentielle pour lutter contre le changement climatique et assurer le développement durable. Les auteurs abordent les questions de la durabilité et de la création d’emplois pour les populations marginalisées du continent, tout en soulignant l’importance de l’accès à des options énergétiques abordables et en mettant en évidence les mini-réseaux et autres solutions énergétiques décentralisées, qui sont des moyens techniques indispensables pour réaliser une transition énergétique juste, en particulier dans les régions éloignées et mal desservies.
En cette période cruciale où le continent élabore son programme d’action pour la transformation de l’agriculture pendant la décennie à venir, cette étude sera essentielle pour aider les décideurs à comprendre comment les pays peuvent mieux respecter les engagements pris dans le cadre du PDDAA en analysant en détail les facteurs qui ont contribué à limiter les progrès lors des quatre cycles précédents de revue biennale du PDDAA.
S.E. l’ambassadrice Josefa L. C. Sacko, Commissaire, Département de l’agriculture, du développement rural, de l’économie bleue et de l’environnement durable, Commission de l’Union africaine (CUA), a déclaré : « Les dirigeants politiques de l’Afrique, le secteur privé et les autres acteurs majeurs doivent s’unir pour soutenir et amplifier la dynamique des programmes de résilience et de croissance verte du continent ».
« Le rapport ATOR 2024 du ReSAKSS, qui est le rapport officiel de suivi-évaluation du PDDAA, reconnaît le caractère hautement prioritaire du changement climatique dans le programme de développement de l’Afrique. La recherche devrait être utilisée par les décideurs comme un outil d’élaboration des politiques, afin de promouvoir le dialogue sur les voies à suivre pour établir un programme post-Malabo du PDDAA plus complet qui intègre en priorité les éléments nécessaires à une transformation efficace des systèmes alimentaires vers une économie largement basée sur l’agriculture sur tout le continent. »
