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Economie

Lutte contre la corruption : le Maroc régresse, le gouvernement aux abonnés absents

corruption

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

Contrairement aux discours politiques, la lutte contre la corruption ne figure pas réellement parmi les priorités du gouvernement. Bien au contraire, avec des conditions d’émergence criantes des conflits d’intérêts, le non-respect des lois de gouvernance, l’absence de reddition des comptes, la non-application de la loi relative au droit d’accès à l’information, des instances législatives de contrôle incapables d’exercer conformément à leurs prérogatives…, la corruption s’enracine de plus en plus faisant perdre au Maroc 1 point dans l’Indice de perception de la corruption et 2 places en 2024. Le point avec Azzedine Akesbi, économiste et membre dirigeant de Transparency Maroc. 

La corruption continue de ronger notre économie. Et bien que le gouvernement refuse d’accepter que le fléau ait pris plus d’ampleur depuis qu’il est aux commandes, les chiffres et le vécu des citoyens dans la vie réelle confirment un constat alarmant.

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Malheureusement, le Maroc perd une année de plus un point dans le score de l’Indice de perception de la corruption en 2024 passant de 36 à 37, et 2 places soit passant de la 97ème place en 2023 à la 99ème en 2024, affirme l’Association marocaine de lutte contre la corruption (Transparency Maroc) ce mardi 11 février lors d’un point presse.

Rappelons que l’Indice de Perception de la corruption (IPC) est conçu par Transparency International sur la base de 13 enquêtes d’agences indépendantes. Porté sur 180 pays, l’IPC mesure la perception de la corruption dans le secteur public en se basant sur l’avis des experts et hommes d’affaires.

Il faut dire qu’hormis l’année 2018 qui a enregistré une nette amélioration du score de l’IPC soit à 73, la situation de la corruption dans notre pays ne cesse de se dégringoler.

Selon Transparency Maroc, sur une longue période, la corruption a gardé un caractère endémique sans une réelle volonté de vouloir renverser cette tendance. En 2012, le Maroc était classé 88ème, il a fluctué à la hausse et à la baisse et son meilleur classement a été enregistré en 2018 (73ème) avec un score de 43. Depuis, il n’a fait que reculer de 5 points et de 26 places entre 2018 et 2024 dans le classement mondial.

La corruption est bel et bien ancrée dans les mœurs. Nous la subissons. Elle orchestre notre quotidien. Elle s’amplifie et rend la vie des Marocains de plus en plus difficile.

Autre chiffre alarmant, celui dévoilé récemment par Mohamed Bachir Rachdi, président de l’Instance nationale de la probité, de la prévention et de la lutte contre la corruption (INPPLC) relatif au coût de la corruption au Maroc qui s’élèverait à 50 Mds de DH par an soit entre 3,5% et 6% du PIB national. Bien entendu, ce chiffre a été fortement contesté par l’Exécutif et aurait même prévalu à Rachdi une révision fiscale.

Mais jusqu’à quand le gouvernement continuera-t-il de se voiler la face ? Jusqu’à quand continuera-t-il de bafouer les lois relatives à la lutte contre la rente, la corruption et le droit d’accès à l’information ? Jusqu’à quand continuera-t-il  de faire fi du principe constitutionnel de la reddition des comptes ?

Le gouvernement avait pourtant inscrit la lutte contre la corruption parmi ses priorités. En réalité ce n’est que de la poudre aux yeux. « Paroles, paroles » diraient Alain Delon et Dalida. L’action du gouvernement semble au contraire aller  à l’encontre des discours politiques.

Et il ne semble pas qu’il soit réellement prêt à engager des réformes structurelles à même de lutter contre cette corruption systémique.

Preuve à l’appui, la commission nationale anti-corruption (CNAC), présidée par le Chef du gouvernement et mise en place depuis avril 2018, ne s’est jamais réunie durant les 3 dernières années soit depuis que le gouvernement de Akhannouch est au pouvoir. Et pourtant, le décret de sa création impose une réunion au moins 2 fois par an. Ce n’est que le 16 décembre 2024, que le Chef du gouvernement a invité l’association à renouveler sa représentation au sein de la CNAC.

En raison de l’abstention du Chef du gouvernement à convoquer la commission malgré les relances, l’Association marocaine de lutte contre la corruption (Transparency-Maroc) a décidé de geler, en janvier dernier, sa participation à la CNAC tant que les pouvoirs publics ne soient pas réellement engagés dans la lutte contre la corruption.

Sauf que qui dit lutte contre la corruption, dit impératif de mettre fin aux conflits d’intérêt dans lesquels baigne ce gouvernement, dit nécessité de mettre fin à la rente, dit obligation d’activer le principe de la reddition des comptes, dit permettre aux instances législatives de contrôle de jouer pleinement le rôle qui leur incombe, dit mettre fin au mariage politique-monde des affaires…

Le gouvernement d’Akhannouch serait-il permet à entreprendre cette voie ? Pas si sûr.

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