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Economie

Aggravation du déficit commercial : la feuille de route 2025-2027 peut-elle inverser la tendance ?

énergie NORMES COMMERCE

Ecrit par Soubha Es-Siari I

La feuille de route 2025-2027 dévoilée par le gouvernement est une bonne initiative, elle est louable mais risque d’être à impact insignifiant si des mesures draconiennes ne sont pas prises. Pour remédier à la problématique du déficit commercial chronique, le Maroc doit poursuivre ses efforts de diversification économique, renforcer sa compétitivité et accélérer sa transition énergétique. La diversification des exportations, en particulier vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, est aussi essentielle pour réduire la vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux.

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Les pouvoirs publics ont pris enfin conscience que le commerce extérieur est névralgique pour une croissance économique durable et résiliente. A ce titre, une réunion stratégique s’est tenue le mardi 6 mai 2025 à Rabat, consacrée à l’examen de la nouvelle feuille de route du secteur pour la période 2025-2027. L’enjeu est de faire du commerce un véritable levier de développement économique et un moteur de création d’emplois. A travers cette feuille de route, le gouvernement souhaite générer 76.000 emplois nouveaux, créer 400 nouvelles entreprises exportatrices chaque année et de réaliser 84 Mds de DH supplémentaires de chiffres d’affaires à l’export durant la période couverte.

D’aucuns diront qu’il était temps, le déficit commercial a atteint au cours des dernières années des niveaux très inquiétants. Si on se limite rien qu’aux deux derniers exercices,  les déficits commerciaux enregistrés se sont établis à 285,5 Mds de DH en 2023 et à près de 306,5 Mds de DH en 2024. Dans cette nouvelle feuille de route, les pouvoirs publics doivent prendre en considération que le problème du déficit, devenu chronique au fil de l’eau, ne se limite pas au faible volume des exportations. Plusieurs facteurs interdépendants expliquent cette aggravation dans le temps.

En premier lieu, force est de rappeler que le rôle des importations est majeur. Le Maroc reste valeur aujourd’hui fortement dépendant des importations pour satisfaire ses besoins, notamment en énergie, en biens d’équipement et en produits intermédiaires. La facture de ces achats à l’étranger s’est alourdie en raison de la flambée des prix des matières premières, notamment le pétrole et le gaz, ainsi que de la reprise économique post-pandémique, qui a stimulé la demande intérieure en biens de consommation et en produits manufacturés. C’est pour dire que nos importations évoluent en valeur au gré de la conjoncture internationale.

Les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales et le ralentissement économique dans certains pays partenaires clés, notamment en Europe, continuent à jouer des mauvais tours à notre balance commerciale. L’aggravation du déficit commercial en 2023-2024 est d’ailleurs le résultat d’une combinaison de facteurs internes et externes, mettant en lumière les fragilités structurelles de l’économie marocaine. Les effets de la politique de substitution aux importations, dont les mesures ont été introduites dans la Loi de Finances 2021, restent limités et ne sont guère ressentis sur la balance commerciale comme en atteste le déficit.

Les économistes n’ont eu cesse de dire que pour être viable, une politique de préférence nationale doit s’accompagner d’une amélioration au niveau de l’offre, de la qualité, de la variété et de la quantité. Ajoutons à ces contraintes, la dépendance énergétique, la concentration des exportations, la faible compétitivité et le manque d’innovation qui pénalise les ventes du Maroc à l’étranger.

La feuille de route 2025-2027 est une bonne initiative, elle est louable mais risque d’être à impact insignifiant si des mesures draconiennes ne sont pas prises.

Pour inverser cette tendance, le Maroc doit poursuivre ses efforts de diversification économique, renforcer sa compétitivité et accélérer sa transition énergétique. La diversification des exportations, en particulier vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, est essentielle pour réduire la vulnérabilité aux fluctuations des marchés internationaux. Par ailleurs, la réduction de la dépendance aux importations, notamment en énergie, passe par le développement des énergies renouvelables et une meilleure efficacité énergétique.

Le Maroc doit par ailleur continuer à drainer des investissements étrangers, notamment dans les secteurs à fort potentiel comme l’aéronautique et l’automobile, tout en renforçant la formation de la main-d’œuvre pour répondre aux besoins de ces industries. Les réformes visant à améliorer le climat des affaires et faciliter les échanges commerciaux sont également cruciales pour soutenir la croissance des exportations. Pour cela des réformes structurelles et des investissements stratégiques sont encore nécessaires.

Sans jeter le bébé avec l’eau du bain, il est aussi important de reconnaître que des secteurs, pour ne citer que l’automobile ou l’aéronautique, ont pu jouer un rôle clé dans la diversification de l’économie marocaine et dans la réduction de sa dépendance aux importations.

Une chose est sûre : cette guerre commerciale à laquelle nous assistons aujourd’hui depuis que Donald Trump a pris les rênes du pouvoir aux Etats-unis est une preuve tangible que rien n’est acquis et que la stabilité n’est pas de ce monde. Cette guerre commerciale qui a mis le monde sens dessus dessous met en évidence la nécessité pour notre économie de renforcer le tissu industriel, réduire la dépendance à l’étranger et être prêt à tout changement de situation.

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