Subventions aux transporteurs : le prochain gouvernement changera-t-il de doctrine ?

Le bras de fer entre les syndicats du transport routier et le gouvernement a connu un nouvel épisode. Le 12 septembre, la Coordination des syndicats nationaux du transport routier de marchandises dénonçait une baisse de 40 % de l’aide versée pour la seconde quinzaine de juillet et menaçait de recourir à une grève nationale.
Six jours plus tard, le ministère du Transport et de la Logistique annonçait une nouvelle tranche de soutien exceptionnel de 30 jours, avec ouverture des inscriptions le 24 septembre sur la plateforme « Mouakaba ».
La coïncidence des deux séquences ne suffit évidemment pas à établir un lien de causalité. Mais elle illustre néanmoins un mécanisme désormais bien installé : lorsque les prix des carburants repartent à la hausse et que la pression monte dans le secteur, l’aide publique revient rapidement au centre des discussions.
Une mesure exceptionnelle devenue récurrente
Mis en place en 2022 pour amortir les effets de la flambée des prix des hydrocarbures, le dispositif devait répondre à une situation exceptionnelle. Quatre ans plus tard, il est toujours mobilisé au gré des tensions sur les marchés internationaux.
Plusieurs milliards de dirhams ont ainsi été consacrés au soutien des transporteurs depuis le lancement du dispositif. Pourtant, la question de son efficacité reste posée : quelle part de l’aide permet réellement de préserver les revenus des professionnels ? Dans quelle mesure se traduit-elle par une stabilité des tarifs du transport et des marchandises ? Et surtout, quel est son coût réel pour les finances publiques ? Et son impact sur le pouvoir d’achat des Marocains ?
Ces interrogations sont d’autant plus importantes que tous les professionnels du transport ne bénéficient pas nécessairement du même niveau de soutien. Le débat dépasse donc désormais la seule question du montant de l’aide.
Une relation fondée sur l’urgence
La situation révèle surtout une relation devenue largement réactive entre l’État et le secteur. Les transporteurs, confrontés à une forte volatilité de leurs charges, cherchent à obtenir des garanties et de la visibilité. Le gouvernement, lui, doit éviter qu’une hausse brutale des coûts de transport ne se répercute sur les prix et sur le pouvoir d’achat.
Dans ce contexte, la menace de grève constitue un levier de négociation particulièrement sensible. Le transport routier occupe une place centrale dans l’approvisionnement et la distribution des marchandises. Une perturbation prolongée peut rapidement avoir des conséquences sur l’activité économique.
La subvention permet donc de désamorcer les tensions à court terme. Mais elle ne règle ni la dépendance du secteur aux fluctuations du carburant, ni ses difficultés structurelles : renouvellement du parc, fiscalité, concurrence, rentabilité des entreprises ou encore conditions d’accès à la profession.
Changer de logique
Le véritable enjeu est désormais de savoir si l’État peut continuer à répondre à chaque nouvelle flambée des carburants par une nouvelle tranche d’aide. Une telle approche peut être nécessaire en période de choc, mais elle devient problématique lorsqu’elle s’installe dans la durée et entretient une forme de dépendance au soutien public.
Le débat devrait donc progressivement se déplacer du montant des subventions vers la transformation du modèle économique du secteur. Il s’agit notamment de donner davantage de visibilité aux professionnels, d’améliorer leur compétitivité et de mieux répartir les risques liés à la volatilité des prix de l’énergie.
La nouvelle aide annoncée le 18 septembre permettra sans doute d’apaiser, au moins temporairement, les tensions. Mais elle ne fait que repousser la question de fond.
Espérons que le prochain gouvernement saura changer de mode d’emploi : ne plus attendre chaque crise pour intervenir, mais mettre en place une politique durable pour le transport routier, avec des règles claires, des mécanismes transparents et surtout une véritable stratégie de sortie de la subvention.
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