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Chronique

L’opposition parlementaire… un test de l’efficacité institutionnelle

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Les résultats des élections législatives du 23 septembre ouvrent une nouvelle phase politique, dont les implications ne se limitent pas à la recomposition de la majorité gouvernementale et à sa configuration politique. Elles concernent également la nature de l’opposition parlementaire qui se dessine et sa capacité à assumer sa fonction constitutionnelle au sein de l’institution législative.

L’annonce par le Parti de la justice et du développement (PJD) et par l’Alliance de la gauche de leur choix de rejoindre les rangs de l’opposition pose à nouveau une question essentielle : dans quelle mesure cette opposition sera-t-elle capable d’influer sur le débat public, de contrôler l’action du gouvernement, de contribuer au processus législatif et d’évaluer les politiques publiques, dans un contexte politique et institutionnel différent des périodes précédentes ?

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S’il est difficile de parler d’une opposition politiquement et idéologiquement homogène, compte tenu de la diversité des références et des approches de ses composantes, cette différence n’exclut pas l’existence d’un socle commun au niveau de la fonction parlementaire. L’opposition ne tire pas nécessairement sa légitimité de l’unité de sa référence politique, mais plutôt de sa position au sein de l’institution législative et des fonctions constitutionnelles qui lui sont dévolues.

Les dispositions de la Constitution de 2011 revêtent, à cet égard, une importance particulière, dans la mesure où elles ont fait passer l’opposition d’une simple position politique face à la majorité à une position constitutionnelle et institutionnelle clairement définie. L’article 10 consacre expressément la place de l’opposition et ses droits, en lui reconnaissant un ensemble de garanties et de mécanismes lui permettant d’exercer son rôle dans le travail parlementaire, de contrôler l’action gouvernementale, de contribuer à l’élaboration des lois, d’évaluer les politiques publiques et de participer à un certain nombre de compétences que la Constitution confère au Parlement.

Il est frappant de constater que la Constitution ne présente pas l’opposition comme une force d’obstruction ou comme un simple acteur en confrontation avec la majorité. Elle lie au contraire sa contribution au travail parlementaire à l’efficacité et à la construction. Cette conception traduit une vision avancée de l’opposition, considérée comme une composante essentielle de l’équilibre démocratique au sein de l’institution législative, et non comme une simple force cherchant à affaiblir la majorité ou à entraver l’action gouvernementale.

Cependant, le passage de la reconnaissance constitutionnelle de l’opposition à l’exercice effectif et efficace de ses fonctions demeure tributaire de la nature des équilibres politiques au sein du Parlement et de la capacité de ses composantes à se coordonner. À cet égard, il importe de revenir sur l’expérience de l’opposition parlementaire durant la législature issue des élections de 2021, qui a été, dans une large mesure, marquée par la dispersion et le manque de cohésion entre ses différentes composantes.

Le Parti de la justice et du développement, qui était alors passé de la direction du gouvernement aux rangs de l’opposition, s’est retrouvé confronté à une situation politique et institutionnelle nouvelle, notamment en raison du recul considérable de sa représentation à la Chambre des représentants. Cette situation a clairement affecté sa capacité à exercer un rôle d’opposition fort et influent, d’autant plus que les autres composantes de l’opposition n’étaient pas toujours disposées à établir avec lui une coordination régulière ou à parvenir à des positions communes sur certaines questions relatives à la mise en cause de la responsabilité du gouvernement et au contrôle de son action.

Cette situation a eu des répercussions sur la capacité de l’opposition, dans son ensemble, à unifier ses positions concernant certaines initiatives et certains mécanismes de contrôle qui exigent, en principe, un certain degré de coordination entre ses composantes. Cela apparaît notamment dans les débats relatifs à la création de commissions parlementaires d’enquête, où la pratique a montré que les divergences politiques et partisanes peuvent limiter la capacité de l’opposition à élaborer des initiatives communes susceptibles d’avoir un véritable impact institutionnel.

Cela ne signifie pas pour autant que l’opposition soit tenue d’être politiquement ou idéologiquement unifiée, ce qui serait contraire à la nature même du pluralisme politique. Il s’agit plutôt de considérer que les divergences entre ses différentes composantes ne devraient pas empêcher la réalisation d’un niveau minimal de coordination autour des questions qui constituent le cœur de la fonction de contrôle du Parlement, notamment lorsqu’il s’agit de dossiers revêtant une importance nationale ou présentant un large impact social.

De ce point de vue, l’expérience précédente montre que la simple présence de partis dans les rangs de l’opposition ne suffit pas, à elle seule, à garantir l’efficacité de celle-ci. La force numérique demeure un élément important, mais elle ne résume pas à elle seule la notion d’efficacité. De même, disposer d’outils constitutionnels et juridiques ne signifie pas nécessairement savoir les utiliser efficacement. L’efficacité suppose une volonté politique, une capacité de coordination, une expérience institutionnelle et l’aptitude à transformer les mécanismes de contrôle, qui ne doivent pas rester de simples instruments procéduraux, en véritables moyens de contrôle, de responsabilisation et d’influence.

Dans ce contexte, l’opposition qui fera face à un gouvernement dirigé par le Parti authenticité et modernité (PAM) sera confrontée à un véritable test. Le défi ne consistera pas seulement à relever le ton du discours politique ou à multiplier les critiques adressées au gouvernement, mais à transformer la position d’opposition en une pratique institutionnelle productive, fondée sur un contrôle précis, le suivi de la mise en œuvre des engagements gouvernementaux, l’examen des politiques publiques, l’évaluation de leurs résultats et la présentation d’alternatives possibles.

La présence du Parti de la justice et du développement et de l’Alliance de la gauche dans les rangs de l’opposition peut également ouvrir la voie à une diversité d’approches et de visions au sein de l’institution législative. Chaque partie dispose de ses propres références, de ses priorités et de sa lecture des enjeux sociaux, économiques et politiques. Cette diversité, si elle est judicieusement exploitée, pourrait enrichir le débat parlementaire et permettre de faire ressortir des angles différents dans l’évaluation des politiques gouvernementales.

Mais cette diversité peut, à l’inverse, devenir une source de faiblesse si les composantes de l’opposition ne parviennent pas à définir un ensemble de priorités communes. Le citoyen n’attend pas nécessairement des partis d’opposition qu’ils aient des programmes ou des références identiques. Il attend plutôt d’eux qu’ils soient capables de demander des comptes au gouvernement sur les questions qui touchent directement sa vie quotidienne, notamment le pouvoir d’achat, l’emploi, la santé, l’éducation, le logement, la justice sociale et la lutte contre les disparités territoriales et sociales.

Il convient ici de distinguer l’unité de l’opposition de l’unification des positions. Il ne s’agit pas de transformer l’opposition en une seule force politique, ni de demander à ses composantes d’abandonner leurs identités, leurs programmes ou leurs positions propres. Il s’agit plutôt de construire un niveau minimal de coordination institutionnelle leur permettant d’exercer efficacement leurs fonctions constitutionnelles et de faire de leurs divergences un moyen d’enrichir le débat public, plutôt qu’un facteur d’affaiblissement de leur présence et de leur influence.

De ce point de vue, une opposition efficace n’est pas nécessairement celle qui fait le plus de bruit, mais celle qui est la plus capable de formuler des questions précises, de présenter des arguments, d’utiliser les mécanismes de contrôle disponibles, de suivre la mise en œuvre des politiques publiques et de proposer des alternatives. Le passage d’une opposition essentiellement discursive à une opposition institutionnelle suppose que le Parlement devienne un véritable espace de discussion des choix publics, et non une simple arène d’échange d’accusations politiques.

En parallèle, le gouvernement et la majorité parlementaire auront une responsabilité tout aussi importante. La présence d’une opposition forte et active ne devrait pas être perçue comme une menace pour l’action gouvernementale, mais comme l’une des conditions de l’équilibre démocratique au sein de l’institution législative. Plus l’opposition sera capable de poser des questions, de mettre en lumière les dysfonctionnements et de présenter des alternatives, plus la majorité sera amenée à défendre ses choix par des arguments et par des résultats, ce qui est de nature à améliorer à la fois la performance gouvernementale et le fonctionnement du Parlement.

La relation entre la majorité et l’opposition ne devrait pas reposer, dans un régime parlementaire, sur une logique de confrontation permanente ou sur la volonté d’exclure l’autre partie, mais sur l’interaction institutionnelle et la compétition politique dans le respect des règles constitutionnelles. La majorité a besoin d’une opposition forte afin d’être davantage soumise au contrôle, tandis que l’opposition a, de son côté, besoin d’une majorité et d’un gouvernement capables de présenter un bilan politique clair pour que son action de contrôle puisse avoir un sens et un impact.

Ainsi, la réussite de la prochaine expérience ne se mesurera pas uniquement au nombre de questions orales ou écrites, de demandes d’information ou de critiques adressées au gouvernement. Elle se mesurera surtout à la capacité de l’institution parlementaire dans son ensemble à élever le niveau du débat politique et législatif. Une opposition efficace n’est pas celle qui refuse tout, pas plus qu’une majorité efficace n’est celle qui accepte tout. La démocratie parlementaire repose plutôt sur l’interaction entre la majorité et l’opposition, ainsi que sur la capacité de chacune à exercer ses compétences dans le respect des règles constitutionnelles et des institutions.

La Constitution de 2011 a accordé à l’opposition une place constitutionnelle claire et lui a fourni un ensemble de mécanismes lui permettant d’exercer ses fonctions de contrôle et de participation au processus législatif. La prochaine étape constitue donc une nouvelle occasion de tester dans quelle mesure ces dispositions peuvent passer du texte constitutionnel à la pratique politique quotidienne, et dans quelle mesure les acteurs politiques sont capables de développer des traditions parlementaires faisant de l’opposition une force de proposition et de contrôle, et non seulement une force de protestation et de contestation.

La prise en compte de l’expérience de la législature précédente rend ce test d’autant plus important. Si l’opposition durant la législature issue des élections de 2021 a été confrontée à des difficultés liées à la dispersion de ses composantes, à la faiblesse de leur coordination et aux écarts dans leur poids parlementaire, la nouvelle législature est appelée à dépasser ces difficultés en développant une pratique plus mature, fondée sur la coordination autour des questions communes, tout en préservant la pluralité et la diversité des positions.

En définitive, la nature de l’opposition qui fera face au nouveau gouvernement ne sera pas déterminée uniquement par les résultats électoraux ou par le nombre de sièges dont disposent les partis d’opposition. Elle dépendra surtout de leur capacité à exercer leur fonction constitutionnelle. Si elle parvient à conjuguer critique, contrôle et proposition, et à utiliser efficacement les mécanismes constitutionnels et institutionnels mis à sa disposition, elle pourra devenir un acteur essentiel de l’amélioration de la qualité du débat public, de la contribution à la prise de décision et de l’évaluation des politiques publiques.

En revanche, si son rôle se réduit à la polémique politique et à l’échange d’accusations, et si les divergences entre ses composantes continuent d’empêcher toute coordination autour des questions essentielles, elle perdra une part importante de la valeur que lui a conférée la Constitution de 2011.

Ainsi, le véritable enjeu après les élections du 23 septembre ne réside pas seulement dans la formation d’un nouveau gouvernement et d’une nouvelle majorité. Il réside également dans la construction d’une nouvelle pratique de l’opposition, capable de tirer les enseignements de l’expérience passée et de transformer la position d’opposition en une position institutionnelle productive, faisant du Parlement un véritable espace de compétition politique, de contrôle, de proposition et de délibération sur les politiques publiques.

En définitive, la force de l’opposition ne se mesure pas uniquement à sa capacité à s’opposer au gouvernement, mais à sa capacité à convaincre le citoyen que sa présence au sein de l’institution parlementaire apporte une véritable valeur ajoutée à la démocratie et à la qualité de la décision publique. De même, la force du gouvernement et de la majorité ne se mesure pas uniquement à leur capacité à faire adopter les lois et les programmes, mais également à leur capacité à accepter le contrôle, la reddition de comptes et la critique constructive.

Ainsi, le test de la prochaine étape ne sera pas seulement celui de l’opposition. Il sera également celui du gouvernement et du Parlement dans leur ensemble, afin de transformer la divergence politique, non pas en une source de confrontation et de conflit, mais en un élément de l’équilibre démocratique, de la qualité de la législation et de l’efficacité du contrôle parlementaire. 

Écrit par Khalid Cherkaoui Semmouni,

Professeur de droit constitutionnel

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