Flash
La RAM, première compagnie aérienne africaine à proposer le Wi-Fi Starlink à bord Salles des marchés : l’AMSM renforce sa gouvernance avec l’arrivée de 2 nouveaux membres au Bureau exécutif Météo au Maroc : averses, orages et fraîcheur au rendez-vous ce mercredi 07 octobre Aéronautique et défense : le Maroc se positionne sur les systèmes complexes Les avocats marocains suspendent la grève à compter de ce mercredi mais restent sur le pied de guerre AMO-Tadamon : après le RAMED, que paient réellement les bénéficiaires ? Santé infantile : la tutelle appelle les familles à compléter les vaccins IA, énergie et dettes publiques : les mises en garde de la Directrice du FMI ASMEX : la bataille du remboursement de TVA s’invite dans le PLF 2027 AIE : réunion d’urgence pour libérer des réserves de pétrole et de diesel face à la flambée des prix
Economie

AMO-Tadamon : après le RAMED, que paient réellement les bénéficiaires ?

amo tadamon

Trois ans après le remplacement du RAMED, l’AMO-Tadamon a changé d’échelle. Le régime couvre désormais plus de 11 millions de bénéficiaires et mobilise plusieurs milliards de dirhams de financement public. Une généralisation qui traduit un effort budgétaire considérable et un changement profond de philosophie. Mais derrière les chiffres de la couverture et les montants engagés, une question demeure : quelle part de la facture de santé reste réellement à la charge des ménages les plus vulnérables ?

Le dernier rapport d’activité de la Direction du Budget pour 2025 ne fait, à cet égard, que confirmer un constat déjà soulevé par plusieurs institutions, notamment la Cour des comptes et le CESE.  La généralisation de l’assurance maladie ne signifie pas, à elle seule, la disparition du reste à charge pour les bénéficiaires.

Publicité

En effet, le passage du RAMED à l’AMO-Tadamon constitue une rupture importante dans la politique de couverture médicale au Maroc.

Avec le RAMED, la prise en charge relevait principalement d’une logique d’assistance, adossée pour l’essentiel à l’offre publique de soins. Avec l’AMO-Tadamon, le modèle change : l’État finance désormais les cotisations d’assurance des personnes qui ne disposent pas des moyens nécessaires pour les supporter, tandis que la CNSS assure la gestion du régime.

Le risque maladie est ainsi davantage mutualisé et les bénéficiaires sont intégrés au système national d’assurance maladie obligatoire.

En 2025, l’AMO-Tadamon comptait 11,01 millions de bénéficiaires, dont près de 3,95 millions d’assurés principaux et 7,05 millions d’ayants droit.

L’effort financier public est, lui aussi, d’une autre ampleur. Les cotisations versées au titre du régime ont atteint 9,99 Mds de DH en 2025, tandis que les prestations consommées se sont établies à 9,61 Mds de DH.

Sur le papier, les chiffres traduisent donc une couverture massive et un engagement financier conséquent de l’État. Mais ils racontent qu’une partie seulement de l’histoire.

Quand l’assurance ne signifie pas « zéro reste à charge »

Car la généralisation de l’AMO ne signifie pas pour autant que les bénéficiaires n’ont plus rien à débourser lorsqu’ils se soignent. Derrière les chiffres de couverture et de financement se dessine une réalité plus préoccupante pour les assurés de l’AMO-Tadamon, souvent contraints de se tourner vers le secteur privé face aux limites de l’offre publique, avec le risque de devoir supporter une part importante du coût de leurs soins.

Le rapport d’activité 2025 fait état de quelque 480 MDH de ticket modérateur pour l’AMO-Tadamon. Ce montant ne peut toutefois pas être assimilé directement à la somme effectivement payée par les bénéficiaires. Dans le secteur public, la part résiduelle peut, dans certains cas, être prise en charge par l’État. Dans le privé, en revanche, la facture peut s’avérer nettement plus élevée, notamment lorsque les honoraires ou les tarifs pratiqués dépassent les tarifs de référence retenus par l’AMO.

Cette donnée prend dès lors une autre dimension lorsqu’elle est mise en regard des chiffres de la Cour des comptes, qui relevait qu’en 2024, près de 74 % des dépenses de prestations de l’AMO-Tadamon étaient orientées vers le secteur privé.

Or, cette forte concentration des dépenses dans le privé expose davantage les bénéficiaires aux dépassements et aux prestations partiellement remboursées. Pour une population précisément identifiée comme économiquement vulnérable, ces écarts peuvent rapidement se transformer en une charge financière difficile à absorber.

L’enjeu dépasse donc la seule question du niveau de remboursement. Il consiste à déterminer ce que les bénéficiaires doivent réellement financer eux-mêmes pour accéder aux soins. C’est à cette aune que le montant de 480 MDH de ticket modérateur doit être apprécié : non pas comme une mesure directe du reste à charge des ménages, mais comme un indicateur qui prend tout son relief au regard de la place prépondérante du secteur privé dans la consommation de soins de l’AMO-Tadamon.

La situation est différente dans le secteur privé

Lorsque les tarifs pratiqués dépassent les tarifs de référence ou lorsque certaines prestations ne sont pas intégralement remboursées, le bénéficiaire doit acquitter la différence. Et c’est précisément à ce niveau que la promesse de protection financière mérite d’être interrogée.

Car pour une population considérée comme économiquement vulnérable au regard des critères du Registre social unifié, chaque dépense supplémentaire peut devenir un obstacle à l’accès aux soins.

Le changement de modèle se lit également dans les lieux où les bénéficiaires consomment leurs soins.

Ce chiffre soulève plusieurs interrogations

Pourquoi une population couverte par un régime public se tourne-t-elle aussi massivement vers le privé ? Et surtout, que signifie cette orientation pour son reste à charge ? La réponse ne peut pas se limiter à considérer le privé comme un choix de confort ou de préférence.

Les délais d’accès aux consultations spécialisées, les délais de programmation des interventions chirurgicales, l’attente liée à certains traitements lourds, notamment en oncologie, l’état de certains établissements publics ou encore l’indisponibilité de certains équipements et matériels médicaux constituent autant de facteurs susceptibles de pousser les patients vers le secteur privé.

Autrement dit, l’orientation vers le privé peut aussi être la conséquence des limites de l’offre publique. Et lorsque le patient n’a d’autre choix que de se tourner vers le privé, la question n’est plus seulement celle de l’existence d’une couverture. Elle devient celle de son niveau réel de protection financière.

Le véritable indicateur : combien le ménage paie-t-il encore ?

Le véritable indicateur est ailleurs : combien un bénéficiaire de l’AMO-Tadamon doit-il encore payer lorsqu’il tombe malade ? La question devient encore plus sensible lorsque l’on considère les maladies chroniques, les pathologies lourdes et les traitements coûteux, dont la prise en charge peut s’inscrire dans la durée. Une couverture peut donc être généralisée sur le papier tout en laissant subsister une pression financière importante sur les ménages.

Publicité

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!