Batteries pour véhicules électriques : le Maroc, une alternative compétitive pour l’accès aux marchés européen et américain (Guillaume de Verthamon)

Ecrit par S. Es-Siari I
Sur l’ensemble des investissements de la Chine dans l’électrolyte en dehors de son territoire, 34% sont prévus pour le Maroc, 14% pour la fabrication de cellules et 13% pour la cathode. Il s’agit dont d’une opportunité incroyable pour le Maroc qui dispose d’avantages indéniables sur le marché des batteries électriques.
Le marché de la voiture électrique serait l’équivalent de 925 Mds de dollars en 2030. C’est un potentiel gigantesque qui se profile à l’horizon. Pour les constructeurs automobile, cette révolution se traduit chaque jour par un changement total de paradigme. Comme l’a si bien dit Guillaume de Verthamon, Directeur Automobile, Aéronautique & Spatial à Air liquide intervenant à la 2e édition du Forum de la chimie, tenu récemment : « Demain, avec la production de la batterie, lesdits constructeurs deviendront des chimistes en plus d’électriciens, de textiliens…
Dans la foulée, il rappelle que le boom de la voiture électrique a trois drivers : le premier est la prise de conscience environnementale, le deuxième découle d’une réelle volonté politique. Le troisième driver de cette révolution électrique est l’innovation de rupture (Disruption). La batterie du lithium a justement permis de débloquer un certain nombre de freins clients qui existaient auparavant avec les batteries traditionnelles.
Récemment, il avoue qu’il y a eu une baisse d’appétit pour la voiture électrique. « Sans se voiler la face, le ralentissement est dû à une crise de la demande elle-même liée à une anxiété autour de l’autonomie avec la batterie sans oublier le coût de la voiture électrique qui représente un frein important », annonce Guillaume de Verthamon.
Et d’ajouter : « On note également, une crise de l’offre avec la volatilité très importante des matières premières . Ajoutons à cela les règles de production nationale à respecter notamment aux USA compliquant l’équation de la production ».
Suite à ce constat, la question qui se pose : ces freins sont-ils à long ou à court terme ? Les ventes mondiales de voitures électriques ont dépassé 10 millions pour la première fois en 2023. BYD (Build your dreams), le groupe chinois est devenu le premier constructeur de voitures électriques devant Tesla. Une performance liée à son essor à l’extérieur de la Chine. Car s’il truste la première place des ventes en Chine depuis l’année dernière, BYD grappille également des parts de marché partout dans le monde, à commencer par l’Europe, notamment en Suède, où la marque s’est classée en première position des ventes cet été. Et ce n’est que le début.
La volonté politique des pays décidés à bannir les moteurs à combustion est de plus en plus forte et flagrante comme en attestent les chiffres.
Les engagements forts des constructeurs automobile sur la disparition du moteur thermique se fait selon un calendrier précis. « Nous sommes assez convaincus que la tendance à long terme est là tant qu’il y a cette volonté politique et les engagements des constructeurs à basculer vers l’électrique », explique le représentant d’Air Liquide.
Mais il ne faut pas oublier que la décision finale revient au client. Et pour cause : le prix de possession du véhicule électrique reste élevé et donc il faut absolument le baisser autrement dit réduire l’écart entre le prix du véhicule électrique et celui du véhicule thermique pour parvenir à franchir cette étape. Le développement des économies d’échelle est ainsi très recommandé.
Aussi, les subventions restent-elles impératives pour assurer la transition vers l’électrique. Si on prend le cas de la Norvège, le pays est à 92% de l’adoption des véhicules thermiques. Elle a dépensé 28 Mds d’euros pour ce niveau d’adoption et elle dépense encore entre 800 et 1.000 dollars par habitant/ par an pour subventionner l’achat de véhicules électriques.
La volonté est là, le marché aussi mais il y a des difficultés qui se posent en termes de coûts.
Si l‘on analyse la répartition géographique, la Chine a un leadership incontestable dans la fabrication des batteries. La Corée est le 2 plus gros contributeur dans le marché de la batterie et le plus gros investisseur en dehors du marché chinois. Etant éligible aux règles IRA ( Loi américaine de réduction de l’inflation), la Corée fait focus sur les USA.
Quid du Maroc ?
Le Maroc représente une alternative compétitive pour l’accès aux marchés européen et américain étant donné les atouts dont il jouit et la qualité de son industrie électrique. Il corrobore ses propos par les prévisions suivantes : « Par rapport à l’ensemble des investissements de la Chine dans l’électrolyte en dehors de son territoire, 34% sont prévus pour le Maroc, 14% pour la fabrication de cellules et 13% pour la cathode »,
Il s’agit dont d’une opportunité incroyable pour le Maroc qui dispose d’avantages indéniables sur ce marché. D’autant plus le retard de compétitivité que les deux zones Europe et Amérique du Nord cherchent à rattraper. La Chine, premier marché mondial, a lancé en premier un pavé dans la mare en disant envisager à terme l’interdiction de la production et de la vente de voitures à carburants fossiles.
Le Royaume-Uni et la France se sont fixé un tel objectif pour 2040. En Europe, le cabinet AlixPartners estime qu’à l’horizon 2030, les deux tiers des véhicules légers (voitures particulières et utilitaires) neufs seront plus ou moins électrifiés.
Sur la chaine de valeurs, le Maroc a beaucoup d’atouts notamment en ce qui concerne le gaz industriel (argan, azote, oxygène…) il s’agit d’éléments peu pesant dans le coût total de la batterie mais restent indispensables pour sa fabrication. Les prévisions en Europe et aux USA, partenaires du Maroc seraient de véritables opportunités pour le Royaume du Maroc.
Reste à peaufiner le cadre réglementaire qui souffre de différents textes à réformer.

