Election du Secrétaire Général de l’ONU le 1er Janvier 2027 : pour une profonde réforme de l’ONU

L’Organisation des Nations Unies (ONU) est née pendant la Seconde Guerre mondiale principalement à l’initiative des États-Unis, du Royaume-Uni, de l’Union soviétique et de la Chine. Elle a été fondée juridiquement par 50 États signataires de la Charte de l’ONU à San Francisco le 24 octobre 1945. Les principaux fondateurs de l’ONU, à qui il faut rendre hommage, ont été le président américain Franklin D. Roosevelt, le premier ministre britannique Winston Churchill, le dirigeant de l’URSS Joseph Staline, et le chinois Tchang Kaï-Chek. La raison fondamentale de la création de l’ONU était de tirer les leçons de la seconde guerre mondiale, et d’empêcher qu’un conflit mondial qui a fait plusieurs millions de morts ne se reproduise.
Les objectifs de la création de l’ONU étaient de maintenir la paix et la sécurité des Nations, d’éviter les insuffisances de la Société de Nations créée après la première guerre mondiale, mais qui a été incapable d’empêcher la seconde guerre mondiale. L’objectif était également de créer un système de sécurité collective, dans la mesure où une agression contre un État devait pouvoir provoquer une réaction collective de la communauté internationale. Le but était également de favoriser la coopération entre les États membres, notamment dans les domaines économique, social, humanitaire et culturel. Il s’agissait aussi de défendre les droits fondamentaux et la dignité humaine. Enfin, créer un cadre permanent de dialogue international, permettant aux grandes puissances et aux autres États de régler leurs différends autrement que par la guerre.
Cependant, les créateurs de l’ONU, qui étaient aussi les vainqueurs de la seconde guerre mondiale, ont verrouillé à leur avantage le système des Nations-Unies. C’est ainsi que le Conseil de sécurité, le bras exécutif de l’ONU, est composé de 15 membres, dont 5 permanents et 10 élus pour une période de 2 ans. Les 5 membres permanents : États-Unis, URSS (remplacée par la Russie), le Royaume-Uni, la France et la Chine (représentée actuellement par la République populaire de Chine). De plus, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ont été dotés du droit de veto, c’est-à-dire que si un membre permanent vote contre une résolution du Conseil de sécurité, celle-ci ne peut pas être adoptée. Cependant, l’abstention d’un membre permanent ne constitue pas un veto, la résolution peut être adoptée si elle obtient suffisamment de voix.
Évidemment, les 10 autres membres du Conseil de sécurité n’ont pas le droit de veto. Pourquoi la France a obtenu le statut de membre permanent alors qu’elle était vaincue et occupée par l’Allemagne en 1940. Elle obtient cependant le statut de membre permanent en 1945 du fait de la volonté de Roosevelt et de Churchill de maintenir la France comme grande puissance européenne dans l’ordre international d’après-guerre, ainsi que du rôle joué par le Général de Gaulle de la « France libre » dans la guerre. En dehors du veto d’un membre permanent du Conseil de sécurité, une résolution peut être adoptée par le Conseil si elle obtient au moins 9 voix favorables sur 15.
C’est un système non démocratique, dans la mesure où un seul veto des cinq membres permanents peut empêcher l’adoption d’une résolution, même si les 14 autres membres du Conseil sont favorables à la résolution. De plus, pour verrouiller davantage le système de fonctionnement de l’ONU, le candidat aux fonctions de Secrétaire général de l’ONU doit obtenir l’assentiment des 5 pays permanents avant d’être nommé par l’Assemblée générale. Autrement dit, ce sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui choisissent le Secrétaire général pour un mandat de 5 ans renouvelable une fois. En dehors du Conseil de sécurité, l’Assemblée générale de l’ONU dispose de nombreux pouvoirs mais ses recommandations ne sont pas juridiquement contraignantes.
Le système des Nations Unies est régulièrement critiqué depuis de nombreuses années, car beaucoup de pays estiment que la composition actuelle du Conseil de sécurité ne reflète plus le monde de 2026. Alors qu’en 1945, l’ONU comptait 51 États membres, elle compte aujourd’hui 193. Plusieurs pays d’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine ne sont pas actuellement représentés au Conseil de sécurité, car la majorité d’entre eux étaient encore des colonies en 1945. L’argument africain est particulièrement fort : aucun des 54 États africains n’a de siège permanent au Conseil de sécurité. Le Secrétaire général de l’ONU António Guterres a lui-même déclaré au Sommet de l’UA en février 2026 que l’absence de sièges permanents africains était « indéfendable ».
Selon le consensus d’Ezulwini adopté par l’Union africaine en Juillet 2005, et complété par la Déclaration de Syrte, l’Afrique exige au moins 2 sièges permanents avec le droit de veto aussi longtemps que celui-ci existe, 5 sièges non permanents pour l’Afrique, et que l’Union africaine choisisse elle-même ses représentants. Le Groupe appelé également G4 (Allemagne, Brésil, Inde, Japon) souhaite obtenir chacun un siège permanent. Le groupe » Uniting for consensus », notamment soutenu par l’Italie, le Pakistan et plusieurs États, s’oppose à l’augmentation du nombre de membres permanents, et préfère augmenter le nombre de sièges élus et renouvelables jusqu’à 27 membres au total, et souhaite la disparition du droit de veto.
Le droit de veto accordé aux 5 membres permanents du Conseil de sécurité pour défendre leurs propres intérêts ou ceux de leurs alliés a été utilisée depuis 1946 au 26 juillet 2026 : 130 fois par l’URSS et la Russie, 89 fois par les Etats-Unis, 29 fois par le Royaume-Uni, 20 fois par la Chine, et 16 fois par la France, soit un total de 284 vetos.
Au 26 juillet, 7 candidats ont présenté leur candidature aux fonctions de Secrétaire général de l’ONU du 1er janvier 2027. On peut résumer les arguments électoraux principaux comme suit :
- Michelle Bachelet (Chili) : Ancienne présidente du Chili et Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme : droits humains et indépendance du Secrétaire général de l’ONU.
- Rebeca Grynspan (Costa-Rica) Secrétaire générale de la CNUCED.
Réforme profonde de l’ONU et restauration de sa crédibilité.
- Rafael Grossi (Argentine), Directeur général de l’AIEA.
ONU plus opérationnelle sur le terrain et capable de prévenir les guerres.
- Machy Sall (Afrique) : Ancien président du Sénégal, et Ancien Président de l’UA.
ONU plus représentative du Sud Global.
Réforme du Conseil de sécurité et rôle accru de l’Afrique
- Maria Fernanda Espinosa (Équateur) : Ancienne Présidente de l’AG de l’ONU.
ONU capable de prévoir les crises avant qu’elles n’explosent grâce à une structure d’alerte précoce.
- Carolyn Rodrigues-Birket : Ambassadrice de Guyana auprès de l’ONU. ONU pragmatique, réaliste et fidèle à la Charte, qui applique mieux les décisions existantes.
- Olara Otunnu (Ouganda) : MAE, Ambassadeur auprès de l’ONU, International National Peace Academy.
ONU reformée et tournée vers les nouveaux défis, notamment l’IA, le climat, les conflits.
En conclusion, l’ONU créée en 1945 a connu des succès et des échecs à ce jour. Parmi ses succès, on peut mentionner le non-déclenchement d’une troisième guerre mondiale, le maintien de la paix avec 2 millions de casques bleus provenant de 175 pays et qui ont participé à 71 missions. En 2026, 50.000 casques bleus sont encore déployés dans 11 opérations, et plusieurs régions ont été stabilisées grâce à ses actions. Elle a favorisé la décolonisation, faisant passer le nombre de membres de l’ONU de 51 en 1945 à 193 aujourd’hui. La Déclaration universelle des droits de l’Homme est devenue l’un des textes fondamentaux du droit international, ainsi qu’un ensemble considérable de Conventions internationales. L’ONU a contribué très largement à l’amélioration de la santé, de l’éducation et du développement, grâce à ses Agences : OMS, l’UNICEF, FAO, UNESCO, PNUD, PAM, HCR. L’ONU a créé un cadre permanent pour traiter les problèmes internationaux par le droit plutôt que par la force. Elle a facilité l’adoption de près de 30 traités de désarmement et la destruction de plus de 55 millions de mines antipersonnelles.
L’ONU a connu également des échecs depuis 1945. Elle n’a pas empêché les guerres de Corée, du Vietnam, Israélo-Arabes, l’invasion par l’Union soviétique de l’Afghanistan, les guerres du Golfe et de Yougoslavie, le génocide de Rwanda (1994), la guerre d’Irak en 2003, la guerre en Syrie, l’invasion russe de l’Ukraine, et les guerres et crises en Moyen Orient (notamment la guerre Américano-Israélienne contre l’Iran). Dans le contexte actuel, il n’existe aucune autre organisation universelle permanente pouvant remplacer l’ONU. Mais l’ONU est fortement affaiblie : non fonctionnement du Conseil de sécurité, rivalité États-Unis/Chine, affrontement Russie/Occident, et conflits au Moyen-Orient. L’ONU subi également une crise financière : le budget 2026 a été fixé à 3,45 milliards de dollars soit 7% de moins qu’en 2025. La crise des liquidités est devenue suffisamment forte pour menacer les opérations de l’organisation. La situation de l’ONU de 1945 est restée immobile malgré les grands changements du monde en 2026.
L’ONU subit une crise d’efficience : trop bureaucratique, trop lente, trop coûteuse, incapable d’appliquer ses propres décisions quand les grandes puissances s’y opposent. L’ONU a besoin de grandes réformes pour survivre. Mais le système actuel de l’ONU ne permet pas de grands changements, étant donné l’opposition des grandes puissances qui disposent de droit de veto. Si ces derniers n’optent pas pour un Secrétaire général vraiment réformateur, l’Assemblée générale peut aller à la rupture. C’est-à-dire ne pas nommer le Secrétaire général recommandé par le Conseil de sécurité.
Dans ce cas, le Conseil de sécurité doit rechercher un autre candidat plus conforme aux vœux de l’Assemblée générale, adopter une nouvelle recommandation, et l’Assemblée générale doit se prononcer sur cette nouvelle recommandation. Le candidat favori par notre pays aux fonctions de Secrétaire général de l’ONU serait Macky Sall, vu les relations traditionnelles très étroites entre le Maroc et le Sénégal, et du fait de sa position constante en faveur du Sahara marocain, et de ses relations personnelles avec les dirigeants marocains, ayant séjourné au Maroc après sa présidence du Sénégal de 2012 à 2024. Mais dans le système actuel de sélection du Secrétaire général par les cinq membres permanents, puis sa nomination par l’Assemblée générale, aucun pronostic sérieux ne peut être envisagé.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)
