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Economie

Dialogue social : à l’épreuve des transformations du marché du travail

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Ecrit par S. Es-Siari I

Le marché du travail ne doit plus être appréhendé comme avant, le chômage sera plus important, la stabilité dans le poste de travail n’aura plus cours, les changements de métiers et de secteurs seront monnaie courante, les pertes d’emplois seront plus fréquentes et leur compensation ne se fera pas d’une manière automatique. Tous ces changements détermineront le dialogue social.

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L’accord conclu le 30 Avril entre les partenaires sociaux qui s’inscrit dans la perspective d’amélioration du climat social prévoit une hausse du Salaire Minimum Interprofessionnel Garanti (SMIG) de 10% en deux étapes (juillet 2024 et janvier 2025) et une augmentation des salaires des fonctionnaires de 1000 dirhams, servie elle aussi en deux tranches.

Dans un contexte fortement inflationniste comme celui que l’on constate dans la conjoncture présente, la révision des normes salariales peut avoir de multiples effets sur la dynamique productive, le niveau des revenus et leur répartition ainsi que sur la productivité. « Les effets les plus importants et que l’on relève dans l’immédiat sont ceux qui portent sur la dynamique du pouvoir d’achat et les charges de production avec leurs implications sur les capacités compétitives de l’entreprise », rappellent les analystes du Centre marocain de conjoncture.

En ce qui concerne le premier aspect, la hausse du SMIG de 10 % qui sera répartie sur deux étapes permettra certainement un certain rattrapage partiel de la perte de pouvoir d’achat subie au cours des dernières années. Les analystes rappellent à ce propos que la perte de pouvoir d’achat résultant de la hausse du coût de la vie est évaluée sur la période 2021- 2024 à 16,6%. Parallèlement, la revalorisation du SMIG au cours de cette même période n’a pas dépassé 10 %, permettant ainsi un rattrapage d’à peine des deux tiers de la perte de pouvoir d’achat depuis 2021.

De plus, les revalorisations du SMIG décidées dernièrement et qui prendront effet en 2025 et en 2026 arriveront difficilement à couvrir l’évolution des prix projetée à l’horizon 2026 si l’on prend en compte les fortes hausses enregistrées depuis le début de la décennie.

Ce décalage entre dynamique des prix et des salaires prend selon les analystes du CMC une dimension plus importante encore si l’on intègre les gains de productivité enregistrés durant la même période et leurs implications en termes de répartition de revenus.

En ce qui concerne l’impact sur les coûts de production et le potentiel de compétitivité, l’incidence directe de la revalorisation du SMIG qui atteindra 10 % à l’issue de la seconde étape projetée pour 2026 demeure, dans l’ensemble, modérée.

La raison à cela tient au poids relativement limité de la masse salariale correspondant aux travailleurs payés au SMIG dans le coût global de production. Les évaluations effectuées sur la base des données sur les structures de production, telles qu’elles ressortent des comptes nationaux, estiment que l’effet total direct se situerait sur les deux années à moins de 1 %.

Enfin, pour ce qui est des comptes publics, la décision de revalorisation des salaires du personnel de l’Etat d’un montant de 1000 DH étalé sur deux années impliquerait un surcroit de dépenses de fonctionnement pouvant atteindre un total de 5 Mds de DH pour l’exercice en cours, montant qui pèsera sur le déficit budgétaire de près de 4 % par rapport aux prévisions établies en début d’exercice.

Au-delà de ses impacts immédiats, la décision de revalorisation des salaires dans un contexte conjoncturel empreint d’incertitudes est annonciatrice d’une nouvelle approche du dialogue social et de son rôle dans la gestion des relations entre partenaires sociaux et la régulation du marché du travail.

Les transformations en cours font que ce marché se trouve aujourd’hui balloté et déséquilibré sous les effets négatifs du mouvement récessif qui caractérise la période et est profondément affecté par les mutations technologiques, l’effarant développement de la robotique et la percée de l’intelligence artificielle.

Ces phénomènes de l’air du temps sont déjà là bien implantés dans notre société et dans les comportements de nos enfants. Ils sont à l’œuvre pour écourter tous les processus, réduire le temps travail, déplacer en coup de vent les lieux de ce dernier, faire disparaître bon nombre de métiers et créer d’autres plus complexes économes en temps et en effectif pour l’entreprise.

Le marché du travail ne doit plus être appréhendé comme avant, le chômage sera plus important, la stabilité dans le poste de travail n’aura plus cours, les changements de métiers et de secteurs seront monnaie courante, les pertes d’emplois seront plus fréquentes et leur compensation ne se fera pas d’une manière automatique.

La tendance est à l’institutionnalisation du dialogue, à la flexibilité, à l’optimisation de la convergence des intérêts, à l’instauration d’un climat social serein pour activer la reprise de l’économie, seule garantie d’un bien-être stable de notre société.

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