La BCE va réduire ses taux sans baisser Lagarde

Après les mots, place au concret : la BCE devrait réduire ses taux directeurs aujourd’hui, pour aider à la relance d’une économie européenne aussi dynamique qu’une tortue sous sédatifs. Aux Etats-Unis, il faudra attendre la semaine prochaine pour assister à une baisse de taux, mais les investisseurs ont l’air moins nerveux, après une troisième séance de rebond des grosses valeurs technologiques.
Les chiffres de l’inflation d’août aux Etats-Unis n’ont pas permis de trancher le débat entre ceux qui pensent que l’économie américaine va se faire pulvériser et que ce sera la faute de la Fed, et ceux qui pensent que l’économie américaine va continuer à croître couci-couça et que ce ne sera pas grâce à la Fed. Les prix à la consommation se sont calmés en surface, comme prévu, mais ont continué à légèrement bouillonner dans certaines sous-catégories, ce qui n’était pas tout à fait prévu.
On peut donc les interpréter un peu comme on veut, ce que n’ont pas manqué de faire les commentateurs hier. Mais à la fin de la journée, le marché a décidé que l’inflation d’août était compatible avec un scénario modéré, qui devrait voir la Fed réduire ses taux d’un quart de point la semaine prochaine. Dernièrement, le cœur des investisseurs, du moins ceux qui en ont un, balançait entre le quart et le demi-point d’assouplissement.
Le Nasdaq 100 a repris 2% et le S&P500 1,1%, bien aidés par les grosses berthas technologiques, en particulier Nvidia et son rebond de 8%. Le PDG du fournisseur de GPU, Jensen Huang, a pourtant déclaré dans une interview hier que ses clients sont mécontents à cause du manque de disponibilité de ses produits. Le marché pouvait en faire deux lectures. La négative : les clients risquent de se désintéresser de Nvidia pour être mieux servis ailleurs. La réelle : les clients n’ont pas le choix alors ils prennent leur mal en patience, ce qui est 1) un signe de demande très supérieure à l’offre et 2) un excellent moyen de maintenir les marges de cochon de Nvidia. Je vous laisse deviner lequel des deux raisonnements a prévalu.
Toutes les valeurs technologiques n’ont pas progressé hier. Prenez Trump Media & Technology Group, la société qui chapeaute le réseau Truth Social de Donald Trump (qui en est le principal actionnaire). Le titre a perdu 10,5% pour s’afficher au plus bas depuis le mois de novembre 2023. C’est le problème quand une société est quasiment une personne cotée en bourse : quand sa cote de popularité se dégrade, le cours recule. Les investisseurs ont l’air d’accord avec les analystes politiques : Madame Harris a battu Monsieur Trump lors du débat télévisé organisé mardi soir entre les deux prétendants à la Maison Blanche. L’ancien président est suffisamment combatif pour que les choses puissent encore changer. Mais Trump Media, ou « TMTG », devrait rester le miroir des chances électorales du candidat. En tout cas, ce ne sont pas les performances financières de la société, qui a perdu 58 M$ l’année dernière pour 4,1 M$ de chiffre d’affaires, qui peuvent faire monter l’action.
En Europe, les marchés ont connu des fortunes diverses hier, chacun jouant sa propre partition. Les variations sont allées de -0,35% en Suisse à +1,5% à Copenhague. Paris a légèrement baissé pendant que Francfort reprenait 0,3% après avoir décroché la veille dans le sillage du gros avertissement de BMW. La zone euro attend la décision de politique monétaire de la BCE en début d’après-midi. La banque centrale devrait procéder à un second assouplissement monétaire d’un quart de point après celui de juin, qui était le 1er du cycle. L’annonce aura lieu à 14h15 et la conférence de présentation de la décision à 14h45. Le cycle de baisse de taux est indispensable pour relancer la croissance du vieux continent et desserrer l’étau sur le secteur immobilier.
Comme toujours, les financiers guetteront dans les commentaires de Christine Lagarde les signaux du coup d’après, avec le sentiment que la banque centrale pourrait garder un discours assez ferme. L’autre rendez-vous macro important du jour est la doublette statistique américaine qui comprendra, à 14h30, les données hebdomadaires sur l’emploi et les prix à la production. Le marché est très sensible aux moindres inflexions du marché du travail en amont de la décision de politique monétaire de la Fed la semaine prochaine. Il espère aussi voir dans le PPI (prix à la production) des éléments de réassurance sur le scénario de réduction de la pression inflationniste. On y revient toujours.
Enfin, quelques mots sur le pétrole qui a fini par rebondir grâce à Francine. Non, je ne suis pas aviné à 8h00 du matin, enfin pas trop. Francine est une tempête tropicale qui sévit actuellement dans le nord du Golfe du Mexique et qui a entraîné la fermeture préventive de plusieurs plateformes offshore. Le pétrole a rebondi à ces annonces, permettant au WTI et au Brent de reprendre 2% et d’enrayer leur spirale baissière.
En Asie Pacifique, le rebond du Nasdaq donne des ailes à certains marchés, notamment à Tokyo qui reprend 3,3% après une longue série baissière. La Chine se reprend aussi, de 0,3% à Shanghai et de 1,2% à Hong Kong. La Corée du Sud (+1%) et Taiwan (+3,3%) profitent aussi de la reprise du secteur des semiconducteurs, tandis que l’Australie gagne 1%. L’Inde est plus mesurée, avec un SENSEX à +0,4%. Les indicateurs avancés européens laissent entrevoir un rebond à l’ouverture.
Le CAC40 gagne 1,1% à 7481 points à l’ouverture. Le SMI rebondit de 0,3% à 11 961 points. Le Bel20 progresse de 0,7% à 4224 points. (Avec Zonebourse)
