Le gouvernement n’est-il pas prêt pour lancer la 2e phase de la généralisation de la couverture sociale ?

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Lancé en 2021, le chantier de la généralisation de la couverture sociale figure parmi les priorités pour l’instauration de l’Etat social. Toutefois, et contrairement au planning préétabli relatif à l’exécution dudit chantier, le gouvernement ne semble pas avoir envisagé (dans le prochain exercice 2025) de lancer les 2 phases restantes à savoir la retraite et l’indemnité perte d’emploi.
L’un des défis majeurs que le Maroc est amené à relever l’année prochaine celui de l’achèvement du chantier de la généralisation de la couverture sanitaire. Cette réforme sociétale qui constitue l’un des piliers fondamentaux de l’instauration d’un Etat social figure depuis 2021 parmi les priorités du gouvernement.
Un gouvernement qui, sous les instructions royales, a mis la barre très haute en se fixant comme objectif d’intégrer 22 millions de nouveaux bénéficiaires dans le système d’assurance maladie obligatoire, d’étendre les allocations familiales au profit de 7 millions d’enfants en âge de scolarité, d’élargir la base des adhérents au régime de retraite au profit de 5 millions d’actifs non titulaires d’un droit à une pension ainsi que d’activer l’accès à l’indemnité perte d’emploi.
Pour atteindre ces objectifs, il doit falloir mobiliser 51 Mds de DH par an (dont 23 Mds de DH par l’Etat) répartis comme suit : 14 Mds de DH pour l’AMO, 20 Mds de DH pour les allocation familiales, 16 Mds de DH pour la généralisation de la retraite et 1 Md de DH pour l’indemnité perte d’emploi.
Rappelons également que le gouvernement avait fixé un calendrier de mise en œuvre dudit chantier social à savoir entre 2021-2023 l’achèvement de la 1ére phase consacrée à la généralisation de l’AMO et des allocations familiales, tandis que la seconde phase à savoir l’extension de la retraite et de l’indemnité pour perte d’emploi elle devrait être mise en oeuvre entre 2024 et 2025.
Toutefois, force est de constater que bien nous soyons sur le point de boucler l’exercice 2024, la 2éme phase de ce chantier stratégique n’aurait toujours pas été lancée.
Et il ne semble pas que l’exécution de cette phase fasse partie des priorités du gouvernement lors du prochain exercice 2025. En effet, à la lecture du rapport d’exécution budgétaire et de cadrage Macroéconomique triennal (2025), récemment publié par le ministère de l’Economie et des Finances, aucune mention n’est faite dans les orientations et objectifs prioritaires du PLF 2025 à ce sujet.
En effet, dans le cadre de la poursuite du renforcement des piliers de l’État social, les priorités du gouvernement seront principalement axées sur la refonte du système national de santé. Dans ce cadre, l’Exécutif a prévu de poursuivre les travaux de réhabilitation des hôpitaux provinciaux et régionaux. Aussi des efforts seront-ils déployés pour renforcer la gouvernance hospitalière à travers la mise en place des Groupements Sanitaires Territoriaux (GST), de la Haute Autorité de Santé (HAS), de l’Agence Marocaine des Médicaments et des produits de Santé, ainsi que de l’Agence Marocaine du Sang et de ses dérivés. Il faut dire que cette refonte est impérative pour garantir la qualité des soins et l’équité dans l’accès aux soins de santé dans le secteur public.
Autre priorité de l’Etat pour 2025, poursuivre la mise en œuvre effective du chantier de la généralisation de l’Aide Sociale Directe en opérationnalisant l’Agence Nationale d’Aide Sociale, avec une enveloppe budgétaire de 26,5 Mds de DH pour l’année 2025.
Mais qu’en est-il des autres phases du chantier de la généralisation de la protection sociale ? Le gouvernement risque-t-il de ne pas respecter le calendrier préétabli face à la complexité des engagements pris ? Ou attend-il la réforme de la retraite pour pourvoir démarrer ce 3ème pilier du chantier ? La hausse du taux de chômage est-elle derrière ce retard d’instauration de l’indemnité perte d’emploi ? Le gouvernement attend-il la maturité des 2 premières phases avant de se lancer dans la retraite et l’indemnité ? Les financements nécessaires pour financer ce chantier manquent-ils à l’appel ?
Autant de questions auxquelles le gouvernement devra apporter des réponses notamment lors de la présentation du PLF 2025.
