Crash d’avion en Corée : Muan plongée dans une nuit de chagrin

Le soleil s’est couché dimanche sur l’aéroport international de Muan, dans le sud-ouest de la Corée, mais la douleur, elle, n’a pas connu de répit.
Les premières heures suivant le crash d’un avion de la compagnie coréenne Jeju Air, survenu dimanche à 09h03 heure locale (00h03 GMT), ont été marquées par un silence glacial dans l’enceinte de l’aéroport. Les proches des victimes, massés dans le hall des arrivées, continuaient de s’accrocher au mince espoir de retrouver des survivants.
L’atmosphère s’est progressivement alourdie au fil des annonces officielles qui ont confirmé l’ampleur de la tragédie: sur les 181 personnes à bord du vol Jeju Air 2216, 179 ont péri dans ce qui allait devenir l’accident aérien le plus meurtrier de l’histoire de la Corée.
Des images prises sur place montrent une femme s’effondrant en larmes à l’annonce du nom d’un être cher, des femmes s’étreignant en pleurs, et un homme, le regard vide, tentant de réconforter une dame affligée.
À la tombée de la nuit, l’affluence n’a cessé de croître à l’aéroport de Muan malgré sa fermeture. Les rencontres entre familles endeuillées et amis venus les soutenir ont brisé les dernières digues de retenue émotionnelle.
La Croix-Rouge coréenne et l’Association des constructeurs de logements de Corée ont installé des tentes au deuxième étage de l’aéroport pour accueillir ceux qui y passent la nuit.
Les images de l’accident montrent l’appareil aux couleurs blanc et orange, un Boeing 737-8AS reliant la capitale thaïlandaise Bangkok à Muan, touchant terre sur le ventre et glissant sur le tarmac, avant de percuter une barrière et d’exploser en une boule de feu.
Seuls deux membres du personnel navigant, une hôtesse et un steward, ont été extraits vivants de la queue de l’appareil, unique partie encore reconnaissable parmi les débris calcinés.
L’identification des corps s’avérant particulièrement difficile en raison de la violence de l’impact, de longues files d’attente se sont formées devant les bureaux de la police pour les prélèvements d’ADN, désormais seul moyen d’identifier de nombreuses victimes.
L’identité de 141 des 179 morts, âgés de trois à 78 ans, a été confirmée jusqu’à présent, a indiqué lundi le ministère des Territoires, citant les enquêteurs.
Le PDG de Jeju Air, Kim E-bae, a présenté ses « sincères excuses » aux familles des victimes, tout en précisant que les circonstances précises de la catastrophe demeurent l’objet d’investigations approfondies.
Les premiers éléments de l’enquête orientent les investigations vers l’hypothèse d’une collision avec des volatiles, étant donné que les vasières entourant l’aéroport de Muan constituent une zone de repos privilégiée pour de nombreux oiseaux migrateurs.
Des experts en aviation soupçonnent que l’intrusion d’oiseaux dans les réacteurs de l’appareil aurait endommagé son circuit hydraulique, dispositif crucial pour le déploiement du train d’atterrissage.
Cette catastrophe aérienne survient dans un contexte particulièrement tendu en Corée, qui traverse une crise politique sans précédent depuis la destitution du président Yoon Suk Yeol, sanctionné pour sa tentative d’imposer la loi martiale le 3 décembre.
La situation s’est compliquée davantage vendredi dernier avec la destitution du président par intérim Han Duck-soo, une première dans l’histoire du pays.
Le gouvernement a déclaré les lieux de la tragédie « zone de catastrophe spéciale », promettant d’accompagner les familles des victimes et de prévenir de futurs accidents.
Le nouveau président intérimaire Choi Sang-mok s’est rendu sur place pour une cérémonie de commémoration, alors qu’un deuil national de sept jours a été décrété.

