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Economie

Guerre tarifaire : la politique commerciale américaine exige du Maroc une vigilance accrue

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Ecrit par S. Es-Siari I

La guerre tarifaire à laquelle on assiste depuis l’investiture de Donald Trump est tout sauf logique.  Pour le Maroc, alors que les premiers signaux en direction du pays sont positifs, la nouvelle politique présente des enjeux contradictoires quand on s’intéresse à l’incidence sur le commerce et sur l’investissement. Détails.

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L ’impact immédiat des nouvelles mesures douanières protectionnistes américaines est l’annonce de mesures de rétorsion de la part des pays destinataires. Le Canada a annoncé une augmentation des taxes douanières sur les importations américaines et le Mexique pré pare des contre-mesures en dénonçant une décision offensante et préjudiciable à l’économie mexicaine. Pékin devrait taxer les importations d’hydrocarbures, de charbon et de certains véhicules en provenance des Etats-Unis, selon l’annonce des autorités, et envisage de porter plainte devant l’Organisation mondiale du Commerce.

Suite à la décision imposant des droits de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium, et à la menace d’une imposition de droits de douane de 10 % sur les produits européens, l’UE a assuré qu’elle agira fermement pour préserver ses intérêts économiques. Partout, on impose ou on réfléchit aux mesures de représailles. La guerre commerciale qui en résulte ne manquera pas de modifier les flux commerciaux mondiaux et d’avoir des répercussions négatives sur l’économie et le commerce.

« Cette prolifération des barrières commerciales nuirait d’abord à l’économie américaine qui connaitrait une forte poussée d’inflation sans garantir sa réindustrialisation. L’adoption de droits de douane, lors du premier mandat du président Trump, s’est traduite par une diminution du nombre des employés du secteur industriel par rapport aux autres secteurs (The Economist) », expliquent les analystes du CMC dans leur dernière lettre de conjoncture. Et, si les entreprises qui ont été protégées par ces droits de douane – notamment celles de l’acier et de l’aluminium – ont pu augmenter leurs chiffres d’affaires, cette hausse a été obtenue au détriment de très nombreuses entreprises en aval, qui ont souffert de coûts de production accrus.

Et d’enchaîner :  » Selon les simulations du CEPII, lors de cette période, une certaine réindustrialisation des États-Unis (la production industrielle augmente de 2,2 %), s’est faite au prix d’une déspécialisation dans des secteurs où le pays possède traditionnellement des avantages comparatifs dont agriculture (-2,5 %), avec pour conséquence une perte de 1,3 % de son PIB, par rapport au scénario de référence ». Si, à cette époque, le protectionnisme américain avait fortement pénalisé la Chine et épargné le Mexique et le Canada qui avaient augmenté leurs exportations, les trois pays seront maintenant pénalisés.

Pour les deux voisins immédiats, le relèvement des tarifs douaniers de leur premier client pourrait s’avé- rer particulièrement violent. Selon certaines analyses, le Canada et le Mexique peuvent s’attendre à voir leur PIB reculer respectivement de 3,6 % et 2 %.

Par ailleurs, les pays en développement risquent d’être pénalisés par la règle de réciprocité des taxes, contraire aux règles de l’OMC qui préconisent des taux différenciés pour les pays en développement. La remise en cause de ce principe risque d’avoir d’importantes conséquences sur les PED et notamment les économies les plus fragiles.

Les enjeux pour l’économie marocaine ?

Pour le Maroc, les conséquences ne seraient pas unidimensionnelles compte tenu d’effets potentiels contradictoires. Avec un accord de libre-échange (ALE) liant les deux nations depuis 2006, les exportations marocaines ont triplé depuis l’entrée en vigueur de cet accord, bien que le déficit commercial reste important. « Les exportations marocaines vers les Etats-Unis pourraient rencontrer des entraves si le le protectionnisme américain se durcit face au Maroc », rappellent les conjoncturistes.

En revanche, l’augmentation des tarifs douaniers envers des pays comme la Chine pourrait, d’après-eux, présenter des opportunités aux produits marocains lorsque la substitution est possible. Sur le plan commercial, le Maroc pourrait bénéficier du protectionnisme américain s’il demeure un partenaire moins exposé que d’autres aux restrictions douanières américaines.

Sur un autre registre, l’ALE avec les Etats-Unis a eu un effet indirect spectaculaire sur les investissements étrangers au Maroc. La Chine notamment a massivement investi au Maroc pour exporter vers le marché américain en contournant les barrières commerciales qui lui sont imposées. On pourrait imaginer que les récentes mesures commerciales américaines favoriseraient encore plus cette tendance.

Des entreprises, notamment dans le secteur automobile, des énergies renouvelables et de l’agroalimentaire, trouveraient alors dans le Maroc une alternative pour contourner les barrières douanières renforcées. Or la politique américaine pourrait restreindre cette possibilité. Ainsi, le nouveau président américain veut réexaminer les conditions d’accès au marché américain des batteries chinoises, dont celles produites dans des pays tiers.

Le journal le Monde titrait d’ailleurs récemment sur les incertitudes, au Maroc, de la filière chinoise des batteries après sous la nouvelle administration américaine. C’est que les Etats-Unis pourraient décider de contraindre de tels investissements chinois au Maroc, notamment dans le secteur de l’automobile et des batteries électriques, en restreignant la possibilité de profiter de l’accord de libre-échange liant Rabat à Washington pour contourner les barrières douanières imposées aux produits chinois.

Au final, si des signaux positifs existent tels que les premières déclarations en faveur du Maroc, l’imprévisibilité qui semble caractériser actuellement la politique commerciale américaine exige du Maroc une vigilance accrue. Tout en tentant de préserver sa position d’allié privilégié des Etats-Unis, le Maroc devrait diversifier ses relations économiques en vue de réduire son exposition au risque accompagnant les politiques américaines.


Lire également : Le protectionnisme de Trump va-t-il conduire de nouveau à une guerre commerciale ? 

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