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Economie

Filière des agrumes : tous ces challenges à relever pour assurer la pérennité

filières Agrumes

Frappée de plein fouet par les dures et dernières années de sécheresse, la filière des agrumes à ainsi dû procéder à un arrachage massif. Par conséquent, depuis 2016, la filière a perdu près de 30% de sa superficie en repassant à une surface inférieure à celle de 2016 avec 91.342 ha en 2024.

Etant l’un des secteurs clé de l’agriculture nationale, la filière des agrumes tient ces 13, 14 et 15 Mai 2025 à Marrakech, son premier congrès scientifique sous la thématique « Challenges multiples sur la filière des agrumes : quels leviers pour agir ? ». Ce premier congrès scientifique est organisé par Maroc Citrus sous l’égide du Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts. A titre d’information, Maroc Citrus fédère l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur du secteur des agrumes au Maroc.

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Ce congrès scientifique de haut niveau qui réunit des professionnels, des institutionnels ainsi que des experts marocains et internationaux fait l’état des lieux de la filière qui fait vivre, en milieu rural, plus de 13.000 familles en créant 32 millions de journées de travail auxquelles s’ajoutent les nombreux emplois créés par les 50 stations de conditionnement et les 4 usines à jus.

La production nationale est estimée actuellement à plus de 1,5 million de tonnes dont les deux tiers alimentent le marché local et le tiers est exporté.

Avec plus de 500.000 tonnes exportées, la filière contribue significativement au rapatriement des devises, à la réduction du déficit commercial tout en assurant l’approvisionnement en quantité et qualité du marché local.

Au cours des quinze dernières années, la filière, confrontée à de multiples défis a fait preuve de résilience et a saisi chaque crise comme l’opportunité de se réinventer et de se mettre à niveau. Fortement impactée par les dernières années de sécheresse, la filière, au-delà des importantes pertes auxquelles elle a été confrontée, a procédé, de facto, à sa mise à niveau.

La présentation des résultats de la mise à jour du recensement agrumicole mené conjointement par Maroc Citrus et le Ministère de l’Agriculture, de la Pêche Maritime, du Développement Rural et des Eaux et Forêts a fait le constat alarmant d’une perte importante de la superficie exploitée.

Baisse de 29% de la superficie soit plus de 37.000 ha entre 2016 et 2024

Frappée de plein fouet par les dures et dernières années de sécheresse, la filière a ainsi dû procéder à un arrachage massif. Par conséquent, depuis 2016, la filière a perdu près de 30% de sa superficie en repassant à une surface inférieure à celle de 2016 avec 91.342 ha en 2024.

Cependant, si le secteur agrumicole a vu baisser drastiquement sa superficie exploitée et sa production reculer à 1,5 millions de tonnes, aujourd’hui, le verger agrumicole marocain est jeune et équilibré en variété avec 50% du vergers ayant moins de 15 ans et se caractérise par des produits de qualité avec une forte valeur ajoutée.

La variété NadorCott, fleuron national et produit à haute valeur ajoutée

Véritable trésor national, la variété Nadorcott s’est fortement développée ces dernières années. Son succès s’explique en grande partie par la gestion rigoureuse assurée par l’Association des Producteurs de Nadorcott au Maroc (APNM), qui veille au respect strict du cahier des charges et des zones de production.

Découverte et développée au Maroc, la NadorCott, du nom du chercheur de l’INRA qui l’a découverte, M. Nadori et du plant original Murcott, est un produit à forte valeur ajoutée désormais plébiscité à l’échelle mondiale et exportée dans plus de 40 pays depuis le Maroc.

Pour les producteurs nationaux, la NadorCott présente toutes les qualités : rendement, calibrage et calendrier puisqu’elle arrive après la clémentine et s’étale jusqu’à fin avril.

Au-delà du Maroc, où elle a été développée, son appellation est d’ailleurs protégée en Europe, la Nadorcott est aujourd’hui la variété préférée des producteurs du monde entier.

Confrontée à une vive concurrence à l’export, la filière après l’entrée des produits égyptiens et turques sur le marché russe, a dû, une nouvelle fois se réinventer en allant à la conquête de nouveaux marchés.

La forte baisse du marché russe a ainsi agi comme un levier de mise à niveau dans l’ensemble de la chaîne de valeur des agrumes marocains. Les opérateurs marocains ont dû réorienter leur stratégie d’exportation vers des marchés plus exigeants en termes de qualité, de traçabilité et de certifications entraînant des avancées majeures notamment en montée en gamme et en généralisation des certifications.

Ces certifications, telles GlobalGAP (référence en matière de bonnes pratiques agricoles), SMETA (éthique et responsabilité sociale), GRASP (évaluation des pratiques sociales) ou encore LEAF (agriculture respectueuse de l’environnement) garantissent désormais non seulement l’accès aux marchés internationaux, notamment européens, mais servent également de gage de qualité auprès des distributeurs. Cette mise à niveau a également permis d’améliorer la qualité des produits offert au marché local.

Également confrontée à une concurrence intense, notamment égyptienne, l’orange fait face à d’importantes barrières à l’exportation induisant une forte baisse qui impacte la filière avec notamment une saison d’exportation qui se trouve amputée de deux mois, nuisant à la rentabilité des stations de conditionnement, qui ne travaillent plus que cinq mois par an et impactant directement les ouvriers des stations.

Les usines de transformation pour le jus souffrent pour leur part du manque de matière première, car ce sont les écarts de tri de l’export qui leur fournissent des oranges à bas prix et enfin, les producteurs prolongent la saison jusqu’à la fin de l’été pour servir le marché local, en essayant de tirer profit des prix estivaux diminuant, du fait de la surexploitation, le rendement des arbres pour l’année suivante.

Annoncé récemment, le soutien de l’Etat, bien que bienvenu, reste insuffisant au vu de l’écart de prix de vente entre le Maroc et l’Égypte. Il constitue cependant un signal fort pour encourager les producteurs à exporter.

La filière dispose néanmoins d’une opportunité pour regagner des parts de marché à l’export. En effet, le Brésil, plus grand producteur d’oranges au monde, a été touché par le virus du Greening et a perdu une partie de ses capacités de production. Cette baisse a fait grimper les prix du concentré d’orange dans le monde de manière impressionnante et a conduit les Égyptiens à détourner une partie de leurs oranges de bouche vers les usines de transformation pour le jus, libérant une place potentielle pour les exportateurs nationaux.

Malgré sa résilience et sa mise à niveau, la filière fait face à des défis majeurs, qui, s’ils n’étaient adressés pourraient compromettre la pérennité de l’activité à moyen terme.

En premier lieu, le changement climatique, marqué par plusieurs années consécutives de sécheresse, frappe durement les zones agrumicoles à l’instar d’autres filières de l’agriculture nationale. Amené à durer, le déficit hydrique donne lieu à une incertitude intense pour les opérateurs de la filière et génère inquiétude et risques.

En dépit de l’ambitieuse stratégie menée autour de l’eau, la filière requiert aujourd’hui, le déploiement d’une approche spécifique pour sa sauvegarde et son développement car il est probable, qu’avec l’assignation exclusive de la production issue du dessalement de l’eau de mer pour les besoins en eau potable, les ressources des barrages et les eaux recyclées qui seront allouées au secteur agricole seront probablement insuffisantes pour répondre aux besoins de l’agriculture.

Il y a donc lieu aujourd’hui de se mobiliser collectivement, pouvoirs publics et professionnels, pour élaborer ensemble un plan destiné à assurer la sauvegarde de la filière et lui garantissant un accès durable à la ressource hydrique avec davantage de projets de dessalement et la mise en place d’« autoroutes de l’eau ».

Ce défi crucial et déterminant pour l’avenir de la filière agrumicole nécessite rapidement une étude approfondie et une concertation entre la profession et le Gouvernement pour une mise en œuvre dans les meilleurs délais.

« Faisant partie de l’avis du Conseil de la Concurrence publié en Mars 2024, la filière des agrumes est confrontée à certains dysfonctionnements organisationnels impactant l’efficacité et l’optimisation de la chaine ainsi que sa compétitivité », informent les professionnels.

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