Couverture sanitaire : avec 8 millions de Marocains hors système, de quelle généralisation parle-t-on ?

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Avec environ 8 millions de Marocains qui sont toujours en dehors du champ de l’assurance maladie obligatoire de base et la 2ème phase du chantier de la généralisation de la couverture sociale qui n’a pas encore démarré, la question est de savoir si la mise en oeuvre de ce chantier royal qui constitue un pilier de l’instauration d’un Etat social n’est-elle pas compromise ?
Le gouvernement ne cesse de se targuer de la réussite et la bonne exécution du chantier de la généralisation de la couverture sociale lancé en 2021 et qui devrait s’achever fin 2025. Un chantier rappelons-le qui était sondé en 2 phases, une première entre 2021-2023 consacrée à la généralisation de l’AMO et des allocations familiales et une seconde phase relative à l’extension de la retraite et de l’indemnité pour perte d’emploi (IPE).
Malheureusement le constat est sans appel. L’Exécutif est bien loin des objectifs et du calendrier établi pour la mise en œuvre de ce chantier royal qui constitue une priorité pour l’instauration de l’Etat social.
Il faut dire que même pour la première phase dont le gouvernement s’est félicité de pouvoir achever dans les délais, les réalisations ne sont pas conformes aux objectifs. Rappelons que la 1ère phase consistait à intégrer 22 millions de nouveaux bénéficiaires dans le système d’assurance maladie obligatoire et d’étendre les allocations familiales au profit de 7 millions d’enfants en âge de scolarité.
Et pourtant le compte n’est pas bon. Aujourd’hui, force est de constater qu’une bonne partie de la population est toujours hors système de couverture sanitaire. Le CESE parle de son dernier rapport de près de 8 millions de citoyens qui demeurent en dehors du champ de l’assurance maladie obligatoire de base.
Même constat de la Banque mondiale qui dans le cadre de l’octroi d’un financement de 600 millions de dollars pour la troisième phase du programme de renforcement du capital humain pour un Maroc résilient, avait précisé que la couverture sanitaire a atteint seulement 75 % de la population.
Le gouvernement a beau essayé de maquiller les chiffres et de les interpréter à sa manière, la réalité est ce qu’elle est.
La question est pourquoi le gouvernement n’assume-t-il pas ses échecs pour rattraper le retard et corriger les erreurs qui risquent de menacer le système de couverture sanitaire ? Pourquoi le Chef du gouvernement parle-t-il de généralisation de la couverture sanitaire obligatoire lors de la présentation du bilan du chantier de la protection sociale à la Chambre des conseillers alors que près 8 millions de Marocains ne sont toujours pas couverts ?
Pis encore, avec ce gouvernement, une partie de personnes qui était couverte par le Ramed, elle est aujourd’hui exclue de AMO Tadamon sans explication, sans communication claire sur les raisons et sans visibilité sur l’avenir de leur couverture sanitaire.
Lekjaa avait avoué lors d’une rencontre à la CGEM en janvier dernier que des dizaines de milliers de personnes ont été écartées en raison du score du RSU. En attendant de trouver des solutions, qui peinent à voir le jour, des millions de Marocains ne bénéficient d’aucune couverture sanitaire et, par conséquent, ne jouissent pas d’un droit constitutionnel qui est celui de l’accès aux soins.
Et si le gouvernement n’était pas bon dans l’exécution de la 1ère phase de ce chantier royal il est encore moins pour la mise en œuvre de la 2ème phase qui devait s’achever fin 2025 à savoir l’extension de la retraite et de l’indemnité pour perte d’emploi.
Rappelons que le gouvernement n’avait pas inscrit cette 2ème phase dans le cadre de la LF 2025. Les raisons nous les ignorons. Mais avec un taux de chômage qui a atteint un record en dépassant les 13%, et une réforme de la retraite qui n’a pas encore démarré malgré les promesses du gouvernement à en faire une priorité en 2025, les conditions ne sont pas favorables pour engager cette 2ème phase du chantier de généralisation de la couverture sanitaire.
Reste à savoir si dans les 15 mois de l’échéance du mandat gouvernemental, l’Exécutif réussira-t-il à réaliser ce qu’il n’a pas pu faire durant 45 mois d’exercice ?
Wait and see !

