Autoroute électrique Sud-Centre : quels impacts de ce projet d’envergure ?

De par sa dimension en tant qu’infrastructure d’interconnexion d’envergure reliant les sites de production aux zones industrielles de grande de consommation, la dorsale de transport d’électricité à haute capacité est d’une portée stratégique pour le pays avec des effets multiples tant au plan économique, social qu’environnemental.
S’inscrivant dans une dynamique de développement durable et de transition énergétique, le projet d’autoroute électrique reliant le sud et le centre du Maroc vient de franchir une phase décisive de sa mise en œuvre à la suite de l’accord conclu à cet effet entre le gouvernement, l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEEP) et les opérateurs du consortium regroupant Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’investissement.
Ce projet a pour objectif de déployer une infrastructure électrique lourde et interconnectée destinée à acheminer massivement de l’électricité verte depuis les zones de production, au sud et à l’est du pays, vers les zones de consommation industrielle, se situant principalement au Nord, au Centre et sur le littoral atlantique, rappelle le Centre marocain de conjoncture qui a consacré le sujet dossier du mois de sa revue.
La consistance du projet porte sur la construction d’une dorsale électrique de haute tension en courant continu (HVDC) avec des stations de conversion et de stockage. Cette infrastructure permettrait d’intégrer les productions solaires et de connecter les futurs parcs éoliens afin de sécuriser l’alimentation énergétique des différents sites industriels disséminés dans les régions du centre et du nord du pays.
Le montage institutionnel du projet, son organisation et sa mise en œuvre reposent sur un système de gouvernance structuré autour d’un Partenariat Public Privé (PPP) impliquant des acteurs institutionnels majeurs.
Du côté du secteur public, on retrouve, outre les autorités de régulation du secteur, l’ONEEP en tant qu’opérateur public chef de file du projet assurant la supervision, la planification et la structuration technique de toutes les opérations, d’une part, et le Fonds Mohammed VI d’Investissement en tant que bailleur public stratégique pourvoyant des financements en fonds propres ou quasi-fonds propres, d’autre part.
Le secteur privé est représenté, quant à lui, par deux acteurs majeurs dans le secteur : l’opérateur énergétique marocain Nareva agissant en tant qu’investisseur, développeur et exploitant d’infrastructures et l’opérateur émirati Taqa Morocco, spécialisé dans la production de l’énergie, comme partenaire stratégique pour l’intégration industrielle et énergétique.
Selon les termes de l’accord conclu entre les différents partenaires, la mission de financement et de suivi de la réalisation du projet est confiée aux opérateurs Taqa et Nareva en plus du Fonds Mohammed VI d’Investissement alors que l’exploitation de la future ligne sera assurée par l’ONEEP en sa qualité d’opérateur du réseau électrique national.
Sur le plan technique, le projet de liaison électrique en courant continu de haute tension, atteignant 400 kV, porte sur une distance de 1400 km avec une capacité globale de 3000 MW.
Le CMC rappelle que cette infrastructure répond à la nécessité impérieuse de relier les parcs renouvelables développés dans les régions du sud du pays aux principaux centres de consommation et que la liaison électrique actuelle qui déploie une capacité globale de 1500 MW, générée par les parcs éoliens ainsi que par plusieurs installations solaires dispersées dans différentes régions du sud, se trouve, sous la pression de la demande, largement saturée.
Le développement des capacités de la liaison électrique s’avère, dans ces conditions, absolument nécessaire pour assurer la continuité de l’effort de transition énergétique et accompagner la dynamique de croissance du tissu économique.
Pour la mise en œuvre du projet, l’ONEEP a opté, après consultation, pour le modèle EPC (engineering, procurement, construction) qui assure une gestion plus ciblée et une plus grande maitrise des différentes phases qu’implique l’implantation d’une infrastructure de cette envergure. Ce modèle, à l’inverse du modèle BOOT (built, own, operate, transfer), offre en effet plus de latitude pour le pilotage du projet, en permettant, notamment, une meilleure gestion des risques, une simplification de la coordination, et une plus grande certitude sur les coûts et les délais.
Le coût du projet estimé globalement à 3 milliards de dollars a imposé par ailleurs un montage financier de type « Project finance » mettant à contribution fonds propres et emprunts dont les remboursements seront assurés par les flux de trésorerie générés par l’exploitation de l’infrastructure.
C’est dans ce cadre que la responsabilité du financement et du suivi de la construction de la ligne est confiée au consortium maroco-émirati regroupant Taqa Morocco, Nareva et le Fonds Mohammed VI pour l’Investissement, alors que l’ONEEP devra se charger de l’exploitation de l’infrastructure, assurant ainsi son intégration dans le réseau national, relève le CMC. Il souligne par ailleurs que l’ONEEP s’engage, dans le cadre de ce « deal », à acheter l’électricité éolienne produite par les sites développés par le consortium d’une capacité de 1200 MW. Le montage financier retenu, en délimitant les responsabilités respectives des partenaires, permet ainsi d’assurer un équilibre entre les risques financiers et la soutenabilité à terme du projet.
Interconnexion électrique Sud-Centre : un projet multidimensionnel
De par sa dimension en tant qu’infrastructure d’interconnexion d’envergure reliant les sites de production aux zones industrielles de grande de consommation, la dorsale de transport d’électricité à haute capacité est d’une portée stratégique pour le pays avec des effets multiples tant au plan économique, social qu’environnemental, soutient le CMC.
Pour un pays qui compte porter la part des énergies renouvelables à plus de 50 % à l’horizon 2030, ce projet peut contribuer à la réalisation des objectifs arrêtés en matière non seulement de transition énergétique mais aussi de souveraineté industrielle.
Le Maroc affronte en effet un double défi : celui du développement des capacités de production de l’énergie renouvelable et celui de son acheminement vers les grands foyers de consommation.
En contribuant à assouplir la contrainte énergétique qui pèse sur le potentiel de développement du pays, cette infrastructure améliore également son attractivité pour les investissements dans l’industrie verte, estime le CMC.
Sur le plan régional, le projet peut jouer le rôle de levier dans l’intégration énergétique en permettant une interconnexion avec le voisinage immédiat en Europe et en Afrique. Le projet de liaison électrique favorisera par ailleurs le développement de capacités de production de l’énergie renouvelable, contribuant ainsi à la consolidation de la compétitivité énergétique, estiment les conjoncturistes.
L’investissement dans l’éolien prévu dans le cadre du projet permettra, à terme, de réduire de près du tiers le coût moyen de l’électricité verte à travers, notamment, les gains de productivité, les économies d’échelle, l’optimisation des lignes de transport et la mutualisation des infrastructures de conversion et de stockage. Ce qui est de nature à constituer un avantage compétitif majeur pour le secteur industriel mais également un facteur de stabilité pour une économie fortement dépendante de l’extérieur sur le plan énergétique. Les investissements dans les capacités de production ne manqueront pas par ailleurs, vu leur envergure, d’induire des effets multiplicateurs dans les zones d’implantation en termes d’activité et d’emplois liés aux infrastructures de transport, d’entretien du réseau, d’ingénierie et d’autres activités industrielles et de service.
Le CMC s’intéresse également au volet environnemental, l’autoroute électrique permettant, à travers l’intégration de capacités supplémentaires en énergies renouvelables, de réduire la dépendance aux énergies fossiles et facilitera ainsi la satisfaction des engagements du pays quant aux objectifs de réduction de l’empreinte carbone.

