Croissance en 2025 : le FMI revoit ses prévisions à la hausse

Les prévisions de croissance mondiale, à 3,0 % en 2025 et 3,1 % en 2026, ont été révisées à la hausse par rapport à l’édition d’avril 2025 des Perspectives de l’économie mondiale du FMI. En effet, la hausse des droits de douane a été anticipée, les droits de douane effectifs ont baissé, les conditions financières se sont améliorées et certains grands pays ont connu une expansion budgétaire.
Au niveau mondial, l’inflation devrait reculer mais aux États-Unis, elle devrait rester supérieure à l’objectif. Les risques baissiers dus à la possibilité d’un relèvement des droits de douane, à l’incertitude accrue et aux tensions géopolitiques persistent. Rétablir la croissance, la prévisibilité et la soutenabilité demeure un objectif prioritaire des pouvoirs publics.

Dans cette mise à jour, les projections des services du FMI reposent sur la politique commerciale actuelle en temps réel ; autrement dit, elles supposent que les politiques économiques en vigueur au moment de la rédaction du présent document sont permanentes. C’est le cas y compris des mesures qui ont été présentées comme temporaires ou en instance, ce qui signifie que l’on suppose que les suspensions des hausses des droits de douane persisteront après leur date d’expiration et que les hausses ne prendront pas effet.
Le taux effectif des droits de douane des États-Unis qui sous-tend les projections est de 17,3 %, contre 24,4 % dans les prévisions de référence d’avril. Le taux effectif des droits de douane correspondant dans le reste du monde est de 3,5 %, contre 4,1 % dans les prévisions de référence d’avril. On suppose que l’incertitude qui entoure les politiques économiques reste élevée cette année et la suivante.
Les prix des produits de base énergétiques devraient baisser de 7 % environ en 2025, soit moins que ce qui était prévu dans les PEM d’avril. Les cours du pétrole ont sensiblement augmenté en juin durant les frappes militaires entre la République islamique d’Iran et Israël, cette augmentation s’expliquant essentiellement par une hausse des primes de risque, car l’offre physique de pétrole n’a pas été perturbée.
Cette hausse induite par des facteurs géopolitiques s’est désormais en grande partie atténuée, et les fondamentaux baissiers sont de nouveau au centre de l’attention, l’offre importante aussi bien au sein de l’OPEP+ (Organisation des pays exportateurs de pétrole plus certains pays non membres, dont la Russie) qu’en dehors étant supérieure à la demande, dont la croissance est molle.
Les cours du gaz naturel sont restés relativement maîtrisés sur fond d’anticipations d’une baisse de la demande d’énergie en raison des incertitudes commerciales, des plans annoncés par l’Union européenne de fixer des objectifs plus souples de remplissage des installations de stockage du gaz et des perspectives de vastes hausses de l’offre de gaz naturel liquéfié à moyen terme.
Les taux directeurs devraient baisser au Royaume-Uni et aux États-Unis au deuxième semestre 2025, mais à un rythme différent, et les services du FMI s’attendent à ce que les taux restent inchangés dans la zone euro et augmentent progressivement au Japon.
Des mesures de relance budgétaire sont attendues dans les grandes puissances économiques à moyen terme, notamment en Allemagne, en Chine et aux États-Unis. Aux États-Unis, la loi OBBBA devrait creuser le déficit budgétaire de quelque 1,5 point de pourcentage du PIB en 2026, le produit des droits de douane compensant la moitié environ de cette hausse.
À moyen terme, malgré des réductions des dépenses en fin de période et des recettes douanières non négligeables, les déficits budgétaires des États-Unis devraient être plus importants que prévu dans les PEM d’avril. La croissance mondiale devrait ralentir alors que la résilience apparente diminue du fait des distorsions liées aux échanges. Les prévisions de croissance, de 3,0 % en 2025 et 3,1 % en 2026, sont inférieures aux résultats de 2024 (3,3 %) et à la moyenne historique avant la pandémie (3,7 %), même si elles sont plus élevées que les prévisions de référence d’avril.
La révision à la hausse pour 2025 est assez vaste (graphique 3), car elle est due en grande partie à un fort mouvement d’anticipation du commerce international ainsi qu’à des droits de douane effectifs inférieurs aux hypothèses retenues dans les prévisions de référence d’avril, et à une amélioration des conditions financières mondiales. Il n’en demeure pas moins que la révision est plus prononcée dans certains pays, comme la Chine, que dans d’autres.
Les achats d’anticipation devraient diminuer les trimestres prochains, et les retombées devraient peser sur l’activité en 2026 tout en étant compensées par d’autres événements, ce qui fait que la croissance globale est légèrement révisée à la hausse. Dans les pays avancés, la croissance devrait atteindre 1,5 % en 2025 et 1,6 % en 2026.
Aux ÉtatsUnis, les droits de douane s’établissant à un niveau inférieur à ceux annoncés le 2 avril et les conditions financières s’assouplissant, l’économie devrait connaître une expansion de 1,9 % en 2025, soit 0,1 point de pourcentage de plus que dans les prévisions de référence d’avril, une partie étant compensée par une demande privée qui ralentit plus rapidement que prévu et un recul de l’immigration.
La croissance devrait reprendre légèrement pour atteindre 2,0 % en 2026 ; elle devrait être stimulée à moyen terme par l’entrée en vigueur de la loi OBBBA principalement sous l’effet des incitations fiscales en faveur des investissements des entreprises. Ce taux est supérieur de 0,3 point de pourcentage aux prévisions de référence d’avril. Les services du FMI estiment que la loi OBBBA pourrait relever la production aux États-Unis d’environ 0,5 % en moyenne sur la période considérée dans les PEM et jusqu’à la fin de 2030, par rapport à un scénario de base sans ce train de mesures budgétaires.
Dans la zone euro, la croissance devrait s’accélérer pour s’établir à 1,0 % en 2025 et à 1,2 % en 2026. Les prévisions ont donc été révisées à la hausse de 0,2 point de pourcentage pour 2025, mais essentiellement en raison de la croissance robuste du PIB en Irlande au premier semestre de l’année, bien que ce pays représente moins de 5 % du PIB de la zone euro.
La révision à la hausse pour 2025 s’explique par une augmentation historiquement forte des exportations de produits pharmaceutiques irlandais vers les États-Unis du fait des achats d’anticipation et de l’ouverture de nouveaux sites de production. Si l’on excluait l’Irlande, cette révision ne serait que de 0,1 point de pourcentage. Les prévisions pour 2026 sont inchangées par rapport à celles d’avril, les effets des mouvements d’anticipation s’estompant et l’économie se développant à son rythme potentiel.
La révision des engagements de dépenses dans le secteur de la défense devrait avoir des conséquences les années suivantes, car il est prévu que ces engagements augmentent progressivement pour atteindre leur niveau cible d’ici à 2035. D
ans d’autres pays avancés, la croissance devrait ralentir pour atteindre 1,6 % en 2025 et reprendre à 2,1 % en 2026. Dans certains cas, l’appréciation de la monnaie compense les effets favorables de conditions financières plus accommodantes, tandis que les droits de douane effectifs sont identiques ou légèrement plus élevés que dans les prévisions de référence des PEM d’avril en raison des nouveaux droits de douane imposés sur l’importation de pièces détachées automobiles en mai et du doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium, en juin.
Dans les pays émergents et les pays en développement, la croissance devrait être de 4,1 % en 2025 et 4,0 % en 2026. La croissance de la Chine pour 2025 a été revue à la hausse (de 0,8 point de pourcentage) par rapport aux projections d’avril, à 4,8 %. Cette révision s’explique par une activité plus forte que prévu au premier semestre 2025 et par la baisse sensible des droits de douane États-Unis–Chine.
L’évolution du PIB au premier trimestre 2025 à lui seul justifie de réviser mécaniquement à la hausse le taux de croissance sur l’année de 0,6 point de pourcentage. Une reprise de l’accumulation des stocks devrait compenser une partie des retombées des mouvements d’anticipation au deuxième semestre 2025.
La croissance en 2026 a également été revue à la hausse de 0,2 point de pourcentage, à 4,2 %, toujours sous l’effet de la baisse des droits de douane effectifs. En Inde, la croissance devrait s’établir à 6,4 % en 2025 et 2026, ce chiffre ayant été légèrement révisé à la hausse pour les deux années, car la situation extérieure est plus rassurante que ce qui avait été prévu dans les prévisions de référence d’avril.
Dans la région Moyen-Orient et Asie centrale, la croissance devrait s’accélérer pour s’établir à 3,4 % en 2025, puis à 3,5 % en 2026. La croissance devrait être relativement stable en 2025 en Afrique subsaharienne, à 4,0 %, avant de se hisser à 4,3 % en 2026. En Amérique latine et aux Caraïbes, la croissance devrait ralentir à 2,2 % en 2025, puis revenir à 2,4 % en 2026. Dans les pays émergents et les pays en développement d’Europe, la croissance devrait également s’affaiblir et rester morose à 1,8 % en 2025 et 2,2 % en 2026.
Dans l’ensemble, les perspectives restent exposées à des risques de dégradation, tout comme indiqué dans les PEM d’avril.

