Sécheresse et déficit hydrique : voici ce que prévoit l’ABH de la Moulouya

Dans un contexte marqué par la raréfaction de l’eau et l’intensification des sécheresses, les acteurs du secteur agricole redoublent d’efforts pour sensibiliser et accompagner les usagers vers une gestion plus rationnelle de cette ressource vitale.
C’est dans cet esprit que l’Agence du bassin hydraulique (ABH) de la Moulouya a organisé, mercredi à Driouch, une rencontre de concertation consacrée à la « rationalisation de l’utilisation des ressources en eau d’irrigation et au contrôle du domaine public hydraulique ».
Organisée en coordination avec la préfecture de la province, cette initiative s’inscrit dans le cadre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027 et illustre la mise en œuvre d’une approche participative pour une gestion durable de l’eau. L’objectif est clair : impliquer les agriculteurs et les associations d’usagers dans la lutte contre la surexploitation des ressources et encourager des pratiques d’irrigation plus économes et adaptées aux réalités climatiques.
Lors de son intervention, le gouverneur de la province de Driouch, Abdesslam Frindou, a rappelé l’importance stratégique que revêt la question de l’eau pour le Maroc, conformément aux Hautes orientations royales. Il a souligné les efforts déployés par le Royaume depuis l’indépendance pour assurer la sécurité hydrique, notamment à travers une politique ambitieuse de construction de barrages et de mobilisation des ressources.
Cependant, le responsable a également mis en lumière les défis persistants : exploitation anarchique, surexploitation des nappes et impacts récurrents des sécheresses. Face à ces menaces, il a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle, de suivi et d’accompagnement technique, tout en intensifiant les campagnes de sensibilisation, notamment auprès des agriculteurs.
Pour Narjiss Lamarti, directrice de l’ABH de la Moulouya, cette rencontre constitue une étape importante dans la promotion d’une gestion participative et raisonnée de l’eau. Elle a rappelé que le bassin de la Moulouya fait face à des pressions croissantes dues aux effets du changement climatique et à des épisodes répétés de sécheresse, ce qui a conduit l’Agence à déployer un programme structurel et urgent.
Parmi les projets phares, figure l’accélération de la construction du barrage de Béni Aziman, dont la capacité de stockage atteindra 44 millions de mètres cubes. Ce projet permettra non seulement de réduire les risques d’inondation, mais aussi d’améliorer l’approvisionnement en eau potable. L’ABH prévoit également la séparation des canaux d’eau potable et d’irrigation, une mesure qui permettra d’économiser plus de 20 millions de mètres cubes d’eau par an.
D’autres actions sont également en cours, comme la construction d’usines de dessalement d’eau saumâtre et la réalisation de forages exploratoires équipés de pompes, afin d’améliorer l’efficacité des interventions sur le terrain.
Soutenir l’agriculture face à la sécheresse
De son côté, Driss Wiskioud, directeur provincial de l’agriculture à Driouch, a rappelé l’impact considérable des sécheresses successives sur l’offre en eau dans la région. Pour y faire face, le ministère de l’Agriculture déploie une série de mesures concrètes, dont le forage de puits destinés à l’irrigation et à l’abreuvement du bétail, ainsi que l’aménagement de canaux d’irrigation couvrant au moins 10 km par an.
Le ministère mise également sur le Fonds de développement agricole (FDA) pour accompagner les agriculteurs dans leurs investissements en technologies économes en eau. L’objectif est de réaliser des économies d’eau significatives d’ici 2030, notamment par la généralisation des systèmes d’irrigation performants comme le goutte-à-goutte.
Un engagement collectif pour un avenir durable
Cette rencontre à Driouch a permis de rappeler l’urgence d’une transition vers une gestion plus sobre et raisonnée des ressources hydriques, condition essentielle pour garantir la résilience du secteur agricole et la sécurité alimentaire du pays. Au-delà des politiques publiques, la réussite de cette transition dépendra de l’implication de tous les acteurs – institutions, agriculteurs, associations et secteur privé – dans la préservation d’un patrimoine hydrique devenu plus précieux que jamais.

