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Chronique

Architecture du développement territorial intégré (4e et dernière partie Partie)

Ibtissam El Rhali capital humain INDH pauvreté covid-19 Ibtissam El Rhali développement territorial intégré Coupe du Monde U20

2.2 Eco-Citoyen : Du citoyen bénéficiaire au citoyen producteur

L’émergence du concept d’éco-citoyen traduit le passage d’un modèle de gouvernance centré sur la simple prestation à un modèle fondé sur la co‑production territoriale du bien commun. Dans une perspective systémique, le citoyen cesse d’être un simple bénéficiaire des politiques publiques pour devenir un acteur actif, engagé dans l’action collective, la responsabilité intégrative partagée.

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Cette approche s’inscrit dans le courant des théories de la gouvernance co-constructive, qui conçoivent le territoire comme un système vivant28 et un espace où se croisent les rationalités institutionnelles, sociales et affectives29.

Par conséquent, le développement y est envisagé comme un processus dialogique, associant institutions et communautés dans une logique d’interdépendance, d’ajustement continu et de co-apprentissage. Le présent axe se concentre sur la transformation du citoyen bénéficiaire en citoyen producteur, véritable clé de voûte de l’écosystème local et garant d’un développement inclusif et durable.

Dès lors, une question centrale émerge : comment cet écosystème fonctionne-t-il concrètement et comment peut-il articuler efficacement les programmes territoriaux intégrés et l’engagement citoyen ?

Le développement territorial intégré ne peut se réduire à une simple accumulation de dispositifs administratifs ; il relève d’un écosystème inclusif où la condition citoyenne constitue à la fois un point de départ, un levier d’action et un indicateur de durabilité. Ainsi, le concept d’éco-citoyen prend toute sa dimension lorsqu’il exprime la convergence entre la conscience collective et la responsabilité intégrative dans la co-construction du territoire.

L’expérience de la Vigilance Sociale constitue un terrain d’observation privilégié pour comprendre la dynamique de l’éco-citoyenneté en action. Elle permet d’analyser comment la participation, la solidarité, la coordination intergénérationnelle et la convergence institutionnelle se traduisent concrètement dans la gouvernance locale.

Par le biais de l’implication conjointe des institutions et des citoyens, cette initiative révèle comment la coconstruction du territoire peut devenir un processus d’apprentissage collectif et de responsabilisation partagée. Les témoignages recueillis auprès des bénéficiaires et des équipes illustrent cette dynamique territoriale intégrée.

Abdo, 35 ans, raconte : « Avant mon intégration à la Cellule de Vigilance Sociale, je vivais partagé, bouleversé entre le virtuel et le réel, critiquant ou partageant des histoires de cas sur les réseaux sociaux. Lorsque j’ai commencé à accompagner les malades mentaux, j’ai découvert la réalité du terrain, tout en participant à leur prise en charge sociale et en les accompagnant vers les hôpitaux grâce à l’ambulance mise à disposition par l’INDH. Cette expérience a profondément changé ma vision de la vie. Ma femme et moi sommes désormais engagés 24h/24, et nous éprouvons une réelle satisfaction lorsque nous accomplissons une mission socio‑humaine». Cette expérience met en évidence la transformation du citoyen passif en acteur engagé par le biais de l’apprentissage par l’expérience où l’engagement concret redéfinit la responsabilité citoyenne.

Par ailleurs, Fati, 23 ans, témoigne : « Le bénévolat a totalement transformé mon parcours, combinant études et art, et m’a permis de découvrir d’autres horizons, de créer des tableaux et de relier l’espace aux citoyens. Il m’a tracé un chemin multifonctionnel en participant à des compétitions artistiques internationales ; ceci m’a rappelé la valeur de mon pays, le Maroc, pays de paix, de tolérance et de solidarité » Cet extrait de récit démontre que la création artistique peut devenir un levier d’épanouissement citoyen et d’inclusion.

De plus, Sakina, 30 ans, encadrante, souligne : « Le suivi éducatif, sportif et psychosocial transforme le comportement et le langage des jeunes» De son coté, Imane, 23 ans, assistante sociale, rapporte : « Une jeune mère nous a dit : Vous m’avez redonné confiance en l’administration » Ces témoignages illustrent l’impact concret de la proximité administrative sur la restauration de la confiance entre citoyens et institutions, conformément aux orientations royales en faveur de la transparence, de l’écoute et de la proximité dans les services publics.

En outre, Fatima, 60 ans, ajoute : « Toutes les générations se retrouvent autour du bénévolat. Nos actions sont désormais structurées, encadrant les jeunes, les enfants et les femmes au sein du Croissant-Rouge. Au début, certains étaient spectateurs ou critiques ; progressivement, ils ont compris l’impact réel de notre engagement collectif ».

D’autre part, Rachid, 47 ans, membre du Croissant-Rouge, précise : « Cette contribution intergénérationnelle met en relief la dynamique du bénévolat comme vecteur d’inclusion sociale et de transmission de valeurs solidaires, rejoignant pleinement les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu le glorifie. Par la volonté de Dieu, le Maroc reste et restera une terre où prévalent la solidarité et la cohésion, au sein de chaque famille, à l’intérieur de chaque quartier et à l’échelle de l’ensemble de la société ». Cette contribution intergénérationnelle met en relief la dynamique du bénévolat comme vecteur d’inclusion sociale et de transmission de valeurs solidaires.30

Conjointement, Wafaa, 25 ans, partage : « Après une hospitalisation et la prise en charge par le programme de Vigilance Sociale, j’ai été formée dans un centre professionnel pour femmes et j’ai pu créer mon activité génératrice de revenus dans la couture, soutenue par l’INDH. Cela a ouvert un nouveau chapitre dans ma vie». Ce cas met en lumière le lien fort entre inclusion sociale et autonomisation économique, confirmant la contribution de la Vigilance Sociale à la résilience et à l’insertion socioéconomique, conformément aux orientations royales en faveur de l’autonomisation des femmes et des jeunes.

Parallèlement, Ahmed, médecin urgentiste, 55 ans, confie : « Avec la Vigilance Sociale, l’urgence se concrétise sur le terrain tout en complétant notre travail hospitalier et en équilibrant les cas précaires. J’ai été entouré de différentes générations, formant une équipe prête à intervenir matin, soir ou nuit. Cette expérience transforme le désespoir des bénéficiaires en espoir et révèle la puissance de la solidarité intergénérationnelle».  Ce témoignage met en évidence comment la coordination entre institutions et société civile reflète la vision royale, fondée sur l’engagement citoyen, la réactivité et la dimension humaine dans la gestion des situations vulnérables.

En complément, Tayeb, 63 ans, retraité, rappelle : « Le travail social et le bénévolat sont des valeurs vécues au quotidien, traduisant la solidarité marocaine même à travers de simples actions ». Ce témoignage illustre également le rôle structurant du bénévolat dans la cohésion sociale et la résilience communautaire.

Enfin, Reda, 21 ans, étudiant, relate : « J’ai assisté à une intervention de la cellule de vigilance. Une personne âgée désorientée se trouvait près de la gare routière. En trois minutes, l’ambulance de la protection civile et le représentant de l’autorité locale étaient sur place. La personne a été transférée à l’hôpital, soignée, identifiée et remise à sa famille le lendemain ».

Cette intervention illustre la réactivité, la coordination opérationnelle et l’efficacité du maillage territorial, traduisant la mise en œuvre concrète des principes royaux de proximité, de responsabilité et de gouvernance efficace.

Ces expériences mettent en évidence la boussole d’un écosystème social structuré, fondé sur la participation, la solidarité et la coresponsabilité. Le modèle repose sur quatre leviers interdépendants : responsabilisation intégrative, apprentissage par l’expérience, engagement concret et contribution au bien commun.

Ainsi, le citoyen producteur devient non seulement acteur de sa propre trajectoire, mais également catalyseur d’un changement collectif durable, participant ainsi à la construction d’un écosystème social résilient, inclusif et innovant.

A ce titre, la Vigilance Sociale s’affirme comme un modèle de gouvernance territoriale participative, en parfaite cohérence avec les orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, qui souligne l’importance d’une mobilisation citoyenne consciente et d’une proximité administrative effective pour garantir un développement humain durable et une société unie autour des valeurs de cohésion, de dignité et de justice sociale.

Le fonctionnement concret de cet écosystème repose sur une interaction systémique entre dispositifs institutionnels et dynamiques sociales locales. Ainsi, il ne s’agit pas d’une simple juxtaposition d’initiatives, mais d’un processus de co-construction où institutions publiques, acteurs associatifs et citoyens s’inscrivent dans une logique de complémentarité fonctionnelle.

En pratique, cet écosystème combine la décentralisation de l’action publique vers le terrain et le renforcement du rôle des citoyens, qui deviennent de véritables co‑acteurs du développement. En conséquence, les programmes institutionnels s’appuient sur l’engagement citoyen comme socle fondamental, garantissant légitimité, structuration et pérennité de leurs actions tout en élargissant leur impact.

Dans cette perspective, la Vigilance Sociale démontre que la gouvernance participative ne se décrète pas : elle se construit au quotidien à travers l’écoute, la coordination et la mutualisation des ressources. Cette dynamique dépasse ainsi la simple responsabilité individuelle ; elle s’épanouit dans une approche collective qui relie quartiers, écoles, structures de santé et espaces culturels et artistiques.

Concrètement, elle se traduit par des initiatives de propreté, des jardins partagés et des activités culturelles, sportives ou solidaires, tissant des liens de confiance et consolidant la cohésion sociale, tout en contribuant au renforcement du capital social et du tissu communautaire. Au regard de cette dynamique, l’éco-citoyenneté se concrétise dans différents domaines, et le football national en constitue un exemple significatif.

Structuré autour du joueur citoyen, de la Fédération Royale Marocaine de Football et de l’Académie Mohammed VI de Football, il incarne comment la confiance, la rigueur, la solidarité et la volonté d’excellence peuvent organiser et fédérer un collectif performant. A l’image de la niya, foi sincère et énergie morale qui anime les équipes nationales, cette dimension éthique constitue un pilier essentiel pour l’engagement collectif et la responsabilité partagée.

De la même manière, l’éco-citoyenneté s’appuie sur cette foi sincère et cette énergie morale pour inspirer la mobilisation sociale, renforcer les liens communautaires et orienter les actions citoyennes vers le bien commun. Dès lors, le sport devient un facteur puissant de formation citoyenne et de cohésion sociale, apportant une valeur ajoutée tangible en cultivant l’esprit collectif et l’engagement responsable.

Dans la continuité de cette dynamique, un autre modèle d’innovation citoyenne est porté par l’Université Mohammed VI Polytechnique, qui agit comme un Living Lab stratégique, stimulant l’innovation et la capacité d’action des citoyens. En promouvant l’apprentissage par l’expérience et en développant des compétences adaptées aux besoins territoriaux et sociétaux, elle transforme l’éducation en un outil concret de participation citoyenne et de coconstruction territoriale.

A travers ses programmes (Social Innovation Lab, Entrepreneur Academy) l’université produit des solutions locales durables et inclusives, générant une valeur ajoutée directe pour les communautés et les institutions. Par ailleurs, le modèle socio-communautaire du Groupe OCP consolide et amplifie cette dynamique écosystémique à travers sa stratégie territoriale et ses initiatives innovantes dans les domaines social, sportif, éducatif, environnemental, industriel, culturel et citoyen.

En mobilisant les institutions, les collectivités territoriales, la société civile, les citoyens et les acteurs économiques dans une logique de co-construction durable, l’entreprise accroît l’impact des actions collectives et favorise un développement territorial intégré.

De ce fait, l’engagement coordonné du secteur privé illustre sa capacité à convertir les initiatives individuelles et collectives en projets concrets et durables, générant un impact bénéfique pour l’ensemble de la société.

En synthèse, la transformation du citoyen bénéficiaire en citoyen producteur démontre l’importance de l’engagement collectif partagé dans la co-construction du territoire. Les expériences issues du sport, de l’éducation, de l’innovation sociale et des actions communautaires révèlent que l’articulation harmonieuse entre citoyens, institutions et acteurs économiques favorise un écosystème citoyen intégré, capable de renforcer la cohésion sociale, de stimuler la responsabilité partagée et de soutenir un développement durable et inclusif. Le citoyen producteur devient ainsi un véritable facteur de changement collectif, contribuant à l’émergence d’un territoire solidaire, innovant et résilient.

Conclusion :

L’expérience de Vigilance Sociale initiée dans la province de Khouribga constitue une référence pionnière, démontrant la mise en œuvre d’un développement territorial intégré, articulé autour de la participation citoyenne, de la coordination institutionnelle et de la gouvernance de proximité. Dans cette perspective, elle se conçoit comme un laboratoire vivant, transformant la relation entre citoyens et institutions en un écosystème d’action et de confiance mutuelle, où la gouvernance locale devient à la fois concrète et partagée.

Concrètement, lancée le 28 septembre 2021, cette initiative est issue d’une rencontre structurante avec le responsable territorial, posant les fondations d’une dynamique d’innovation sociale et de co-construction citoyenne.

De surcroît, le 5 octobre 2021, le premier cas de terrain identifié grâce aux signalements citoyens sur les réseaux sociaux a marqué le démarrage opérationnel du programme.

Au fil du temps, cinq années d’expérimentation ont consolidé la Vigilance Sociale comme un maillon stratégique de la chaîne allant de l’accueil à l’inclusion, révélant le territoire comme un écosystème vivant et interactif. Plus précisément, le territoire se définit désormais comme un système articulant trois dimensions complémentaires : • Les vies, à travers l’amélioration du bien-être, de la santé et de la dignité humaine ;

• Les liens, par la restauration de la confiance envers les institutions, la solidarité et la cohésion sociale ;

• Les lieux, via l’ancrage territorial, la valorisation du patrimoine, de la mémoire locale et la réappropriation des espaces collectifs.

Ainsi, cette triade (vies, liens, lieux ) constitue la pierre angulaire d’une architecture intégrée du développement, dans laquelle citoyens et institutions deviennent co-acteurs de la transformation territoriale. Sur le plan opérationnel, la Vigilance Sociale s’appuie sur des mécanismes complémentaires et interconnectés. D’abord, le ciblage temporel organise les cycles d’action autour de la planification, de l’expérimentation, de l’évaluation et de la généralisation.

Ensuite, le ciblage spatial concentre l’action sur les zones vulnérables et à fort potentiel humain, tandis que le ciblage comportemental mobilise citoyens et fonctionnaires dans une culture d’engagement civique et participatif. Par ailleurs, l’ingénierie sociale territoriale favorise la coordination intersectorielle, l’innovation sociale et la gouvernance numérique. Enfin, la cartographie dynamique permet d’identifier et de mutualiser les ressources, compétences et initiatives locales. Collectivement, ces mécanismes traduisent une gouvernance adaptative, alignée sur la vision royale, centrée sur la proximité, la justice sociale et l’intelligence collective.

De manière stratégique, la Vigilance Sociale renforce la culture civique et la responsabilité partagée, transformant les citoyens en acteurs capables de co-construire des solutions avec les institutions. La capitalisation des pratiques réussies permet non seulement de reproduire l’expérience à l’échelle nationale, mais aussi de créer un modèle d’apprentissage institutionnel et citoyen durable. En conséquence, elle constitue un vecteur de résilience et de durabilité territoriale, reliant cohésion sociale, innovation et compétitivité économique.

En effet, l’investissement dans le social renforce la compétitivité territoriale et consolide une culture de l’intelligence collective, faisant du territoire un espace vivant et capable de générer des solutions adaptatives face aux défis futurs. Ainsi, la combinaison de pratiques concrètes, de capitalisation des acquis et de partage d’expérience crée un modèle exportable, transformant le développement territorial en une architecture systémique et intégrée. Il apparaît donc essentiel que cette expérience soit généralisée dans d’autres provinces et régions, afin de renforcer l’impact national et de consolider une gouvernance locale participative et résiliente.

En synthèse, la Vigilance Sociale de Khouribga illustre un modèle stratégique de développement intégré. Son sens profond est d’humaniser la gouvernance et de transformer le territoire en écosystème vivant.

Pour y parvenir, elle repose sur l’expérimentation, permettant de tester, ajuster et adapter les solutions grâce à l’engagement citoyen et aux mécanismes institutionnels, tout en capitalisant les bonnes pratiques pour créer un référentiel réplicable et structurant. Ainsi, cette expérience démontre que la synergie entre citoyens, institutions et territoires peut générer une transformation durable, faisant de la Vigilance Sociale un levier de développement résilient, inclusif et porteur de sens pour la société.

Écrit par Ibtissam El Rhali,

Docteur en Droit public et Sciences politiques

Chercheur en développement humain et auteur de nombreux articles en matière de lutte contre la pauvreté


Lire également : Architecture du développement territorial intégré (1e Partie)

Lire également : Architecture du développement territorial intégré (2e Partie)

Lire également : Architecture du développement territorial intégré (3e Partie)

28 Morin, E. (1990). Introduction à la pensée complexe. Paris: https://journals.openedition.org/trema/6236

29 Ostrom, E. (1990). Comment comprendre les « communs » : la propriété et la nouvelle économie institutionnelle : https://journals.openedition.org/regulation/10452

30 Extrait du discours royal de Sa Majeste le Roi Mohammed VI que dieu l’assite, l’ouverture de la 1-ère session de la 3-ème année législative de la 10-ème législature 12 octobre 2018

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