Bourses de formation : le torchon brûle entre l’OFPPT et Younes Sekkouri

Younes Sekkouri vient d’essuyer une volée de bois verts. En effet, après ses déclarations sur les dysfonctionnements dans l’octroi et versement des bourses aux stagiaires de la formation professionnel, l’OFPPT a révélé que l’origine du blocage est le ministère de tutelle lui-même. Un blocage qui impacte également la mise en œuvre du programme des CMS objet de la feuille de route présentée devant le Roi en 2019.
Suite aux articles de presse faisant état de déclarations attribuées au ministre de l’Intégration économique, des Petites entreprises, de l’Emploi et des Compétences, dans lesquelles il évoquait une « profonde réforme administrative » du processus de gestion des bourses aux stagiaires après les avoir « retirées » à l’Office de la formation professionnelle et de la promotion de l’emploi sous prétexte de « retards dans le traitement des réglementations », l’OFPPT a exprimé sa profonde stupéfaction face à ces déclarations, qui contredisent les faits avérés.
En effet, dans un long communiqué en réaction aux propos de Younes Sekkouri, lors de sa présentation devant la commission des secteur sociaux de la 1e chambre, l’OFPPT soutient que le retard du Ministère est à l’origine du problème.
En effet, si le bureau de l’Office est responsable de la gestion des bourses au profit des stagiaires de la formation professionnelle depuis 2017, ce dernier a subi des retards fréquents et importants dans le transfert des fonds du Ministère, auxquels s’ajoute la difficulté de vérifier les listes de bénéficiaires, qu’il ne valide pas.
« Cette situation a engendré des difficultés, le financement ministériel ayant connu un déficit important entre 2018 et 2022, aucun transfert financier n’ayant été enregistré pendant quatre ans », informe l’OFPPT dans son communiqué.
Ce manque de financement a contraint l’OFPPT à puiser dans ses propres ressources pour assurer la continuité du versement des bourses aux stagiaires.
Le montant total des bourses versées entre 2017 et 2025 s’est élevé à 968 MDH, dont 296 MDH provenaient du budget de l’OFPPT, soit environ 30 %.
Et malgré de nombreuses relances officielles, le l’office n’a toujours pas recouvré les sommes qu’il a avancées, selon la même source.
L’OFPPT a également constaté, au fil des années de gestion des bourses, des retards constants dans la réception des listes de bénéficiaires du ministère de tutelle, malgré ses demandes répétées d’accélération de la procédure. Il convient de noter que l’Office continue de recevoir et de traiter les réclamations de stagiaires n’ayant pas perçu leur subvention malgré leur éligibilité, un point qu’il a abordé dans sa correspondance avec la tutelle.
« L’Office est le principal interlocuteur des stagiaires pour exprimer leurs griefs, la plupart des réclamations étant adressées au ministère compétent. Par conséquent, imputer la « dysfonctionnement » à l’Office revient à ignorer les faits objectifs et documentés », soutient l’OFPPT dans son communiqué du 8 novembre.
Le communiqué refuse que cette institution nationale de premier plan qui exerce ses fonctions en toute transparence et dans le strict respect des procédures financières et administratives, soit associée à des conflits politiques ou à des justifications erronées. Le bureau rejette l’emploi du terme « dessaisie », car il ne reflète pas sa position. En effet, il a demandé la délégation de la gestion des subventions à une autre entité suite aux obstacles susmentionnés qui ont entravé sa gestion et nui à son image publique.
Le bureau exprime sa profonde stupéfaction face aux déclarations qui circulent, lesquelles contredisent les faits avérés, d’autant plus que le ministère ne l’a jamais désigné comme la source des problèmes liés au retard de versement des bourses.
CMC, un programme qui trinque
Sur un autre registre, le communiqué de l’OFPPT a relevé le retard pris dans la tenue des réunions du conseil d’administration et l’approbation du budget annuel qui entravent la mise en œuvre des grands projets stratégiques, notamment ceux liés à la feuille de route pour le développement de la formation professionnelle.
Une feuille de route présentée devant SM le Roi en avril 2019.
De plus, le retard dans l’activation du budget après son approbation nuit au dynamisme de l’institution. Par exemple, pour l’année 2025, au 7 novembre, le Bureau de l’OFPPT n’avait encore reçu aucun versement des fonds alloués à la mise en œuvre de son programme annuel, approuvé par le conseil d’administration en avril.
« Cela représente un retard de quatre mois depuis le début de l’exercice budgétaire. Les fonds alloués s’élèvent à 1,5 milliard de dirhams pour la mise en œuvre du programme annuel et du programme des Cités des Métiers et des Compétences. Ce dernier a été interrompu pendant 14 mois en raison de l’incapacité du Comité de pilotage à se réunir, malgré l’intervention du ministère des Finances à au moins deux reprises pour accélérer sa réunion », dévoile le communiqué.
Sans l’autorisation financière exceptionnelle accordée par le Chef du gouvernement pour mener à bien le programme, sa poursuite aurait été impossible.
Malgré cette situation inédite, l’OFPPT a progressé dans la mise en œuvre de ce programme royal en inaugurant la Cité des Métiers et des Compétences dans la région de Dakhla-Oued Ed-Dahab et en programmant des villes similaires dans les régions de Marrakech-Safi et de Guelmim-Oued Noun pour la saison de formation en cours. Ainsi, dix des douze Cités des Métiers et des Compétences prévues dans le cadre de ce programme sont désormais opérationnelles.
« Malgré ces difficultés, l’OFPPT a continué d’exercer ses missions, notamment en raison de sa responsabilité institutionnelle, le Ministère et l’OFPPT formant un système unique œuvrant dans l’intérêt des stagiaires. Par ailleurs, l’OFPPT a géré conjointement des subventions avec le Ministère au fil des années, sans que ce dernier n’intervienne pour rectifier la situation », soutient l’Office dans son communiqué.
En guise de conclusion, le communiqué a souligné que l’Office réaffirme son engagement total et responsable en faveur du développement du système de formation professionnelle, à travers la mise en œuvre de ses programmes et projets stratégiques, et en accompagnant et préparant les jeunes au marché du travail.

