Résidents étrangers au Maroc : prédominance croissante des ressortissants d’Afrique subsaharienne (RGPH 2024)

Sur une population totale de 36,8 millions d’habitants recensée en 2024, le nombre d’étrangers résidant au Maroc s’élève à 148.152 personnes, représentant près de 0,4% de l’ensemble de la population du pays. Comparativement au recensement de 2014, cette population a enregistré une hausse de 64.151 individus, soit un accroissement global de 76,4% au cours de la période intercensitaire 2014-2024.
Le HCP vient de publier une analyse sur les résidents étrangers au Maroc, issue du RGPH de 2024. L’analyse rétrospective des recensements réalisés depuis 1971 met en évidence une évolution contrastée du nombre d’étrangers au Maroc.
En effet, leur effectif, qui atteignait environ 112.000 personnes en 1971, a diminué à 62.000 en 1982, enregistrant une baisse de 44,6% en onze ans, avant de se replier encore à 50.000 en 1994. À partir de cette date, une inversion de tendance s’est amorcée. Le nombre d’étrangers est passé à 51.435 en 2004, puis à 84.000 en 2014, pour atteindre 148.000 en 2024. Cette évolution traduit une reprise progressive des flux migratoires vers le Maroc, confirmant la place croissante du pays comme destination d’immigration dans la région.
Répartition selon les régions de nationalité
La répartition des résidents étrangers selon leur région de nationalité confirme la prédominance croissante des ressortissants d’Afrique subsaharienne dans les dynamiques migratoires vers le Maroc.
En 2024, ceux-ci représentent désormais 59,9% de l’ensemble des migrants étrangers, contre seulement 26,8% en 2014. Cette évolution marque un basculement significatif des flux migratoires, inscrivant le Maroc dans des dynamiques de plus en plus marquées par la migration sud-sud et renforçant son ancrage continental en tant que terre d’accueil au sein de l’Afrique.
La part des résidants étrangers originaires d’Europe, historiquement dominante, connaît un net recul : elle ne représente plus que 20,3% en 2024, contre 40% en 2014.
De même, la proportion des résidants étrangers issus de la région MENA a diminué, passant de 13,3% en 2014 à 7,3% en 2024. Cette tendance pourrait, toutefois, évoluer en fonction du contexte géopolitique régional, caractérisé par des conflits armés et une instabilité persistante, susceptibles de générer de nouveaux flux migratoires vers le Maroc.
En 2024, les ressortissants maghrébins représentent 6% des résidents étrangers au Maroc, une présence relativement modeste généralement expliquée par la proximité géographique et les liens historiques, culturels et linguistiques étroits avec le Royaume.
Toutefois, cette part a connu un recul marqué par rapport à 2014, où elle s’élevait à 13%. Ce déclin s’explique en grande partie par la baisse du nombre de migrants libyens, dont la présence s’était intensifiée après l’instabilité politique de 2011, pour atteindre 2% en 2014, avant de chuter à 0,5% selon le dernier recensement. Les régions d’Asie et d’Amérique du Nord demeurent marginales dans la structure globale des résidents étrangers au Maroc, représentant respectivement 4,1% et 1,8% en 2024, contre respectivement 4,3% et 2,2% en 2014.
Ces proportions stables traduisent des flux limités et ciblés, probablement motivés par des projets d’affaires, des études ou des séjours d’expatriation à caractère professionnel.
Plus en détails, le Sénégal constitue, de loin, la première nationalité représentée parmi les étrangers résidant au Maroc, avec 18,4% du total recensés. Cette prédominance reflète la solidité des liens migratoires, culturels et économiques historiques entre les deux pays.
La Côte d’Ivoire arrive en deuxième position avec 17,3%, confirmant l’ampleur croissante des flux migratoires récents en provenance de l’Afrique de l’Ouest. À eux seuls, ces deux pays représentent plus d’un tiers de la population étrangère au Maroc.
Par ailleurs, la présence notable de ressortissants français (13,8%) renvoie à une autre forme de migration, souvent associée à des mobilités professionnelles qualifiées, à des projets de coopération ou à des installations liées à la retraite, dans un contexte de relations historiques étroites entre la France et le Maroc.
D’autres nationalités subsahariennes sont également représentées, telles que la Guinée (4,8%), le Mali (2,5%), le Congo-Brazzaville (2,3%) ou encore le Cameroun (1,9%), témoignant de la diversification croissante des flux migratoires vers le Maroc et du rôle que joue le pays en tant que carrefour migratoire au sein de l’Afrique.
Par ailleurs, une part significative des migrants provient du Moyen-Orient, en particulier de Syrie, qui représente 3% des étrangers recensés. Cet afflux est étroitement lié aux conflits armés et aux déplacements forcés provoqués par la guerre civile syrienne.
Plus largement, la présence de populations déplacées en provenance de cette région s’inscrit dans un contexte international marqué par une insécurité persistante et l’intensification des conflits. Plusieurs zones sont particulièrement touchées, notamment le MoyenOrient (avec l’Irak depuis 2001, la Syrie depuis 2011, et le Yémen depuis 2014), l’Afrique de l’Est avec le Soudan du Sud depuis 2013, ainsi que les pays sahélo-sahariens (Mali, Niger, Tchad), confrontés à des crises politico-sécuritaires récurrentes.
Cette diversité de nationalités confirme le rôle croissant du Maroc en tant que terre d’accueil, située au croisement des dynamiques migratoires régionales et internationales, et renforçant sa position en tant que carrefour stratégique de mobilité humaine.

