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Chronique

Relations économiques germano-marocaines : 6 tendances qui déterminent le cap

jade madani relations allemagne

Les relations économiques entre l’Allemagne et le Maroc traversent une phase de réajustement. Divers développements du passé produisent encore des effets aujourd’hui, des dynamiques actuelles transforment la coopération et de nouveaux potentiels apparaissent. Dans l’ensemble, il est possible d’identifier deux tendances révolues, deux évolutions actuelles et deux dynamiques potentielles qui structurent le cadre de la politique économique commune.

Tendances du passé

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Immigration de main-d’œuvre qualifiée : les limites d’un modèle

L’immigration de main-d’œuvre qualifiée en provenance du Maroc vers l’Allemagne atteint de plus en plus clairement ses limites structurelles. Les programmes qui visent à faire venir en Allemagne des Marocaines et des Marocains en formation dans des professions relevant du secteur des bas salaires s’accompagnent de risques croissants et d’échecs visibles.

Parallèlement, la réduction massive des emplois dans le secteur industriel allemand ainsi que le nombre élevé de personnes migrantes au chômage en provenance de la République arabe syrienne et de l’Ukraine influencent la capacité d’accueil. Le climat politique intérieur est tendu, et le durcissement des conditions d’accès à la nationalité a relativisé des réformes antérieurement plus progressistes. Dans ces conditions, ce modèle migratoire perd de sa viabilité politique et sociale.

C’est également pour cette raison que le chancelier fédéral a rappelé cette semaine, lors d’un sommet économique, une disposition inscrite dans l’accord de coalition : la quasi étatisation de l’intermédiation de main-d’œuvre qualifiée. Celle-ci doit se concrétiser par la création d’une « agence de travail et de séjour », qui contournera les intermédiaires privés, parfois douteux, grâce à des procédures numériques et recrutera de manière plus ciblée des personnes hautement qualifiées.

Énergie et hydrogène : des occasions manquées en raison de logiques divergentes

Dans le domaine de l’énergie, et en particulier pour ce qui concerne l’hydrogène, un décalage net entre les attentes et la réalité des processus est observable. Le Maroc s’est longtemps appuyé principalement sur des accords conclus au niveau étatique et a fait preuve de retenue à l’égard des mécanismes de l’économie de marché. En Allemagne, la répartition des rôles est différente : l’État crée de manière anticipée la sécurité réglementaire, tandis que les entreprises privées investissent dans ce cadre.

Les autorités marocaines ont envoyé des signaux contradictoires aux investisseurs allemands. Au lieu de présenter rapidement leurs propres études préliminaires, une part importante des efforts a été consacrée à l’obtention de financements publics allemands pour des études de réalisation, ce qui a fait perdre un momentum précieux.

Parallèlement, la ministre de l’Énergie a fixé un prix cible de trois euros par kilogramme d’hydrogène, nettement inférieur aux prix de marché actuels de l’hydrogène vert, qui se situent autour de huit à treize euros. Des objectifs ambitieux sont légitimes, mais ils doivent être accompagnés de trajectoires réalistes et de cadres de coopération partenariaux. À défaut, ils ont davantage tendance à dissuader des investissements sérieux qu’à les attirer.

Évolutions actuelles

Forte présence des intérêts allemands au Maroc : où se situe l’équilibre ?

Le développement des institutions allemandes au Maroc progresse. Outre la chambre de commerce allemande à l’étranger et l’agence allemande chargée de la promotion du commerce extérieur et des investissements, la fédération allemande des petites et moyennes entreprises a récemment ouvert un bureau de liaison à Rabat. L’Allemagne dispose ainsi d’une large représentation institutionnelle et d’une infrastructure opérationnelle stable dans le Royaume.

Alors que la partie allemande renforce sa présence, il manque toujours, du côté marocain, une représentation durablement opérationnelle en Allemagne. Des campagnes itinérantes, des participations à des salons ou des délégations liées à des projets assurent uniquement une visibilité ponctuelle sans produire d’effet continu. Une présence permanente en Allemagne est essentielle pour instaurer la confiance, défendre les intérêts de manière cohérente et accompagner de façon transparente des processus d’investissement complexes. Elle constitue la base d’une action économique coordonnée.

Nearshoring : le Maroc dans la concurrence des sites de production

La tendance mondiale à la relocalisation de proximité a un impact tangible sur les entreprises allemandes. Des prix élevés de l’énergie, la bureaucratie et des coûts structurels importants en République fédérale incitent les entreprises à rechercher des sites alternatifs. Le Maroc offre une combinaison de capacités logistiques, de stabilité politique et de pôles industriels proches des marchés européens.

Le port de Tanger Med joue le rôle d’ossature logistique, en assurant de manière fiable le flux de marchandises entre l’Europe, l’Afrique et d’autres marchés mondiaux. Cela s’ajoute à des taux d’imposition compétitifs, à des zones industrielles modernes et à des coûts salariaux modérés.

Grâce à ces avantages de localisation, un environnement se met en place dans lequel des entreprises allemandes déplacent ou étendent de plus en plus leurs processus de production. Le Maroc se positionne ainsi comme un prolongement industriel de l’espace économique européen et renforce son rôle au sein des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Dynamiques futures

Industrie de l’armement : entre secteur économique et intérêt de sécurité nationale

Les recompositions en matière de sécurité en Europe et la guerre en Ukraine ont conduit en Allemagne à un développement massif du complexe militaro-industriel. Dans le même temps, l’industrie allemande de l’armement est confrontée à des problèmes structurels bien connus : lourdeurs bureaucratiques, manque de surfaces disponibles et hausse des coûts.

Le Maroc peut occuper ici un rôle stratégique. L’industrie allemande de la défense a besoin de commandes groupées de longue durée pour pouvoir faire évoluer ses processus de production à grande échelle. Des structures de production ou de distribution situées au Maroc faciliteraient l’accès à des marchés en Afrique et en Amérique du Sud. Des exemples tels que la présence du fournisseur industriel Böllhoff à Casablanca montrent que des structures industrielles dans un secteur lié à la sécurité peuvent être mises en place.

Dans un contexte mondial où de nouvelles formes de coopération en matière de sécurité émergent, ce secteur pourrait devenir un champ central de la coopération économique entre l’Allemagne et le Maroc. L’évolution dépendra dans une large mesure de la capacité à définir rapidement des cadres politiques et économiques clairs, y compris dans l’intérêt de la politique de sécurité marocaine.

Investissements dans le Sahara marocain : de nouveaux espaces portés par un soutien politique

Le Sahara marocain prend une importance croissante pour les investissements. Jusqu’à présent, on y trouvait surtout de grands groupes allemands, parmi lesquels Siemens Energy et Heidelberg Cement. Ces projets ont marqué une première phase d’ouverture économique de la région aux entreprises spécialisées allemandes.

La décision la plus récente du Conseil de sécurité des Nations Unies donne au Maroc des arguments politiques supplémentaires pour inviter des entreprises allemandes, notamment le large tissu des entreprises moyennes allemandes, à investir dans le Sahara. Pour étendre ces activités, divers dispositifs d’accompagnement seraient nécessaires. Ils incluent des garanties publiques, un soutien politique plus large aux projets menés dans la région et l’extension des services consulaires de l’ambassade d’Allemagne au Sahara.

En combinaison avec l’Initiative atlantique royale, qui vise à offrir aux États du Sahel un accès logistique à l’océan, le Sahara serait davantage intégré comme espace d’investissement dans les relations économiques bilatérales et pourrait jouer un rôle d’ouverture de marché vers l’Afrique dans l’architecture de la coopération économique entre l’Allemagne et le Maroc.

Écrit par Jade Madani,

consultant politique, entrepreneur

et éditeur du portail germanophone FOKUS AFRIKA, basé à Berlin.

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