Politique monétaire : une prudence pénalisante pour le crédit et l’investissement

Ecrit par la Rédaction I
Dans un contexte de désinflation avérée, le maintien du taux directeur à son niveau au début de l’année précédente peut se ressentir sur le coût du crédit, pénalisant ainsi la relance de l’investissement privé, principal moteur de la croissance à moyen terme.
Après avoir dépassé le taux de 6 % en 2022, la hausse des prix a été progressivement contenue ces dernières années pour s’établir au terme de l’exercice 2025 à une moyenne de 0,9 %. Les pronostics pour l’année en cours s’inscrivent dans le prolongement de cette tendance avec taux d’inflation prévisionnel ne dépassant guère 1,2 %.
Aussi, les hypothèses portant sur les principaux facteurs d’anticipation de l’activité économique relevant aussi bien de l’environnement interne qu’externe permettent -elles d’envisager un net redressement du cycle des affaires avec un taux de croissance pouvant atteindre le seuil de 5,7 %.
Dans ce contexte fortement désinflationniste, le redressement du cycle de croissance qui se profile à l’horizon au vu des indicateurs actuels ne manque pas d’interpeller quant aux orientations assignées au policy-mix et leur degré d’adaptation à l’évolution de l’activité.
Si au plan budgétaire les choix opérés s’inscrivent, comme souligné par les analystes de CMC, résolument dans une logique procyclique avec un soutien accru à l’activité à travers l’effort d’investissement public. Force est de constater que la politique monétaire marque encore un certain décalage par rapport aux développements conjoncturels actuels et à venir.
Ceci apparaît à travers le maintien du taux directeur inchangé au niveau de 2,25 pour la quatrième fois consécutive, depuis la dernière baisse qui remonte au premier trimestre de l’année précédente. Sachant que la conduite de la politique monétaire repose fondamentaement sur un arbitrage délicat entre stabilité des prix et soutien de l’activité, les choix opérés en le cas d’espèce compte tenu des données actuelles font manifestement preuve de beaucoup de prudence.
Toutefois relèvent les analystes : « si les arguments en faveur de la prudence monétaire sont, en règle générale, recevables, de tels arguments apparaissent insuffisants dans la situation actuelle au regard de la stabilisation de l’inflation et aux besoins de croissance ».
Dans un contexte de désinflation avérée, le maintien du taux directeur à son niveau au début de l’année précédente peut se ressentir sur le coût du crédit, pénalisant ainsi la relance de l’investissement privé, principal moteur de la croissance à moyen terme. Etant donné le caractère largement exogène des pressions inflationnistes passées, une baisse graduelle et mesurée du taux directeur est de nature à stimuler la demande de crédit sans remettre en cause l’objectif de stabilité des prix.
En outre, les besoins de financement liés aux transformations structurelles de l’économie marocaine sont considérables. La modernisation de l’agriculture, la transition énergétique, le développement industriel et les investissements dans les infrastructures hydriques nécessitent des conditions financières plus favorables.
En l’absence d’un assouplissement monétaire conséquent, la charge du soutien à la croissance repose essentiellement sur la politique budgétaire, dont les marges de manœuvre demeurent limitées par les impératifs de soutenabilité des finances publiques. Cette situation révèle une certaine asymétrie du policy-mix, dans laquelle la politique monétaire apparaît relativement plus prudente au regard de l’évolution récente de l’inflation.
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