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Chronique

Conférence sur la sécurité de Munich : quels résultats ?

Anniversaire Etats-Unis

Rappelons que la Conférence sur la sécurité de Munich est un Forum consacré aux questions de sécurité internationale, qui a été créé en 1963 par l’éditeur allemand Ewald-Heinrich. C’est une Association à but non lucratif qui se réunit annuellement à Munich en Février de chaque année. Sont invités les pays membres de l’OTAN, de l’Union européenne et certains pays du monde. A la fin des années 1990, la Conférence de Munich a été élargie à l’Europe de l’Est et à la Russie.

C’est ainsi qu’en 2007 le président Vladimir Poutine a prononcé un discours véhément où il a critiqué l’hégémonie américaine, le monde unipolaire, et l’élargissement de l’OTAN aux pays de l’Est européen, qu’il a qualifié de provocation. Il a défendu une vision multipolaire affirmant que la Russie ne jouerait pas un rôle subalterne. L’Occident n’a pas porté une grande attention à ce discours qui constitue le socle de la politique étrangère de la Russie, et qui a donné lieu à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

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Depuis cette date, la Russie n’est plus invitée à la Conférence de Munich sur la sécurité. Autre fait marquant, fût le discours de Vice-président américain JD Vance en 2025, où il a déclaré que le principal danger de l’Europe provient de l’érosion des normes démocratiques : censure, répression de la dissidence et exclusion des voix populistes. Ce discours a stupéfait les Européens et a augmenté le malaise dans l’Alliance Transatlantique.

La 62ème édition de la Conférence de Munich sur la sécurité a eu lieu du 13 au 15 Février 2026, en présence d’une soixantaine de Chefs d’Etat, et de plus de 1000 participants provenant de 115 pays, représentant le monde politique, scientifique et de la société civile. La Conférence s’est ouverte dans un climat de fortes tensions transatlantiques, de questionnements sur l’avenir de l’ordre mondial, et de préoccupations croissantes concernant les crises régionales et les alliances internationales.

Le Secrétaire d’Etat américain Marco Rubio a tenté de rassurer l’Europe en parlant d’un « nouveau siècle occidental » et d’une revitalisation du partenariat transatlantique. Il a cependant réaffirmé la priorité des intérêts nationaux américains en critiquant la désindustrialisation et l’immigration massive en Europe. Malgré le ton plus conciliant que celui de l’année précédente, les réticences européennes restent fortes, reprochant aux Etats-Unis d’adopter une approche plus transactionnelle que fondée sur des valeurs communes. De hauts responsables européens ont souligné que l’Europe devrait renforcer ses propres capacités de défense et ne pas dépendre uniquement des Etats-Unis.

C’est ainsi que le président Emmanuel Macron a énoncé dans son discours que « Les Européens doivent développer leur boite à outils en matière de défense ». Le Chancelier allemand Friedrich Merz a plaidé pour « réparer et raviver la confiance transatlantique », tout en reconnaissant une fracture profonde entre l’Europe et Etats-Unis sur diverses questions stratégiques. Les dirigeants européens ont insisté sur la nécessité d’un renforcement de la coopération en matière de défense.

En ce qui concerne la guerre en Ukraine, le président Volodymyr Zelenski a appelé à des garanties de sécurité à long terme pour l’Ukraine, et a réaffirmé la nécessité d’un soutien continu contre l’agression russe, qualifiant Poutine «d’esclave de la guerre ».  Il a également demandé l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne en 2027, afin d’empêcher la Russie de l’entraver. D’un autre côté, le Rapport de la sécurité de Munich 2026 estime que l’ordre mondial fondé après la seconde guerre mondial est de plus en plus remis en question, en mettant en cause certaines politiques américaines alimentant une période de « politique de masse destructive ». Les discussions lors de Forum de Munich ont mis en évidence une multiplication des crises simultanées, des incertitudes concernant les institutions multilatérales et un besoin de réformes profondes.

Le premier ministre britannique Keir Starmer a indiqué une coopération accrue entre le Royaume Uni et l’Union européenne en matière de défense et de capacités industrielles conjointes. Il a ajouté que des discussions ont eu lieu avec le président Emmanuel Macron pour une coordination européenne en matière de dissuasion nucléaire et de sécurité stratégique. La Chine était représentée à la Conférence de Munich par son ministre des Affaires étrangères Wang Yi, qui a déclaré que la gouvernance mondiale doit être améliorée grâce à des réformes afin d’étalonner le bon cours de l’histoire. Il a ajouté que la loi de la jungle et l’unilatéralisme ont sévi, et la cause de la paix humaine et du développement est arrivée à une nouvelle croisée des chemins. Il a rappelé que le président chinois Xi Jinping a présenté l’initiative pour la gouvernance mondiale, exhortant à pratiquer l’égalité de souveraineté, l’Etat de droit international, le multilatéralisme, une approche centrée sur les personnes et des actions concrètes, dans le but de construire un système de gouvernance mondial plus juste et plus raisonnable. Il a aussi indiqué que le système des Nations Unies (ONU) doit être revitalisé. Le monde a la responsabilité de réparer cet «édifice » construit conjointement par les peuples du monde, et de respecter les objectifs de la Charte des Nations Unies. Il a conclu que les pays doivent se coordonner et coopérer afin de rechercher un terrain d’entente tout en mettant les différences de côté, afin que les pays de petite et moyenne taille ne perdent pas le soutien multilatéral sur lequel ils comptent.

En conclusion, la Conférence de Munich 2026 sur la sécurité n’a pas produit d’accords juridiques contraignants s’agissant d’échanges informels. Elle a souligné l’urgence d’une autonomie européenne en matière de sécurité, la réaffirmation de l’Alliance transatlantique sous de nouvelles conditions, la nécessité de prolonger le soutien à l’Ukraine face à la Russie, et de lui donner des garanties à long terme dans le cadre d’un accord de paix. Il y a lieu de saluer la position de la Chine dans cette conférence, qui a plaidé pour une réforme de la gouvernance mondiale, pour le respect de la souveraineté des Etats et du droit international, et pour la protection du multilatéralisme. On peut cependant regretter que les conflits armés dans le Sud global n’ont pas été discutés, tels que la guerre au Soudan, le conflit israélo-palestinien, et le risque de guerre en Iran qui pourrait embraser toute la région du Moyen-Orient.

Ecrit par Jawad KERDOUDI

Président de l’IMRI

(Institut Marocain des Relations Internationales)

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