Pluies salvatrices, carburant en flamme : quand les intermédiaires dictent toujours les prix !

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
Après des années de sécheresse, le retour des pluies avait ravivé l’espoir. Pourtant, les prix des produits agricoles ne cessent de grimper. Un circuit de distribution dominé par de multiples intermédiaires continue de dicter ses règles, tandis qu’un gouvernement aux abonnés absents face à la situation laisse planer le risque d’une flambée accentuée par la récente hausse des hydrocarbures. Jusqu’à quand ?
Après plusieurs années de sécheresse sévère, le Maroc a frôlé une crise hydrique majeure aux conséquences potentiellement lourdes pour l’économie nationale et le quotidien des ménages. Le retour des pluies, longtemps attendu, a permis d’éviter le pire et de raviver l’espoir d’une reprise agricole, d’un souffle nouveau pour la croissance et d’un apaisement de l’inflation. Mais cet espoir aura été de courte durée.
Contrairement à toute logique, les prix des produits agricoles n’ont pas reculé avec l’amélioration des conditions climatiques. Ils ont, au contraire, poursuivi leur envolée, suscitant incompréhension et colère. Une situation d’autant plus paradoxale que, ces dernières années, les autorités justifiaient systématiquement la hausse des prix par le manque de précipitations.
À cette anomalie s’ajoute une nouvelle pression, l’augmentation récente des prix des carburants, avec une hausse de 2 dirhams par litre pour le gasoil et de 1,44 dirham pour l’essence.
Un choc qui ne tardera pas à se répercuter sur l’ensemble de l’économie. Faut-il rappeler qu’au Maroc, le carburant est un levier central. Toute variation impacte directement les coûts de transport, de logistique et, in fine, les prix à la consommation.
L’impact du contexte international, marqué par des tensions géopolitiques croissantes, notamment autour du détroit d’Ormuz, ne s’est pas fait attendre. Les répercussions commencent déjà à se faire sentir, alimentant une inflation persistante, particulièrement sur les produits alimentaires, qui pèsent lourdement sur le budget des ménages.
Et le pire pourrait encore être à venir. Une nouvelle vague de hausses des prix, notamment agricoles, semble imminente. En cause, un système de distribution largement dominé par une multitude d’intermédiaires (ramasseurs, courtiers, grossistes, semi-grossistes) qui captent l’essentiel de la valeur et entretiennent des pratiques spéculatives.
Le constat est accablant. Entre le champ et l’assiette, les prix explosent. À titre d’exemple, l’oignon vendu à 5 DH au marché de gros dépasse les 12 DH chez le consommateur. Une distorsion qui illustre les dérives d’un circuit de commercialisation opaque et inefficace.
Cette situation va à l’encontre des orientations royales appelant à plus de justice pour les petits agriculteurs et à une réforme en profondeur des circuits de distribution. Elle contredit également les ambitions affichées par la stratégie agricole Génération Green 2020-2030, censée améliorer la transparence et l’efficacité du marché.
Sur le terrain, pourtant, rien ne change. Les producteurs continuent de dénoncer des marges dérisoires, tandis que les consommateurs font face à une flambée continue des prix.
Dans ce contexte, l’inaction des institutions interroge. Comme le dit l’adage, « quand le chat n’est pas là, les souris dansent ». En l’absence de contrôle effectif, les intermédiaires imposent leur loi.
Le Conseil de la concurrence, malgré ses constats alarmants sur les déséquilibres du marché, se limite à des recommandations sans réel effet contraignant. Son rôle reste surtout consultatif et analytique sans pour autant engager d’actions fortes ou emblématiques contre les intermédiaires dans ce secteur précis. Quant au gouvernement, son absence de mesures fortes alimente un sentiment d’abandon chez les citoyens. Comme attendu, le gouvernement a encore une fois opté pour le chemin le moins contraignant en recourant, une nouvelle fois, à des subventions en faveur des transporteurs afin d’amortir la hausse des coûts du carburant et limiter son impact sur les prix.
Mais une telle réponse poserait inévitablement la question de son efficacité réelle. Car sans réforme structurelle des circuits de distribution et sans encadrement strict des marges, ces aides ne font que colmater les brèches, sans empêcher les dérives spéculatives de perdurer.

