Nexus Eau – Energie : le dessalement d’eau au Maroc et ses probables besoins en électricité

Annuellement, les besoins en eau douce du Maroc dépasseraient 16 Gm³ (G = Giga = milliard), principalement portés par l’agriculture puisque l’adduction en eau potable (AEP) n’atteindrait que 1,7 Gm³ : quand l’eau n’est pas réservée à l’AEP, la part du lion est consommée par l’agriculture.
Aux dires des spécialistes, malgré la bonne pluviométrie de l’année 2026, le Maroc est fortement exposé au risque de récurrence de fortes sécheresses telle que celle qui a frappé le Maroc ces dernières années. Ainsi, si les « autoroutes de l’eau » prévues vont permettre de mieux répartir les eaux de surface entre quelques un des bassins hydrauliques (notamment Loukkos, Sebou, Bou Regreg et Oum Errabia), elles ne résolvent pas le déficit global en eau douce qui nécessite donc des apports supplémentaires puisque le pays est en situation de stress hydrique structurel depuis que la disponibilité d’eau par habitant s’est divisée par 5 depuis 1960,
Tout ceci a mené, dès 2022 :
- d’une part, le Groupe OCP, dès 2022, à abandonner progressivement l’usage d’eaux conventionnelles (souterraine et de surface) pour toutes ses activités industrielles à l’horizon 2031 en faisant appel à des stations de dessalement d’eau par osmose inverse et de traitement des eaux usées, alimentées par de l’électricité renouvelable (solaire et éolienne), l’OCP se concentre sur les pôles de Jorf Lasfar, Safi et Tarfaya pour le dessalement et Khouribga pour la réutilisation des eaux usées,
- et, d’autre part, le Gouvernement du Maroc, à accélérer la stratégie d’utilisation d’eaux non-conventionnelles dans l’alimentation de grandes villes de l’Atlantique et de la Méditerranée incluant leurs périphéries (eaux usées traitées pour l’irrigation municipale et sportive et osmose inverse pour l’eau potable et parfois l’irrigation agricole), cette stratégie inclut les efforts du Groupe OCP et prévoit que le Maroc cumule 19 sites équipés de stations de dessalement d’eau.
Dans le Campus de Rabat de l’Université Mohammed VI Polytechnique, le « Policy Center for the New South » (PCNS) organise une journée de réflexion autour du « Nexus Eau – Énergie – Alimentation au Maroc » le Mardi 31 mars 2026. Pour me préparer à cet évènement, j’ai collecté de façon synthétique les informations chiffrées disponibles sur les Stations de Dessalement d’Eau (SDE) du Maroc. Après le premier travail sur les barrages[1], ce nouveau a pour but de contribuer au débat sur le Nexus Eau – Energie en essayant d’estimer l’évolution des besoins d’électricité de ces Stations de Dessalement d’Eau.
DONNÉES DE BASE UTILISÉES
La Figure 1 montre les données de base de cet article. La liste des références[2], [3], [4], [5], [6], [7] n’est pas exhaustive, car, méthode inhabituelle pour nous, il a fallu collecter, recouper et valider des chiffres provenant d’un trop grand nombre de sources dont l’origine officielle n’est que rarement citée. Je dois avouer avoir du mal avec ce droit des journalistes à taire même la nature de leurs sources : officielle, officieuse, fiable, confidence….

Figure 1 Capacités de production d’eau douce des 19 SDE qui devraient être opérationnelles en 2030
La légende inclut la date de première mise en service et la capacité prévue à l’horizon 2030.
Notons que le dessalement a commencé, il y a un demi-siècle en 1977, avec l’AEP de Boujdour par 91’000 m³/an et aussi que 2 des 19 stations dessalent des eaux saumâtres (Khénifra et Tagounite). En 2030, les SDE les plus grandes devraient être celles de Casablanca et de Rabat – Salé avec 300 Mm³/an chacune.
CONSTATS CHIFFRÉS IMPORTANTS ET COMMENTAIRES
La Figure 2 montre l’évolution probable des capacités de production d’eau douce vers les 1.250 Mm³/an attendus en 2030 et qui devraient être mises en œuvre par trois types d’opérateurs :
- la Branche Eau de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (ONEE),
- le Groupe OCP (Office Chérifien des Phosphates),
- les différents opérateurs privés qui agiront dans le cadre de Partenariats Public – Privé (PPP).

Figure 2 Capacités de production d’eau douce par trois types d’opérateurs
Notons que la Figure 2 montre que la Branche Eau de l’ONEE (ONEE) était « seule à bord » jusqu’en 2015, sa part a subi une sérieuse érosion en 2022 avant de descendre en dessous de 10% en 2026. La production dans le cadre de partenariats public – privé (PPP) deviendrait majoritaire dès 2027 et le resterait au-delà. Ces chiffres doivent être pris avec précaution puisque surtout basés sur des annonces rapportées par la presse.
La Figure 3 montre comment évolueraient les besoins énergétiques menant aux 3’370 GWh/an de 2030 :
- un histogramme bleu rapporté à l’échelle de gauche qui décrit l’évolution des besoins en électricité (en GWh/an) pour les stations de dessalement, il a été calculée en supposant que la production est égale à la capacité (effet majorant) et que toutes les SDE sont équipées de systèmes de récupération d’énergie (SRE) menant à des besoins d’électricité de 2,7 kWh/m³ d’eau[8] (effet minorant),
- une courbe rouge joignant des cercles rouges, rapportée à l’échelle de droite montre l’évolution de la part desdits besoins dans l’électricité nette appelée annuellement.

Figure 3 Besoins d’électricité pour le dessalement d’eau et sa part dans l’électricité nette appelée
Certes, l’alimentation des SDE du Maroc ne représente pas une « montagne à soulever » (1% en 2024 et un peu plus de 5% en 2030) mais ce n’est pas pour autant qu’il faille abandonner l’idée de compenser la consommation de chaque SDE par la production de l’équivalent en électricité renouvelable, d’autant plus important qu’en 2025, la production nette locale d’électricité n’a satisfait que 92% des besoins nationaux[9].
par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)
RÉFÉRENCES
[1] Amin Bennouna, « Un siècle d’histoire graphique de nos barrages (utilisations, retenues et hydroélectricité)« , EcoActu, 09 Février (2026), https://ecoactu.ma/un-siecle-dhistoire-graphique-de-nos-barrages-utilisations-retenues-et-hydroelectricite/
[2] Ministère de l’Équipement et de l’Eau, « Documentation technique : Rapports annuels sur le secteur de l’eau, cartographiant les ressources et les infrastructures, y compris le dessalement, pour la sécurité hydrique.« , https://www.equipement.gov.ma/eau/documentation/Documents/le%20secteur%20de%20l%27eau%20au%20maroc%202023.pdf
[3] Fedwa Essannouni, ONEE-BO, « Situation actuelle du dessalement au Maroc perspectives et défis du Dessalement« , Marrakech le 04 Décembre 2025, https://www.eia.nl/fr/wp-content/uploads/sites/2/2026/01/1-Mme.-Fedwa-Essannouni-Dessalement-au-Maroc.pdf
[4] ABHSM (Agence du Bassin Hydraulique de Souss-Massa), « État des lieux et perspectives sur le dessalement dans des régions clés, incluant des données sur la capacité et le TDS (Total Dissolved Solids)« . https://www.abhsm.ma/document/sallon2023/2.pdf
[5] Imane Bouhrara, « Dessalement de l’eau de mer : quels challenges techniques et économiques » : Analyse des défis techniques, énergétiques et des coûts liés au développement des ressources non conventionnelles« , EcoActu, 27 Février 2024, https://ecoactu.ma/dessalement-deau-challenges-techniques-et-economiques/
[8] Mohammed Kharif, ONEE-BO, « Expérience de l’ONEE en matière de dessalement d’eau« , Conférence-débat IME en partenariat avec l’ONEE 3 juin 2021, https://remoc.org/events/IME/IME-2021-06-03-Webinar/Desalination_Morocco_ONEE.pdf
[9] Amin Bennouna, « En quoi l’électricité renouvelable du Maroc n’est pas encore sur la bonne trajectoire« , EcoActu, 23 Février (2026), https://ecoactu.ma/en-quoi-lelectricite-renouvelable-du-maroc-nest-pas-encore-sur-la-bonne-trajectoire/
