L’Onde de Choc d’Ormuz : le Pétrole s’enflamme, le Maroc résiste

Dans un tumulte international à plusieurs vitesses, le Maroc se distingue par une solidité remarquable. Malgré une facture énergétique alourdie, le Royaume s’appuie sur des moteurs internes robustes et une gestion macroéconomique rigoureuse. Ce profil de « refuge régional » a d’ailleurs été récemment conforté par l’agence S&P Global Ratings, qui maintient la note souveraine du Maroc à BBB-/A-3, tout en relevant sa perspective à positive.
Au cours du mois de mars 2026, le paysage macroéconomique mondial a subi une reconfiguration brutale suite au déclenchement d’une guerre ouverte entre Washington, Tel-Aviv et Téhéran. Ce conflit a placé le triptyque stratégique composé du détroit d’Ormuz, de la zone du Golfe et du marché pétrolier au cœur de toutes les préoccupations compte tenu de la menace tangible d’une paralysie durable de la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale. Dans ce contexte, la fermeture du détroit d’Ormuz et l’envolée corrélée des prix de l’énergie s’imposent comme une crise exogène extrêmement critique pour la croissance mondiale.
L’onde de choc sur les marchés financiers a été, à ce propos, sans équivoque notamment avec un Brent qui s’est envolé de +63,3% à fin mars (après avoir atteint un pic mensuel de USD 119,5/baril le 9 mars) portant ses gains y-t-d à +94,5%. Parallèlement et après avoir entamé l’année sur une dynamique positive, l’Or a nettement corrigé en mars 2026, enregistrant une baisse mensuelle de ‐10,8%, pénalisé notamment par un flash crash lors de la séance du 19 mars durant laquelle le métal jaune a dévissé de -5,93%. Enfin, le Dollar US progresse de +2,4% soutenu par une aversion au risque généralisée et la remontée des anticipations d’inflation.
Partant, les principales Banques Centrales ont décidé d’opter pour la prudence compte tenu du risque non négligeable de résurgence de l’inflation qui prend désormais le pas sur celui de l’essoufflement de la croissance.
« Dans ce contexte international tourmenté, l’économie marocaine doit, une nouvelle fois, faire preuve d’une résilience remarquable, escomptant profiter de moteurs internes robustes qui devraient lui permettre d’atténuer l’impact de l’instabilité géopolitique ambiante sur ses perspectives de croissance », annonce BKGR dans son bulletin Stretegy du mois de mars.
Le récent coup de projecteur des agences de notation internationales vient, à cet effet, confirmer la solidité du profil économique du Maroc avec (i) le maintien par S&P Global Ratings de la note souveraine du Royaume à BBB-/A-3 avec une perspective stable et (ii) le relèvement par MOODY’S de la perspective du pays de « stable » à « positive » en mars 2026.
Cette résilience de l’économie marocaine est également corroborée par les prévisions des institutions internationales avec le FMI et S&P Global Ratings qui s’accordent sur une croissance du PIB attendue à +4,4% pour 2026 portée par le redressement de la production agricole et l’intensification des investissements publics.
Pour sa part et après une progression du PIB de +4,1 % au T4 2025, le HCP anticipe un maintien de la dynamique à +4,2% au premier trimestre 2026 soutenu par la vigueur de la demande intérieure. Enfin et en dépit du contexte international, BANK AL-MAGHRIB a revu à la hausse ses prévisions de croissance pour 2026 à +5,6% (vs. +5,0% pour notre scénario central).
« Avec une inflation maîtrisée (-0,6% à fin février), la Banque Centrale a néanmoins choisi de maintenir son taux directeur à 2,25%, jugeant ce niveau approprié pour préserver l’équilibre domestique en attendant d’avoir davantage de visibilité sur l’évolution du conflit », rappelle BKGR.
Toutefois, le principal écueil réside dans la possibilité de la prolongation et l’intensification du conflit au-delà du 1er semestre de l’année entraînant des perturbations sévères des infrastructures énergétiques et des principales routes maritimes mondiales. Une telle configuration raviverait le spectre d’une inflation importée susceptible notamment de peser lourdement sur les finances publiques du Royaume, via une surcharge de la charge de compensation, et un risque réel de compression des marges opérationnelles, notamment pour les industries les plus exposés aux fluctuations des cours du brut.
Pour le moment, le creusement du déficit budgétaire de -34,5 Mds de DH à fin février n’est que la combinaison (i) de la non-récurrence des recettes exceptionnelles encaissées dans le sillage de l’amnistie fiscale de 2025 (i) du creusement saisonnier classique qui devrait être résorbé par la montée en régime des recettes fiscales, notamment les acomptes de l’IS, dès fin mars.
Pourtant, cette bonne tenue de l’économie réelle contraste avec l’évolution du marché actions. En dépit d’une capacité bénéficiaire portée à un niveau historique de 50,9 Mds de DH en 2025 en hausse de +40,0% par rapport à 2024 et en quasi-doublement en quatre ans, le MASI s’est engagé depuis le début de l’année sur un trend baissier qui s’est accéléré dans le sillage des évènements récents (-5,40% en m‐o‐m et de -8,95% en y‐t‐d). (Avec BKGR)


