L’échec des négociations Etats-Unis/Iran au Pakistan : quelles conséquences ?

Rappelons que c’est le 28 Février 2026 que les Etats-Unis et Israël ont lancé des frappes aériennes et des missiles coordonnés contre l’Iran. Les cibles principales ont été les installations militaires, les sites liés au programme nucléaire, les infrastructures gouvernementales, mais aussi des cibles civiles tels que les immeubles d’habitation, les ponts et les centrales électriques. Ces frappes ont causé des milliers de morts et de blessés iraniens, ainsi que des dégâts matériels considérables.
Les objectifs de cette guerre bien que non fixés nommément, étaient l’abandon du programme militaire iranien, la limitation de la portée des missiles iraniens, l’ouverture du détroit d’Ormuz, et la cessation de soutien de l’Iran aux Proxys : Hamas, Hezbollah, Houtis. L’Iran a riposté par des missiles et des drones sur Israël et les pays arabes du Golfe qui abritent des bases militaires américaines, causant des victimes humaines et des dégâts matériels limités.
Devant la résilience inattendue de l’Iran, une trêve de deux semaines est entrée en vigueur à partir de 8 Avril 2026. Après plusieurs médiations, des négociations directes ont eu lieu à Islamabad au Pakistan les 11 et 12 Avril 2026. La délégation américaine était présidée par le Vice-Président JD Vance, et la délégation iranienne par Mohamed Bagher Ghalibaf président du Parlement iranien. Dès le 12 Avril, le Vice-Président américain a annoncé l’échec des négociations, la délégation iranienne n’ayant pas accepté l’abandon du programme militaire nucléaire, et l’ouverture du détroit d’Ormuz. La délégation iranienne de son côté a indiqué que les Etats-Unis n’ont pas accepté la compensation des dommages causés par les attaques américano-israéliennes, et la libération des avoirs gelés de l’Iran. Le même jour, le président Donald Trump a ordonné à la flotte américaine le blocus du détroit d’Ormuz, empêchant tout navire d’entrer ou de sortir du détroit. Par la suite il a menacé aussi de bloquer les ports iraniens. Il a ajouté que la marine américaine a reçu l’ordre de « repérer et d’intercepter tout navire en eaux internationales ayant payé un droit de passage à l’Iran. Il a en outre indiqué « que la marine américaine va détruire les mines posées par les Iraniens, et que tout iranien qui tirera sur les navires américains ou sur des navires pacifiques sera anéanti ».
Il est très difficile de prévoir les conséquences de la décision du président Donald Trump de bloquer le détroit d’Ormuz à partir du 13 Avril 2026. Il y a surtout le risque d’une escalade militaire majeure, si l’Iran attaque par des missiles les navires militaires américains. Le président Trump a indiqué que dans ce cas, les Etats-Unis riposteraient par des frappes aériennes massives sur tout le territoire iranien. Il est certain qu’Israël lui emboiterait le pas, son objectif principal étant l’affaiblissement de l’Iran et si possible le changement de son régime politique. L’échec de négociations au Pakistan va donner à Israël le prétexte de continuer à frapper durement Le Liban, en vue d’occuper le sud de son territoire jusqu’au fleuve Litani.
L’Iran de son côté va reprendre ses attaques de missiles et de drones sur Israël et les pays arabes du Golfe. Il va aussi mobiliser ses proxy notamment le Hezbollah au Liban, et les Houtis au Yémen pour empêcher la navigation dans le droit d’El Mandeb. Il pourra en résulter une guerre régionale impliquant les pays arabes du Golfe, l’Irak et la Syrie. Les conséquences économiques seraient alors catastrophiques, avec un choc pétrolier mondial entrainant des prix du baril qui pourraient atteindre 150 à 20 $, ainsi qu’une flambée du prix du gaz, des matières premières et des produits manufacturés. Il en résultera une inflation mondiale élevée, un ralentissement du commerce international et une récession planétaire. La Chine qui est restée jusqu’à maintenant dans une relative réserve, va certainement augmenter sa pression sur les Etats-Unis, notamment au niveau des exportations de ses terres rares, car ses principaux fournisseurs de pétrole traversent le détroit d’Ormuz.
En conclusion, il faut d’abord remarquer que le blocus d’un détroit est considéré comme une violation du droit international qui garantit la libre navigation dans les détroits. Il faut espérer que l’hypothèse de l’escalade militaire majeure n’aura pas lieu, car le monde connaitra une crise économique catastrophique. Pour cela, le cessez-le-feu doit être maintenu et de nouvelles négociations entre les Etats-Unis et l’Iran puissent aboutir à un accord donnant satisfaction aux deux parties. Il est nécessaire que les dirigeants des pays d’Asie, de l’Europe, et de l’Afrique fassent pression sur les deux belligérants pour éviter une grave crise économique mondiale. Enfin, on ne peut que déplorer que l’ONU soit complètement marginalisée, son principal rôle depuis sa création étant de prévenir et de résoudre les conflits armés. Ce sont les membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, Chine, Russie) qui ont par leur véto paralysé l’action de l’ONU dès lors que leurs intérêts étaient en jeu.
Par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)

