Inflation : le pouvoir d’achat des Marocains face au nouveau choc de mars

Alors que l’économie marocaine semblait naviguer en eaux calmes, le mois de mars 2026 marque un coup d’arrêt brutal. Selon les derniers chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), l’Indice des prix à la consommation a bondi de 1,2 % en seulement trente jours, porté par un « effet ciseaux » redoutable : l’envolée des prix des produits alimentaires et la flambée des carburants.
Si ce réveil de l’inflation ravive les inquiétudes sur le pouvoir d’achat des ménages, Bank Al-Maghrib tempère le scénario d’une crise durable, pariant sur un choc temporaire et une stabilisation à 2,1 % d’ici la fin de l’année. Entre alerte conjoncturelle et résilience monétaire, décryptage d’un mois de mars sous haute tension pour le portefeuille des Marocains
Accélération de l’inflation au Maroc : Analyse de mars 2026
Après plusieurs mois de stabilité, voire de déflation en début d’année, l’économie marocaine fait face à un rebond soudain des prix. L’Indice des prix à la consommation (IPC) a enregistré une hausse mensuelle de 1,2 % entre février et mars 2026.
Les moteurs de la hausse : Alimentaire et Énergie
Cette poussée inflationniste n’est pas généralisée mais repose sur deux piliers principaux :
- Flambée des produits frais (+1,9 % sur l’indice alimentaire) :
o Les légumes ont subi une hausse vertigineuse de 9,7 % en seulement quatre semaines.
o Les fruits (+2,6 %) et les viandes (+2,4 %) suivent cette tendance, principalement sous l’effet du stress hydrique persistant et des coûts logistiques.
o À l’inverse, certains produits comme les huiles et graisses ont connu une baisse de 2,4 %.
- Choc énergétique (+10,7 % sur les carburants) :
o La composante non alimentaire est tirée par l’envolée des prix des carburants, qui ont bondi de plus de 10 % en mars.
o Cette hausse s’explique par la remontée des cours mondiaux du pétrole (le Brent ayant franchi la barre des 100 dollars) liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient.
- Une inflation annuelle qui reste contenue
Malgré ce pic mensuel brutal, la situation sur le long terme est plus nuancée :
- Glissement annuel : Par rapport à mars 2025, l’inflation ne s’établit qu’à +0,9 %.
- Inflation sous-jacente : Cet indicateur, qui exclut les produits à prix volatils (comme les légumes frais et l’énergie), reste très stable à +0,1 % sur un mois et affiche même une baisse de 0,6 % sur une année. Cela suggère que la hausse actuelle est conjoncturelle et non structurelle.
Perspectives et risques pour 2026
Bien que la croissance nationale soit estimée à 5 % pour le premier trimestre 2026, le HCP et d’autres analystes comme BMCE Capital pointent du doigt des risques persistants :
- Dépendance énergétique : Le Maroc importe 90 % de ses besoins en énergie, rendant l’économie très sensible aux fluctuations du brut.
- Moral des ménages : Près de 78 % des foyers estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours de l’année écoulée, et plus de 80 % craignent de nouvelles hausses alimentaires d’ici fin 2026.
En résumé, mars 2026 marque un « réveil des prix » après une période de calme, obligeant les autorités monétaires à surveiller de près la transmission des coûts de l’énergie vers le reste des secteurs.
Malgré la hausse de 1,2 % observée en mars, BAM reste relativement optimiste. Dans ses derniers rapports, elle table sur une inflation globale de 2,1 % sur l’ensemble de l’année 2026.
La banque centrale considère que le pic de mars est un « choc d’offre » temporaire et non une surchauffe de l’économie. L’inflation sous-jacente, elle devrait se stabiliser autour de 2,3 %, ce qui rassure l’institution sur l’absence d’une spirale inflationniste durable.
