Flash
Marchés : les Bourses reprennent des couleurs Grâce à la Vision Royale “clairvoyante”, le Maroc est “un modèle de réussite” politique et économique (Ilan Berman) Regragui bientôt à la tête d’une sélection arabe ? Exportations : une hausse tirée par l’automobile, l’aéronautique, agriculture et agroalimentaire Les dattes marocaines entre abondance de la production et régulation des importations : comment trouver le juste équilibre ? SCRT : hausse des recettes et décélération du déficit budgétaire au S1 Phosphates : hausse des prix du DAP, sur fond de renchérissement des intrants et du fret Bank Of Africa/SACE : coopération pour de nouvelles opportunités de financement et d’investissement en Afrique Le Maroc des territoires : quand Errachidia juge Rabat Obligations carbone européennes : BMCE Capital Markets lance une offre destinée aux transporteurs
Economie

Le paradoxe agricole : des récoltes en hausse, mais une dépendance aux importations qui s’aggrave

blé importation blé

Ecrit par Lamiae Boumahrou I

Alors qu’une campagne agricole favorable laissait espérer une meilleure couverture des besoins du marché national, les chiffres des importations agricoles (FNCL) viennent rappeler une réalité plus contrastée. La hausse inatendue des importations de céréales et de produits agricoles met en évidence un décalage persistant entre les performances de la production nationale et les besoins réels de consommation du pays.

Après plus de cinq années de sécheresse sévère, le Maroc semble enfin renouer avec une campagne agricole porteuse d’espoir. Les précipitations enregistrées durant la saison 2025-2026 ont permis d’éviter une crise agricole majeure dont les conséquences sur la croissance, les finances publiques et le pouvoir d’achat des ménages auraient pu être particulièrement lourdes.

En marge de la 18ᵉ édition du SIAM, le ministre de l’Agriculture a annoncé des perspectives encourageantes : près de 3,9 millions d’hectares emblavés en céréales et une production nationale estimée à environ 90 millions de quintaux. Une annonce accueillie comme le signe d’un redressement progressif du secteur après plusieurs campagnes marquées par des déficits historiques.

Publicité

À première vue, cette amélioration pourrait laisser penser que le Maroc amorce une réduction de sa dépendance aux marchés internationaux pour assurer son approvisionnement alimentaire. Pourtant, les chiffres publiés récemment par la Fédération nationale des négociants en céréales et légumineuses (FNCL) racontent une toute autre réalité.

Car, contrairement à ce que l’on pouvait attendre d’une campagne céréalière qualifiée de « remarquable », les importations agricoles continuent d’augmenter à un rythme soutenu. Entre janvier et avril 2026, elles ont atteint 5,48 millions de tonnes, contre 4,74 millions de tonnes un an auparavant, soit une hausse de 16%.

Les céréales représentent à elles seules 4,27 millions de tonnes importées, en progression de 14%. Le blé tendre et le maïs demeurent les principaux moteurs de cette hausse, avec des augmentations respectives de 17% et 31%. Quant aux produits dérivés destinés principalement à l’alimentation animale, ils enregistrent également une forte progression, notamment les tourteaux de soja (+59%) et de tournesol (+54%).

Un déphasage entre récole et importations qui interpelle 

Ce décalage spectaculaire entre amélioration de la production nationale et hausse des importations met en lumière une contradiction profonde du modèle agricole marocain.

D’ailleurs, plusieurs analyses internationales confirment cette réalité. Dans son rapport « Grain and Feed », le Service agricole étranger du département américain de l’Agriculture (FAS/USDA) souligne que, malgré les pluies tardives enregistrées au printemps, la production céréalière marocaine reste inférieure à la moyenne des dix dernières années.

Le rapport américain insiste notamment sur les effets persistants des conditions climatiques difficiles ayant marqué le début de la saison agricole, ainsi que sur la réduction des superficies cultivées. Selon les prévisions du FAS/USDA, le Maroc devrait continuer à importer massivement du blé afin de couvrir ses besoins intérieurs et maintenir ses stocks stratégiques. Les importations de blé pour la campagne 2025-2026 sont ainsi estimées à plus de 7 millions de tonnes.

Autrement dit, même une récolte annoncée à près de 90 millions de quintaux demeure insuffisante pour répondre à la demande nationale dans un contexte de forte croissance démographique, d’évolution des habitudes de consommation et d’expansion continue des filières d’élevage.

Le véritable enseignement de cette séquence réside précisément dans ce déphasage entre production nationale et besoins réels du pays. Une bonne campagne agricole permet certes de limiter les tensions, de soulager partiellement les finances publiques et d’atténuer les risques inflationnistes, mais elle ne suffit plus à inverser une dépendance devenue structurelle.

Cette dépendance est particulièrement visible dans l’alimentation animale. Le maïs, le soja et les tourteaux constituent désormais des intrants essentiels pour les filières avicole et bovine, dont la croissance continue d’alimenter la demande en importations. Le Maroc se retrouve ainsi dans une situation paradoxale : même lorsque les récoltes céréalières s’améliorent, les besoins du secteur agroalimentaire augmentent plus vite que les capacités de production locale.

Le rapport du FAS/USDA souligne également que les autorités marocaines continuent de soutenir les importations de blé à travers des mécanismes de subvention et de suspension des droits de douane afin de garantir la stabilité des prix du pain et sécuriser les stocks.  Cette politique confirme implicitement que les équilibres alimentaires du pays demeurent fortement tributaires des marchés internationaux.

Au fond, l’embellie agricole actuelle masque difficilement les fragilités structurelles du système agricole marocain. La hausse de près de 739.000 tonnes des importations agricoles en seulement un an illustre ainsi une réalité désormais difficile à ignorer. Le retour des pluies améliore les récoltes, mais il ne règle pas, à lui seul, la question de la souveraineté alimentaire du Royaume.

Publicité

Laisser un commentaire

Publicité
Publicité
error: Content is protected !!