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Chronique

GMT : L’heure du grand désaveu ou d’un recalibrage électoral

gmt

Le 25 juin 2026 marquera moins le triomphe d’une vision que l’aveu tardif d’une impasse. En annonçant le retour à l’heure légale de Greenwich, le gouvernement n’a pas seulement corrigé une anomalie horaire contestée depuis des années. Il a surtout acté l’échec d’un choix présenté naguère comme rationnel, moderne et bénéfique, mais qui n’a cessé de produire du désordre social, de l’inconfort quotidien et une défiance politique croissante.

Ce revirement, à trois mois d’échéances législatives décisives, ne saurait être lu comme un simple ajustement technique. Il pose une question plus dérangeante : pourquoi attendre si longtemps pour revenir à une solution que les citoyens, les médecins, les parents d’élèves et une partie croissante des analystes jugeaient déjà plus cohérente ? Une décision juste prise trop tard reste une décision tardive. En politique publique, le calendrier compte autant que le contenu.

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Une erreur élevée au rang de doctrine

Depuis 2018, le Maroc vit sous le régime du GMT+1 quasi permanent comme on supporte une mécanique mal réglée : en s’adaptant, non sans fatigue, à une norme imposée d’en haut. La décision fut rapide, peu expliquée, et surtout jamais véritablement débattue. C’est là que réside le premier problème. Lorsqu’une réforme modifie le sommeil, l’école, le travail, les transports et les rythmes familiaux, elle ne peut être traitée comme une simple variable administrative.

Huit ans plus tard, le bilan est clair : la promesse d’efficacité n’a jamais produit la démonstration attendue. Les gains annoncés se sont révélés flous, modestes, souvent invérifiables, tandis que les coûts, eux, étaient visibles dès les premiers mois. Fatigue matinale, désorganisation des familles, tension sur les trajets scolaires, sentiment d’injonction contre-nature : la société a payé comptant pour une hypothèse jamais vraiment prouvée.

Le plus grave n’est pas seulement le choix lui-même. C’est la manière dont il a été défendu. À force d’invoquer la modernité, l’exécutif a confondu verticalité décisionnelle et efficacité. À force de parler de rationalité, il a négligé la rationalité vécue par les citoyens. Or une politique publique n’est pas performante parce qu’elle est décrétée ; elle l’est parce qu’elle est justifiée, comprise, acceptée et supportée.

Le mirage énergétique face à la science

L’argument central du GMT+1 tenait en une promesse simple : faire des économies d’énergie. C’est précisément là que le récit s’est effondré. Le contexte énergétique d’aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celui des années 1970, période durant laquelle l’obsession de l’éclairage artificiel pouvait encore donner un sens à l’heure d’été. La généralisation des LED, la mutation des usages et l’évolution des consommations ont vidé cet argument de sa substance.

Les études sérieuses convergent vers la même conclusion : l’impact énergétique des changements d’heure est faible, parfois nul, souvent compensé par d’autres consommations. Autrement dit, on a demandé à l’ensemble du pays de se conformer à une contrainte horaire pour un bénéfice marginal, incertain et politiquement surestimé. C’est peu dire que l’arbitrage paraissait déséquilibré.

Le problème n’est donc pas seulement scientifique. Il est aussi intellectuel. Quand une idée a cessé d’être vraie, il faut avoir le courage de le reconnaître. Maintenir une mesure au nom d’un avantage symbolique, alors que sa rentabilité réelle s’érode, relève moins de la stratégie que de l’entêtement intéressé.

L’Europe, simple alibi ou vraie nécessité ?

Vient ensuite l’argument de l’alignement avec l’Europe. Il mérite d’être entendu, mais pas sacralisé. Oui, le Maroc entretient avec ses partenaires européens des échanges intenses. Oui, certaines activités — centres d’appels, logistique, marchés, services externalisés — gagnent en fluidité lorsque le décalage horaire se réduit. Mais de là à justifier une synchronisation permanente de toute la société, il y a un pas que la prudence analytique interdit de franchir sans examen.

L’économie moderne sait absorber les décalages. Elle s’adapte par l’organisation du travail, la flexibilité des horaires, les outils numériques et la segmentation des activités. Ce qui vaut pour une minorité de secteurs très intégrés à l’international ne peut être érigé en norme nationale intangible. L’erreur a consisté à faire passer une commodité sectorielle pour une nécessité collective.

Il faut le dire clairement : l’alignement horaire ne doit pas devenir une forme de dépendance cognitive. Ce n’est pas parce qu’un partenaire commercial fonctionne à une heure donnée que l’intérêt général marocain s’y confond. L’État n’est pas chargé d’optimiser le calendrier des autres ; il est chargé de protéger l’équilibre de sa propre société.

Le prix humain d’une heure longtemps contestée

Là où la décision devient franchement contestable, c’est dans ses effets sur la vie quotidienne. Le débat n’est pas abstrait. Il concerne le sommeil, la vigilance, la sécurité et la santé mentale. Il concerne aussi les enfants, les enseignants, les travailleurs matinaux, les navetteurs et toutes les familles qui doivent démarrer la journée avant que le soleil ne se lève.

La littérature scientifique sur les rythmes circadiens a déjà établi qu’un décalage horaire prolongé n’est pas neutre. Il affecte la qualité du sommeil, altère la concentration, accroît la somnolence et pèse sur la santé. Lorsqu’un pays fait coïncider ses activités sociales avec une heure trop avancée par rapport à son cycle naturel, il fabrique un décalage permanent entre le corps et la montre.

Ce décalage se traduit concrètement par une fatigue diffuse, une baisse d’attention et une difficulté accrue à affronter les matinées d’hiver. Pour les écoliers, cela signifie des classes commencées dans la pénombre. Pour les travailleurs, cela signifie des trajets plus éprouvants et une vigilance réduite. Pour les parents, cela signifie une organisation familiale plus lourde. Pour les femmes et les populations périphériques, cela signifie aussi davantage d’insécurité ressentie à l’aube.

Ramadan : la désynchronisation imposée

Le cas du Ramadan révèle à lui seul l’absurdité du dispositif. Le retour temporaire à GMT, puis la remise en place du GMT+1 après l’Aïd, créent une succession de bascules qui ne simplifie rien. Au contraire, elles perturbent les repères, fatiguent les ménages et imposent à la société un nouveau cycle d’adaptation au moment même où elle traverse déjà une modification profonde de ses rythmes alimentaires et de sommeil.

On comprend l’objectif d’accommodement religieux. On comprend beaucoup moins que cet accommodement soit accompagné d’un mécanisme de retour aussi abrupt et d’une absence persistante de doctrine claire. Ce « yo-yo horaire » a fini par devenir un symbole : celui d’une gouvernance qui improvise davantage qu’elle n’anticipe.

Le plus regrettable est qu’une solution stable aurait permis d’éviter cette répétition du choc. Soit l’on assume un horaire aligné sur le soleil, soit l’on maintient un horaire avancé avec des mesures d’atténuation fortes et durables. Mais l’alternance improvisée, elle, cumule les défauts sans résoudre le fond du problème.

Le retour à la raison après huit ans de déni

Le retour au GMT est donc, sur le fond, une correction bienvenue. Mais il arrive dans un contexte qui en affaiblit la portée politique. Lorsque le pouvoir corrige une mesure très impopulaire à l’approche d’un scrutin, la lecture électorale devient inévitable, légitime. Ce n’est pas un soupçon gratuit, c’est une exigence d’analyse. Un gouvernement ne peut pas demander qu’on salue son pragmatisme sans interroger le moment choisi pour l’exercer.

Pourquoi cette volte-face n’a-t-elle pas eu lieu plus tôt ? Pourquoi avoir attendu que la contestation se cristallise, que les coûts sociaux s’accumulent et que l’échéance électorale se rapproche pour revenir à plus de cohérence ? La question n’est pas accessoire. Elle touche à la crédibilité de la décision publique et à la confiance dans la parole de l’État.

À cet égard, le débat dépasse largement le seul temps légal. Il révèle une manière de gouverner : décider sans assez expliquer, corriger sans assez assumer, puis espérer que le citoyen oublie la séquence. Or les sociétés modernes ne sont plus disposées à avaler ce type de séquence sans demander des comptes.

Ce qu’il fallait faire : gouverner par la preuve, pas par l’improvisation

La vraie leçon de cette affaire est méthodologique. Le Maroc n’a pas seulement besoin d’une heure juste ; il a besoin d’une décision publique mieux fabriquée. Il fallait publier les études ayant justifié le GMT+1, en exposer les hypothèses, en discuter les effets, puis soumettre le choix à une contre-expertise indépendante et à une concertation réelle.

Il fallait également traiter le sujet comme une politique publique à part entière, et non comme une variable de confort administratif. Cela implique d’intégrer les dimensions de santé, d’éducation, de productivité, de sécurité, de cohésion sociale et de bien-être. Une réforme horaire n’est pas un détail. C’est un arbitrage de société.

Dès lors, trois principes doivent désormais s’imposer. D’abord, la transparence totale sur les fondements des décisions. Ensuite, l’évaluation indépendante de leurs effets. Enfin, l’obligation d’anticiper les impacts sociaux avant d’annoncer une réforme qui touche à la vie quotidienne de millions de citoyens.

Le temps légal d’un pays n’est pas un gadget macroéconomique. C’est une architecture invisible qui ordonne le travail, l’école, la santé et la vie familiale. En revenant au GMT, l’exécutif corrige une erreur. En acceptant enfin que cette erreur ait existé, il ferait un premier pas vers une gouvernance plus mature et plus responsable. Le vrai test commence maintenant : saura-t-il tirer de cet épisode une règle de conduite, ou se contentera-t-il d’un rattrapage de circonstance ?

Par Mohammed BENAHMED, Expert international en stratégies de développement

territorial durable et financement. Lauréat du Prix de l’Économiste pour la recherche

en économie, gestion et droit (1re édition 2005).

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2 commentaires

  1. Mansour Essaïh dit :

    Fin de GMT+1 ou sauver des vies humaines : Où est la priorité ? Par les temps qui courent et en pleine campagne électorale avant terme donc illégale, la priorité impérieuse est au Méridien Zéro pour manipuler les émotions des marocains à l’approche du jour ‘’J’’.
    Et ‘’sauver des vies humaines’’ ? De quoi s’agit-il au juste ? Voilà : Un jeune vidéaste, nomade/youtuber et qui parcourt son pays (notre pays) à pied nous a montré dans une vidéo (شق غريب في الصحراء 🏜 الدخول إلى مدينة السمارة اليوم 238 من رحلة عبر المغرب 🇲🇦 🚶) une faille située à 10 km environ de Smara, presque perpendiculaire à l’axe de la chaussée et qui s’étend à perte de vue de part et d’autre de la route.
    Sous d’autres cieux ce phénomène aurait immédiatement mobilisé, au moins, quatre équipes multidisciplinaires pour procéder à un diagnostic détaillé en vue de déterminer les risques sur les personnes et les biens (cheptel) ainsi que l’impact de cette faille sur l’environnement : 1) Ministre de l’Equipement et de l’Eau ; 2) Ministre de l’Enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation ; 3)Ministre du Transport et de la Logistique ; 4) Ministre de la Transition énergétique et du Développement durable, chargé des mines, de la géologie et de l’énergie et de l’environnement.
    Rien de tout cela. La priorité est à la campagne électorale illégale et que crèvent les usagers de la route de Smara ! Ceux qui nous gouvernent et qui tiennent les robinets des carburants ont les yeux rivés sur le Platts Rotterdam et augmentent les prix du gasoil et de l’essence illico presto après un évènement géopolitique grand ou petit. Bravo les mecs ! (حفظناكم شحال هذي !)

  2. Mansour Essaïh dit :

    نهاية توقيت غرينتش+1 أم إنقاذ الأرواح ؟: أين تكمن الأولوية؟ في ظل الظروف الراهنة، وفي خضم حملة انتخابية مبكرة وبالتالي غير قانونية، فإن الأولوية القصوى هي بوضوح لِ »خَط الطول 0 درجة  »، الذي اُختير للتلاعب بمشاعر المغاربة مع اقتراب يوم الانتخابات.
    وماذا عن « إنقاذ الأرواح »؟ ما المقصود بذلك تحديدًا؟ إليكم الأمر: قام مصور فيديو شاب، رحّال/يوتيوبر يجوب بلاده (بلادنا) مشياً، بعرض فيديو (شق غريب في الصحراء 🏜 تسجيل الدخول إلى مدينة السمارة اليوم 238 من رحلة عبر المغرب 🇲🇦 🚶) يُظهر صدعًا يقع على بُعد حوالي 10 كيلومترات من السمارة، و هو متعامد تقريبًا مع محور القارعة ويمتد على مد البصر على جانبي الطريق. في بلدان أخرى، كان من شأن هذه الظاهرة أن تستدعي، على الفور، إرسالَ، على الأقل، أربعة فرق متعددة التخصصات لإجراء تقييم مفصل لتحديد المخاطر على الأفراد والممتلكات (الماشية)، فضلًا عن الأثر البيئي لهذا الصدع : 1) وزارة الأشغال العامة والمياه ؛ 2) وزارة التعليم العالي والبحث العلمي والابتكار ؛ 3) وزارة النقل واللوجستيات ؛ 4) وزارة التحول الطاقي والتنمية المستدامة، المسؤولة عن المناجم والجيولوجيا والطاقة والبيئة.

    لم يحدث أي من هذا. الأولوية للحملة الانتخابية غير القانونية، وليذهب عابرو طريق سمارة و مَرْكَبَاتُهُم إلى الجحيم ! أولئك الذين يحكموننا ويتحكمون في صنابير الوقود لا يغفلون عن سوق روتردام للمحروقات، ويرفعون أسعار الديزل والبنزين فور وقوع أي حدث جيوسياسي، كبيرًا كان أم صغيرًا. أحسنتم صنعًا يا رفاق ! (حفظناكم شحال هذي !)

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