Flash
Economie

Comment et pourquoi le gasoil en arrive-t-il à augmenter plus vite que le pétrole ?

gasoil

Le prix du pétrole a fortement augmenté ces dernières semaines suite à la reprise des hostilités au Moyen-Orient. Les cours du pétrole brut ont retrouvé leurs niveaux de mai 2026 et affichent actuellement une hausse de plus de 40 % par rapport à la période précédant l’attaque contre l’Iran. Mais les carburants issus du raffinage du pétrole brut, comme le gasoil, le kérosène et l’essence subissent des hausses encore plus fortes. Le dernier rapport de l’AIE[11] sur le marché pétrolier souligne que les marchés du gasoil sont particulièrement tendus, les prix ayant récemment atteint des niveaux records. Pourquoi ?

  Le comportement des cours mondiaux du pétrole et du gasoil et leur corrélation  

Publicité

La Figure 1 montre l’évolution des cours moyens :

Capture decran 2026 09 23 a 12.50.20

Figure 1 Evolution des cours moyens du pétrole et du gasoil à faible teneur en soufre

  • du pétrole, en US$ par baril (en bleu et se rapportant à l’échelle de gauche),
  • du gasoil à faible teneur en soufre en US$ par tonne (en rouge et se rapportant à l’échelle de droite).

La Figure 3 montre l’évolution :

Capture decran 2026 09 23 a 12.50.26

Figure 2 Evolution des rapports et des différences entre cours moyens internationaux du pétrole et du gasoil

  • du rapport (Cours Gasoil – Cours Pétrole)/(Cours Pétrole) (en bleu et se rapportant à l’échelle de gauche),
  • des différences entre les cours moyens internationaux du gasoil à faible teneur en soufre et ceux du pétrole en US$ par baril de brut de pétrole (en rouge et se rapportant à l’échelle de droite).

Ces deux valeurs représenteraient une estimation des marges brutes moyennes et seraient proches des marges brutes. La Figure 3 montre que ces marges brutes par baril de brut peuvent descendre entre 20 et 30% ou 20 à 30 US$ et monter à autour de 80‑100% ou 80‑90 US$.

La Figure 3 montre la corrélation existante entre les cours du gasoil à faible teneur en soufre et ceux du pétrole brut.

Capture decran 2026 09 23 a 12.50.32

Figure 3 Corrélation entre les cours du gasoil et ceux du pétrole

Si la tendance est bel et bien là, elle se manifeste avec un coefficient de corrélation qui n’est pas excellent à cause d’une forte dispersion des points autour de la moyenne, dispersion elle-même due au fait que les causes d’augmentation des cours du pétrole brut ont été fortement différentes durant la période concernée (2021 à 2026), combinant l’augmentation des coûts :

  • du raffinage, causés par l’augmentation du coût du pétrole brut qui y est consommé,
  • du transport maritime du pétrole brut du producteur vers le raffineur, causés par :
    • l’augmentation des coûts du combustible de transport,
    • l’allongement des distances à parcourir pour livrer le brut,
  • des assurances causés par les conflits internationaux.

Ceci s’arrête à la corrélation entre les cours du gasoil vis-à-vis de ceux du pétrole mais n’établit pas de causalité expliquant pourquoi, les derniers mois se situent dans le haut de la courbe. Quelle que soit la forme mathématique choisie pour l’ajustement, la forme convexe signifie que l’augmentation des cours du gasoil à faible teneur en soufre augmente plus vite que les cours du pétrole brut. Ceci confirme aussi le fait que les marges brutes pratiquées par les raffineurs ne sont constantes, ni en valeur, ni en pourcentage mais qu’ils pratiquent des prix d’opportunité dépassant, de loin, ceux qui ne seraient basés que sur leurs coûts.

Ce sont les causes qui permettent d’expliquer pourquoi :

–       les 100US$ par baril de pétrole brut du printemps 2022 ne se sont traduits que par 1’200US$ par tonne de gasoil à faible teneur en soufre,

–       alors que les 100US$ par baril de pétrole brut de l’été 2026 se sont traduits par près de 1’500US$ par tonne de gasoil à faible teneur en soufre.

 Pourquoi en 2026 ? 

En 2025, les producteurs du Moyen-Orient exportaient 3,3 millions de barils par jour de produits pétroliers raffinés. Cependant, depuis le début du conflit du Moyen-Orient, les attaques ont entraîné une perte de capacité de raffinage de près de 3 millions de barils par jour et le tarissement de voies d’exportation viables. La reprise de l’activité de raffinage a été progressive mais 2,2 millions de barils par jour de capacité restaient indisponibles jusqu’en août.

Dans le même temps, les attaques ukrainiennes contre les raffineries russes accentuent les tensions sur le marché du gasoil. La Russie, historiquement troisième producteur mondial de produits pétroliers raffinés, voit sa production chuter brutalement suite aux perturbations causées par les frappes de drones. L’Ukraine attaque les infrastructures pétrolières russes depuis 2022, mais la portée de ses drones s’est considérablement accrue, notamment au cours du premier semestre de cette année, lui permettant de frapper plus profondément à l’intérieur du territoire russe. Durant les huit premiers mois de 2026, les drones ukrainiens ont touché une raffinerie russe en moyenne tous les trois jours. L’impact a été considérable. La production des raffineries russes a chuté de 30 % en juin par rapport à l’année précédente, atteignant son niveau le plus bas depuis plus de 20 ans. Le gouvernement a depuis lors restreint les exportations de gasoil et a commencé à importer de l’essence afin de garantir un approvisionnement national suffisant, un changement stratégique majeur pour un pays qui exportait auparavant environ la moitié de sa production de gasoil.

Au final, les exportations globales de gasoil ont chuté à 4,6 millions de barils par jour en août 2026, contre 5,1 millions de barils par jour au cours du même mois en 2025. La Figure 4 montre l’évolution des exportations mondiales de gasoil par voie maritime10 en glissement annuel à fin août 2026.

Capture decran 2026 09 23 a 12.50.38

Figure 4 Variation des exportations mondiales de gasoil par voie maritime10 par glissement annuel à fin août 2026

Face à la pression exercée sur les exportations russes et moyen-orientales, les raffineries d’autres régions – notamment aux États-Unis, en Chine et dans d’autres pays d’Asie – augmentent leur production. Cependant, elles ne parviennent pas à compenser entièrement le recul mondial, les exportations du Moyen-Orient et de Russie ayant chuté de près de 75 % en août par rapport à l’année précédente. La Figure 4 montre qu’en glissement annuel à fin août 2026, la hausse totale des exportations mondiales de gasoil par voie maritime a frisé 1,1 MBarils/jour alors que la baisse des exportations s’approche de -1.5 MBarils/jour.

Un problème majeur réside dans le fait que de nombreuses raffineries à travers le monde fonctionnent déjà à pleine capacité. Il ne reste donc que peu de marge de manœuvre pour éviter une nouvelle pénurie et une hausse des prix dans les mois à venir.

Les raffineries ont traité beaucoup moins de pétrole en 2026. Dans cette optique, la Figure 5 montre le volume mondial de traitement de pétrole brut en raffinerie en 2024, 2025 et les six premiers mois de 2026.

Capture decran 2026 09 23 a 12.50.43

Figure 5 Moyennes mensuelles du raffinage mondial journalier de pétrole brut10 en 2024, 2025 et 2026

Cette situation a des répercussions majeures pour les consommateurs de gasoil et l’économie mondiale puisque le gasoil alimente les transports routier et maritime, l’agriculture, les mines et bien d’autres secteurs. Si le gasoil représentait près de 30 % de la consommation mondiale totale de pétrole en 2025, au Maroc, ses 6,959 Mtep d’énergie ont représenté :

  • 52% des produits pétroliers (13,359 Mtep de carburants blancs, de gasoil, de GPL et de fuel),
  • 27% de toute la consommation nationale d’énergie (25,395 Mtep du total de l’énergie des produits pétroliers, du charbon, du gaz naturel et de l’électricité issue des énergies renouvelables et de la chaleur industrielle).

N.B. : Comme d’habitude, les chiffres nationaux d’énergie proviennent de données officielles marocaines[1][2][3][4][5][6][7]. Les cours internationaux du pétrole et du gasoil à faible teneur en soufre (LS) sont compilés à partir de données provenant de deux sites de suivi du marché international des hydrocarbures[8][9]. Une partie de l’article est inspirée d’un « Energy Snapshot » de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE)[10].

Par Amin BENNOUNA  (sindibad@uca.ac.ma)

 Références   

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/

[2] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), « Notes de Conjoncture« , http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/

[3] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), « Notes de Conjoncture« , https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx

[4] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique

[5] Haut Commissariat au Plan, « Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013« , https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/

[6] Haut Commissariat au Plan, « Bulletins statistiques« , https://www.hcp.ma/downloads/?tag=Bulletins+statistiques

[7] Red Eléctrica de España, Intercambios, https://www.ree.es/es/datos/intercambios

[8] Oil Price, The N°1 Source for Oil & Energy News, https://oilprice.com/fr/graphiques-de-prix-du-pétrole

[9] Ship & Bunker, « Rotterdam Bunker Prices« , https://shipandbunker.com/prices/emea/nwe/nl-rtm-rotterdam#LSMGO

[10] IEA, « Why diesel prices are surging« , Energy Snapshot, September 2026, https://www.iea.org/reports/oil-market-report-september-2026

[11] IEA, « Oil Market Report« , September 2026, https://www.iea.org/reports/oil-market-report-september-2026

Publicité

Laisser un commentaire

error: Content is protected !!