Taux directeur maintenu à 2,25 % : les dessous des arbitrages complexes de BAM

Malgré une inflation historiquement basse à 0,3 % et des projections revues à la baisse pour 2026, Bank Al-Maghrib a choisi de maintenir son taux directeur à 2,25 %. Face aux politiques restrictives de la Fed et de la BCE, la banque centrale marocaine privilégie la stabilité du Dirham et anticipe un rebond technique de l’inflation sous-jacente dès 2027.
Comme attendu le taux directeur a été maintenu à 2,25%. Contre vents et marées, la Banque Centrale a fait le choix de la continuité. Pour la sixième fois consécutive, le taux directeur reste fixé à 2,25 %. Une décision de prudence absolue, décryptée par l’économiste de marché Abdesslam Kably, qui cache en réalité un jeu d’équilibriste économique entre inflation locale et incertitudes économiques mondiales.
Faible inflation : l’exception marocaine
Si l’on ne regardait que les chiffres de l’inflation domestique, la décision de Bank Al-Maghrib (BAM) pourrait presque surprendre. Alors que le monde entier redoute la cherté du coût de la vie, le Maroc reste très serein. L’inflation moyenne s’est établie à 0,3 % sur les huit premiers mois de l’année 2026.
Mieux encore, la Banque Centrale a profité de ce Conseil pour diviser par deux ses projections pour l’année en cours : elle n’attend plus que 0,7 % d’inflation globale en 2026 (contre 1,5 % prévu initialement). Cette prouesse, on la doit en grande partie aux subventions massives de l’État sur l’énergie et le transport, qui agissent comme un bouclier pour le portefeuille des ménages.
Dans un tel contexte de stagnation des prix, pourquoi Bank Al-Maghrib n’a-t-elle pas procédé à une baisse de son taux directeur pour donner un grand coup de fouet à l’économie et soutenir une croissance non agricole un peu timide (3,1 % prévus) ?
C’est ici qu’intervient l’analyse d’Abdesslam Kably. Bank Al-Maghrib fait face à un véritable dilemme extérieur. Si elle baisse son taux en dessous de 2,25 %, elle creuserait un fossé dangereux avec les grandes banques centrales occidentales — la Fed américaine et la Banque Centrale Européenne (BCE) — qui maintiennent des taux beaucoup plus restrictifs pour calmer leurs propres économies.
Rabaisser le loyer de l’argent au Maroc trop tôt risquerait de faire fuir les capitaux et de fragiliser le Dirham face à l’Euro ou au Dollar. De plus, la vigilance reste de mise en interne : sous la surface, l’inflation sous-jacente (qui exclut les prix volatils) montre des signes de reprise et devrait grimper à 2,2 % en 2027.
Statu quo : jusqu’à quand ?
Pour les observateurs du marché et l’économiste Abdesslam Kably, les conclusions sont claires : une hausse des taux est totalement exclue. L’économie a besoin de soutien, pas d’un coup de frein supplémentaire.
Mais pour une baisse, il faudra s’armer de patience. Bank Al-Maghrib a choisi de figer le temps pour observer la trajectoire des marchés internationaux. Selon les prévisions, le taux directeur de 2,25 % devrait rester notre réalité quotidienne au moins jusqu’aux premières réunions de l’année 2027. D’ici là, le Maroc continue de naviguer à vue, mais avec une boussole solidement ancrée dans la stabilité.
Encadré : Un taux directeur maintenu : qu’est-ce que ça change pour le portefeuille ?
Pour le citoyen marocain, le maintien du taux directeur à 2,25 % est avant tout une promesse de visibilité et de stabilité pour ses projets de vie. Concrètement, voici l’impact sur les démarches financières :
- Crédits immobiliers et à la consommation Pas de mauvaise surprise en vue. Les banques commerciales se finançant au même coût auprès de Bank Al-Maghrib, les taux d’intérêt des nouveaux crédits devraient rester stables. C’est le moment idéal pour négocier un taux fixe si vous achetez un logement.
- Crédits à taux variable en cours : Si le citoyen a déjà un prêt indexé sur les taux du marché, les mensualités ne bougeront pas à court terme. Le coût du crédit reste gelé à son niveau actuel.
- Épargne et placements :Les livrets d’épargne classiques et les comptes sur carnet ne verront pas leur rémunération augmenter. Dans un contexte où l’inflation est quasi nulle (0,3 %), l’épargne ne perd pas de valeur, mais elle ne rapportera pas plus qu’aujourd’hui.
Au final, le statu quo de la banque centrale crée une « fenêtre de tir » rassurante. Les conditions d’emprunt restent historiquement abordables au Maroc, sans risque de flambée des mensualités d’ici le début de l’année 2027.
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