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Economie

IA en entreprise : pourquoi 95 % des projets n’atteignent jamais l’échelle industrielle

intelligence artificielle IA

Tout le monde parle d’intelligence artificielle. Les directions générales en ont fait une priorité, les budgets se multiplient et les cas d’usage se succèdent. Pourtant, derrière l’effervescence des annonces, une réalité beaucoup moins spectaculaire s’impose. En effet, peu d’entreprises parviennent réellement à déployer l’IA à grande échelle. Entre données désorganisées, manque de gouvernance et résistance au changement, le passage du laboratoire à l’entreprise reste semé d’embûches.  Mais tout n’est pas perdu !

Pendant longtemps, la question était de savoir s’il fallait adopter l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, le débat a changé de nature. Les entreprises veulent comprendre comment en tirer une valeur concrète.

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Mais l’euphorie technologique bute sur la réalité de l’entreprise elle-même. Entre l’ambition affichée dans les comités de direction et la réalité du terrain, l’écart demeure important, mais pas impossible à combler.

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Lors de la rencontre organisée à Casablanca par PwC au Maroc et Alteryx, plusieurs retours d’expérience ont mis en lumière un constat partagé par de nombreux dirigeants, à savoir que si les projets d’IA ne manquent pas, les déploiements réussis, eux, restent rares. 

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L’accumulation de pilotes n’est pas une transformation

Dans de nombreuses organisations, les initiatives se multiplient. Les équipes expérimentent, développent des prototypes, participent à des ateliers d’innovation et testent de nouveaux outils. Pourtant, ces expérimentations peinent souvent à transformer en profondeur les modes de fonctionnement de l’entreprise. 

Les chiffres présentés lors de l’événement illustrent ce paradoxe. Selon les données partagées, près de 80 % des projets d’IA générative dépassent les attentes lorsqu’ils parviennent au stade de la production, mais seuls 5 % réussissent à être déployés à grande échelle au sein des organisations. 

Autrement dit, le problème n’est plus tant de démontrer que l’IA fonctionne que de parvenir à l’intégrer durablement dans les processus quotidiens.

L’IA désarmée face aux données « désorganisées »

Le premier obstacle est souvent moins visible que les algorithmes ou les interfaces conversationnelles. Il se trouve dans les systèmes d’information eux-mêmes.

Dans beaucoup d’entreprises, les données restent dispersées entre différents départements, stockées dans une multitude de fichiers ou produites selon des règles distinctes. Lorsqu’une organisation ne partage pas une définition commune de ses indicateurs, l’IA risque davantage de reproduire les incohérences existantes que de les corriger. 

L’exemple présenté lors de la conférence est révélateur. Pour un même chiffre d’affaires, trois départements peuvent aboutir à trois résultats différents, notamment 125,4 millions d’euros pour la finance, 112,7 millions pour les ventes et 108,9 millions pour les opérations, selon les méthodes retenues pour comptabiliser l’activité. 

Dans ces conditions, la question n’est plus celle de la puissance du modèle d’IA, mais de la qualité de l’information qu’on lui fournit.

L’autre enseignement des témoignages recueillis est que les freins ne sont pas uniquement techniques.

Les intervenants ont insisté sur le poids des facteurs organisationnels. Gouvernance incomplète, responsabilités mal définies, circuits de validation inchangés, manque d’appropriation par les métiers… autant d’éléments qui ralentissent les projets malgré les progrès technologiques. 

Les entreprises découvrent ainsi que l’intelligence artificielle ne transforme pas automatiquement une organisation. Elle oblige au contraire celle-ci à revoir ses processus, ses méthodes de travail et parfois même sa culture de décision.

La confiance, nerf de la guerre

À mesure que l’IA prend place dans des processus sensibles, une autre exigence apparaît : la confiance.

Les dirigeants veulent comprendre d’où viennent les données, comment un résultat est produit et qui peut en vérifier la validité. Cette préoccupation devient centrale dans les secteurs fortement réglementés où chaque décision doit pouvoir être expliquée et justifiée. 

L’enjeu dépasse dans ce cas de figure la performance technique. Une IA capable de fournir une réponse pertinente mais impossible à expliquer aura beaucoup de mal à être adoptée à grande échelle au sein de ces secteurs.

Comme l’ont rappelé les intervenants, la confiance repose sur quatre piliers : la visibilité des données, la compréhension des traitements, la reproductibilité des résultats et leur auditabilité. 

L’humain clé d’une adoption durable

Les retours d’expérience présentés durant la rencontre organisée par PwC au Maroc et Alteryx montrent également que la réussite repose en grande partie sur les collaborateurs.

Le déploiement de l’IA exige du temps, de la pédagogie et un accompagnement constant. Former les équipes à un outil ne suffit pas. Encore faut-il leur permettre d’expérimenter, d’échanger et de s’approprier progressivement les nouveaux usages. Autrement dit, la décision d’une adoption de l’IA doit être horizontale et non verticale dans ce sens où tous les maillions de la chaîne doivent se l’approprier.

L’exemple d’un grand groupe industriel marocain illustre cette réalité. Plus de 40 séances de coaching ont été nécessaires pour accompagner les premiers projets et aider les équipes à gagner en autonomie. L’objectif n’était pas seulement de former, mais de créer une dynamique durable autour des nouveaux usages de la donnée et de l’automatisation. 

Le retour d’expérience d’Orange France va dans le même sens. En quatre mois, le programme déployé a embarqué 140 collaborateurs, réduit jusqu’à 92 % le temps consacré à certains traitements et permis de générer 3 millions d’euros de gains financiers sur l’un des cas d’usage accompagnés. 

L’IA n’est pas une baguette magique

L’un des témoignages les plus marquants est venu du groupe bancaire européen CENORBANK. Son expérience rappelle que la maturité en matière de données et d’intelligence artificielle ne se construit pas en quelques mois.

L’établissement s’appuie aujourd’hui sur 1.600 workflows automatisés, 90 analystes de données utilisant quotidiennement la plateforme et 400 applications analytiques destinées aux métiers. Pourtant, cette évolution est le résultat d’une décennie de structuration progressive des données, des processus et des compétences internes. 

Cette trajectoire souligne une réalité souvent absente des discours marketing : l’industrialisation de l’IA relève davantage d’un marathon que d’un sprint.

Aujourd’hui, l’intelligence artificielle a atteint un niveau de maturité suffisant pour convaincre la plupart des décideurs de son potentiel. Ce qui différencie désormais les entreprises qui avancent des autres n’est plus l’accès à la technologie. Elle se joue dans la capacité à disposer de données fiables, à instaurer une gouvernance claire, à embarquer les équipes et à mesurer concrètement la valeur créée… et la durabilité dans la mise en œuvre. L’obstacle principal n’est plus la machine. Il est profondément humain et organisationnel.

Et c’est peut-être là le véritable paradoxe de cette révolution technologique : les entreprises qui réussiront l’IA ne seront pas nécessairement celles qui disposent des algorithmes les plus sophistiqués, mais celles qui sauront transformer leur organisation pour les rendre réellement utiles. 

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