Affaire des sardines : le gouvernement serait-il prêt à activer l’article 4 de la loi sur la liberté des prix ?

Ecrit par Lamiae Boumahrou I
L’affaire du vendeur des sardines de Marrakech a mis à nu un lobby d’intermédiaires qui contrôlent le marché, imposent leur loi et opèrent au vu et au su des pouvoirs publics. Aujourd’hui, face à ce constat alarmant, la question est de savoir si le gouvernement jouera-t-il la carte de l’article 4 de la loi sur la liberté des prix et de la concurrence pour mettre en place des mesures temporaires ? Aussi le Conseil de la concurrence va-t-il s’auto-saisir pour vérifier, si oui ou non, il y a entente sur les prix des sardines ?
Abdelillah, un simple vendeur de poissons à Marrakech, a semé la zizanie dans le milieu très fermé et impénétrable des vendeurs de poisson. La raison, Abdelillah a appliqué un tarif de sardines de 5 DH pour une marge de gain de 1 DH/Kg. Ce qui n’est pas illégal dans un marché de libre concurrence. Mais ce prix a dérangé ceux qui sucent le sang des Marocains en mettant à nu l’avidité de ceux qui contrôlent les marchés. Est-ce qu’il est normal que la sardine sort du port avec un prix entre 2 à 3 DH et arrive chez le consommateur à plus de 20 DH ? Une marge de plus de 15 DH pour des intermédiaires qui se sont enrichis depuis des années au grand dam des plus mal lotis.
Avec cette polémique créée, l’on s’attendait à une intervention rapide du gouvernement, au cas où il ne serait pas au courant (Sic), pour mettre la main sur les coupables ou une sortie médiatique pour expliquer les tenants et aboutissants de cette affaire. Sauf qu’à notre grande surprise, ou pas, une commission de suivi de l’approvisionnement, des prix et des opérations de contrôle de la qualité et des prix, s’est plutôt mobilisée pour contrôler ledit vendeur et carrément fermer le magasin de poisson en question pour des raisons pas encore dévoilées.
Une vraie fausse note du gouvernement qui, avec cette action, nous confirme que le pouvoir d’achat des Marocains est le dernier de ses soucis.
Et pour cause, face à une hausse des prix de la viande rouge et de la volaille, les sardines constituent la seule source de protéine accessible à une large frange de la population qui se débat dans les méandres de la pauvreté.
Une frange qui se trouve contrainte d’acheter la sardine même à 25 DH. La question est de savoir qui est responsable de cette situation ? Quelles sont les instances qui doivent intervenir pour mettre de l’ordre dans un marché ? N’y a-t-il pas comme un soupçon d’entente sur les prix, une des violations les plus flagrantes au droit de la concurrence ?
Ce qui est certain, le conseil de la concurrence a lancé une enquête approfondie sur les mécanismes de fixation des prix de la sardine vendue aux industriels après la détection d’éventuelles irrégularités dans la chaîne de distribution. C’est ce qu’a annoncé récemment Ahmed Rahhou, président du Conseil de la concurrence lors d’une rencontre avec les médias. L’objectif de cette enquête étant de vérifier si les règles de libre jeu du marché sont respectées ou si des pratiques anticoncurrentielles faussent l’équilibre du secteur.
En attendant les résultats de cette enquête, qui seront dévoilés dans les prochaines semaines, quid du prix de la sardine appliqué aux consommateurs finaux ? Le Conseil de la concurrence va-t-il s’auto-saisir pour enquêter sur des éventuelles pratiques d’entente sur les prix ? Le gouvernement doit-il recourir à l’article 4 de la Loi sur la liberté́ des prix et de la concurrence ?
Rappelons que le gouvernement a toujours une carte à sortir dans un marché de libre concurrence prévue par l’article 4 qui stipule « les dispositions des articles 2 et 3 ci-dessus ne font pas obstacle à ce que des mesures temporaires contre des hausses ou des baisses excessives de prix, motivées par des circonstances exceptionnelles, une calamité publique ou une situation manifestement anormale du marché́ dans un secteur déterminé́, peuvent être prises par l’administration, après consultation du Conseil de la concurrence. La durée d’application de ces mesures ne peut excéder six (6) mois prorogeables une seule fois ».
Le recours à cet article nous semble possible étant donné que le marché des sardines répond aux critères d’activation de cet article à savoir une situation manifestement anormale du marché́ où les prix sont trop élevés. Encore faut-il que le gouvernement ait une réelle volonté de mettre fin à l’anarchie et protéger le consommateur des intermédiaires avides et culottés.
