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Economie

Automobile : le secteur marocain face au mur européen des 70 %

Automobile Maroc

L’industrie automobile marocaine, véritable fleuron économique du Royaume, traverse une période charnière. Au premier semestre 2026, le secteur a affiché une belle réalisation avec des exportations en hausse de 17,4 % atteignant 93,65 Mds de DH, portées par un taux d’intégration locale de 69 %%. Mais derrière cette réussite se cache une réalité : plus de 280 000 emplois directs et autant de familles qui dépendent de cette filière. Aujourd’hui, ce modèle fondé sur une forte compétitivité à l’export fait face aux ambitions protectionnistes de son principal débouché : l’Union européenne.

La menace de la règle européenne des 70 %

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Porté par un compromis politique majeur entre la France et l’Allemagne, le futur Industrial Accelerator Act (IAA) prévoit d’introduire des critères stricts pour l’accès aux aides publiques et à la commande publique en Europe.

Baptisé règle des « 70 % », ce dispositif impose que 70 % de la valeur des composants d’un véhicule (hors batterie) soient produits sur le sol européen pour bénéficier des bonus écologiques et des subventions étatiques.

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Le nœud du problème pour le Maroc réside dans la définition géographique de cette mesure. Paris et Berlin ont choisi de limiter cet avantage aux 27 membres de l’UE et à de rares partenaires comme le Royaume-Uni ou la Suisse. Le Maroc et la Turquie se retrouvent pour l’instant exclus de ce cercle préférentiel. Si les véhicules produits à Tanger ou Kénitra pourront toujours être vendus en Europe, l’absence de bonus écologique sur les modèles électriques marocains risque d’alourdir leur prix face à la concurrence européenne.

Un calendrier industriel serré (2027-2028): les constructeurs et les sous-traitants installés dans le Royaume sont désormais engagés dans une course contre la montre. Le calendrier législatif européen ne laisse que peu de répit :

2027 : Vote & adoption finale de l’IAA par le Parlement européen

2028 : (1er janvier) Entrée en vigueur officielle

  •  Quota de 70% requis sur les composants hors batterie
  •  Entrée en vigueur d’un quota de 10% de composants européens pour les batteries

2035 : Objectif révisé de 90% de réduction des émissions de CO₂ en Europe

Cette trajectoire force le Maroc à mener une bataille avant le vote de 2027  pour adapter l’outil de production.

La vision de l’industrie : l’optimisme guidé par la formation 

Malgré l’ampleur du défi, les dirigeants du secteur refusent de céder au pessimisme. Interrogé sur ces bouleversements, Rachid Machou, président de l’Association Marocaine pour l’Industrie et la Construction de l’Automobile (AMICA), rappelle au micro de Medi1TV que la force du Maroc réside dans sa capacité d’adaptation et son capital humain.

Pour l’AMICA, la baisse globale des volumes sur le marché européen est aujourd’hui compensée par de nouvelles implantations et des extensions d’usines qui continuent de générer de l’emploi au niveau local. La clé de la résilience marocaine repose sur la mise à niveau technologique et la refonte des programmes de formation pour préparer la main-d’œuvre aux exigences de la mobilité électrique et connectée.

L’objectif immédiat du Royaume est d’accélérer l’intégration de sa propre filière de batteries à travers les projets de gigafactories en cours de développement. En densifiant son tissu de sous-traitance locale, le Maroc espère transformer cette contrainte réglementaire européenne en une opportunité de montée en gamme technologique, préservant ainsi sa place de partenaire industriel indispensable de l’Europe.

Face à la règle du « Double 70 » et à l’Industrial Accelerator Act (IAA), les deux géants automobiles français, Renault et Stellantis, se retrouvent dans une position paradoxale et complexe. 

S’ils soutiennent publiquement le principe d’une défense industrielle européenne face à la déferlante des marques chinoises, ils se retrouvent piégés par leurs propres stratégies de délocalisation au Maroc et en Turquie.

Initialement, Renault, Stellantis et Volkswagen avaient fait front commun auprès du Parlement européen pour pousser l’adoption d’un label « Made in Europe » basé sur un contenu local de 70 %. Cependant, les deux constructeurs français ont mené un intense lobbying en coulisses pour obtenir une clause de droits acquis ou une dérogation géographique.

Le leitmotiv est de protéger les investissements massifs déjà réalisés. L’Association des constructeurs européens (ACEA) plaidait pour ne pas sacrifier des chaînes de valeur déjà intégrées à l’écosystème européen.

Le résultat : La Commission européenne et le compromis franco-allemand ont catégoriquement rejeté cette demande, réservant les aides aux seuls pays de l’UE (et au Royaume-Uni sous conditions). 

Renault : Le constructeur le plus exposé

Officiellement, la firme au losange salue l’accord ambitieux de Paris et Berlin. Officieusement, c’est le désappointement le plus total. Renault est structurellement beaucoup plus dépendant de ses bases de production hors-UE que ses concurrents.  L’usine de Tanger doit lancer en 2027 la production de la nouvelle Dacia Sandero 100 % électrique. Avec la nouvelle réglementation, ce modèle phare — qui fait le succès du groupe grâce à son prix imbattable — sera privé de bonus écologique en Europe, ce qui bousculera sa compétitivité tarifaire.

À l’inverse, Stellantis affiche une satisfaction beaucoup plus nette face au compromis franco-allemand. Le groupe dirigé par Carlos Tavares a configuré ses usines de manière différente.

Bien que Stellantis possède une usine performante à Kénitra et prévoyait d’y étendre ses capacités, une part importante des véhicules produits sur place (comme les futurs Fiat Fastback et Grizzly) est stratégiquement orientée vers le marché local marocain, l’Afrique et le Moyen-Orient.

Stellantis rappelle que 85 % de ses voitures et 94 % de ses utilitaires vendus en Europe sont produits au sein de l’UE. Les modèles phares comme la Peugeot 208 électrique disposent déjà de lignes d’assemblage en Espagne et en Slovaquie, ce qui met le groupe à l’abri du couperet de l’IAA.

Si le texte est définitivement adopté lors du vote de décembre 2026, Renault et Stellantis devront faire des choix cornéliens. Pour ne pas perdre les subventions européennes, ils devront soit augmenter massivement la part de pièces achetées directement en Europe pour leurs usines marocaines, soit rapatrier certaines lignes de production électrique vers le Vieux Continent, une option extrêmement coûteuse qui ferait grimper le prix final des voitures pour les consommateurs.

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