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Economie

Batteries LFP aux prix d’aujourd’hui… depuis les installations solaires jusqu’à la flexibilisation du réseau

Batteries LFP

Pour éviter les considérations théoriques trop complexes, nous allons partir d’un cas concret à échelle réduite pour généraliser vers les systèmes de stockage d’électricité de grande taille (BESS).

Sauf mention contraire, les données traitées proviennent, de relevés de l’index de compteur basse tension du distributeur d’électricité, relevés plus ou moins réguliers mais suffisamment fréquents (entre un mois pour les plus anciens et un jour pour les plus récents) pour l’usage qui en sera fait dans l’article :

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  • durant une première période six ans entre Octobre 2013 et Septembre 2019, l’alimentation électrique n’était assurée que par le réseau électrique basse tension,
  • durant une deuxième période six ans entre Octobre 2019 et Mars 2026, la satisfaction des besoins est assurée par :
    • l’autoproduction d’électricité d’une installation solaire photovoltaïque de 4,4 kWc: 75% de la demande d’électricité étant consommée en plein jour ; il s’avérera que la dite deuxième période a permis d’atteindre un taux d’autoconsommation moyen[1] de 55% (part de l’électricité solaire produite et consommée sur place),
    • le reliquat, de 45% en moyenne, étant bien sûr complété par le réseau.
  • une troisième période, de six mois cette fois-ci, entre Avril 2026 et Octobre 2026, durant laquelle la satisfaction des besoins est assurée par :
    • l’autoproduction d’électricité de la même installation assistée d’une batterie de 5 kWh de technologie LFP (Lithium Fer Phosphate, le plus courant aujourd’hui dans les voitures électriques et les systèmes de stockage d’énergie dur batterie dits BESS) ; il s’avérera que la dite troisième période a permis d’atteindre un taux d’autoconsommation moyen de 72%,
    • le reliquat, de 28% en moyenne, étant bien sûr complété par le réseau.

 AVEC OU SANS SOLAIRE PHOTOVOLTAÏQUE 

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Figure 1 Treize années de données à cheval sur une installation solaire réalisée en Octobre 2019

Dans la Figure 1 :

  • les ronds verts (○) représentent l’évolution des relevés de compteur avant l’installation solaire (période 1) ; ceux-ci coïncident avec la consommation cumulative totale d’électricité,
  • l’installation de 4,4 kWc étant en service depuis Octobre 2019 (périodes 2 et 3), les ronds roses (○) représentent l’évolution du relevé de compteur du distributeur auquel a été ajouté le relevé d’un dispositif de comptage privé interne permettant de calculer la consommation d’électricité cumulative totale (solaire + réseau) :
    • les ronds bleus (○) représentent l’évolution du relevé de compteur pendant la période 2 seule (solaire 4,4 kWc sans batterie ayant produit 1,73 kWhac/Wc sur la période),
    • les ronds rouges (○) représentent l’évolution du relevé de compteur pendant la période 3 seule (solaire 4,4 kWc avec batterie de 5,5 kWh),

L’analyse des données de la Figure 1 par les corrélations linéaires montrées en lignes continues donne :

  • une cadence moyenne de consommation totale qui :
    • était de 18,77 kWh/jour, soit 568 kWh/mois en moyenne avant le solaire (ligne verte),
    • est passée à 20,55 kWh/jour, soit 622 kWh/mois en moyenne après (ligne rose).
  • une cadence moyenne de prélèvement sur le réseau électrique du distributeur qui :
    • était de 18,77 kWh/jour, soit 568 kWh/mois en moyenne avant le solaire (ligne verte),
    • est passée à 9,20 kWh/jour, soit 278 kWh/mois en moyenne après (ligne bleue).

Ainsi donc, à la lumière des données des six ans de la période 2, on peut considérer qu’avec le taux d’autoconsommation de 55%, le solaire dans la Région de Marrakech a permis une économie d’énergie moyenne de 344 kWh/mois (obtenue par 622 ‑ 278) qui, pour un investissement entre 36 et 40’000 Dh TTC et une électricité autour de 1,5958 Dh/kWh (tranche 6), permettrait un temps de retour entre 70 et 78 mois (autour de six ans) : on peut transposer ces résultats en modifiant l’économie d’énergie au prorata du produit de l’ensoleillement local par le taux d’autoconsommation,

 SOLAIRE AVEC OU SANS BATTERIE 

L’ajout à l’installation d’une batterie chargée par l’électricité solaire permet surtout de d’éviter de prélever sur le réseau électrique la nuit et, de façon générale quand le solaire est insuffisant[2].

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Figure 2 Treize mois de données à cheval sur l’ajout d’une batterie effectuée en Avril 2026

A défaut de disponibilité de données d’une année complète pour la période 3, la Figure 2 n’a retenu que les six derniers mois de la période 2 pour rester proche de la durée et de la consommation la période 3 :

  • les ronds bleus (○) représentent l’évolution du relevé de compteur des six derniers mois de la période 2 (solaire 4,4 kWc sans batterie),
  • les ronds rouges (○) représentent l’évolution du relevé de compteur pendant pour la période 3 (solaire 4,4 kWcavec batterie de 5,5 kWh).

Pour six mois, l’analyse des données de la Figure 2 par les corrélations linéaires montrées en lignes continues donne une cadence moyenne de prélèvement sur le réseau électrique du distributeur qui :

  • était de 10,96 kWh/jour (et non plus 9,20), soit 332 kWh/mois sans le PV (ligne bleue),
  • est passée à 6,49 kWh/jour, soit 196 kWh/mois après (ligne rouge).

Ainsi donc, grâce à la comparaison des données des six mois de la période 2 avec ceux de la période 3, l’insertion d’une batterie LFP dans le système a permis de hausser le taux d’autoconsommation de 55 à 72% et une économie d’énergie moyenne de 136 kWh/mois (obtenue par 332 ‑ 196) qui, selon un investissement en batterie entre 13 et 15’000 Dh TTC et une électricité autour de 1,1676 Dh/kWh (tranche 4), permettrait un temps de retour entre 81 et 94 mois (sept à huit ans). En l’état, ces données peuvent être transposables géographiquement et pour d’autres cas similaires.

Toutefois, il convient de faire plusieurs remarques importantes avant d’aller au-delà :

  • Si la cadence de 10,96 kWh/jour était exactement celle de la période 3, alors 4,47 kWh/jour (obtenue par 10,96 – 6,49) serait exactement l’énergie restituée par la batterie de 5 kWh ce qui donnerait un rendement moyen calculé de 89%, un meilleur que certaines valeurs conservatrices fréquemment retenues, ce qui supposerait d’augmenter les temps de retour en conséquence.
  • Au Maroc, même si les Droits de Douanes applicables aux cellules lithium sont plus faibles, les taux applicables aux batteries complètes atteignent 40%, ce qui fait que les batteries LFP pourraient coûter entre 73 et 79% des valeurs indiquées plus haut si celles-ci étaient taxées comme nombre de produits courant (entre 2,5 et 10% selon l’existence d’accord de libre-échange ou non). Une baisse des Droits de Douanes des batteries LFP supposerait de baisser augmenter les temps de retour en conséquence.

 DE BATTERIE DE SYSTÈME SOLAIRE À BESS POUR FLEXIBILISER LE RÉSEAU 

Nous retiendrons qu’un système BESS destiné à l’ONEE pour la flexibilisation du réseau électrique, pourra, assurément :

  • restituer plus de 85% de sa capacité nominale puisque les grands BESS sont, in fine, constitués des mêmes cellules que les batteries destinées aux voitures ou aux systèmes solaires décentralisés,
  • être importé au Maroc sans Droits de Douane et Taxes à l’Importation dans le cadre de la Charte de l’Investissement qui favorise massivement l’investissement industriel et nous allons donc nous référer à des prix internationaux.

Comme les Systèmes de Transfert d’Energie par Pompage (ou STEP), les BESS sont devenus des moyens efficaces de restituer, aux heures de pointe, de l’électricité qui aurait été stockée aux heures d’excédent.

Pour les projets en EPC (raccordement au réseau clés en main inclus), les appels d’offres les plus récents de BESS dans les zones hautement compétitives comme l’Arabie Saoudite, l’Italie ou l’Inde affichent un coût global de projet entre 115 US$ et 125 US$/kWh[3] pour des volumes livrés comparables à l’appel d’offres de l’ONEE-BE pour 1’600 MWh. Tant que le montant exact de son adjudication finale n’aura pas encore été rendu public, il restera légitime de retenir 125 US$/kWh, soit environ 1’200 Dh/kWh et un total de 1,92 GDh (milliards de Dh) pour restituer 496 GWh/an (1,6 x 85% x 365).

A ce stade, tout dépend de ce que l’on met face à ce BESS dans un tableau d’amortissement :

  • Si l’on économise de l’électricité produite, aux heures de pointe, par une turbine à gaz (TAG) alimentée par du fuel ou du gaz naturel, il n’est pas contestable[4] de considérer moins de 1,5 Dh/kWh produit puisqu’on parle même de 2,0 Dh/kWh produit[5]. Le temps de retour simple est alors de moins de 31 mois (moins de trois ans !).
  • Si l’on économise l’import d’électricité espagnole pour une moyenne de 0,57 Dh/kWh importé[6], le temps de retour simple devient alors de 81 mois (moins de sept ans).

En conclusion, actionner un système de stockage d’énergie sur batterie (BESS) s’avère beaucoup plus rentable face au démarrage d’une TAG que face à une importation d’électricité. Beaucoup d’Etats l’ont compris et dans la liste ne figurent plus que des inconditionnels des renouvelables comme l’Australie Méridionale mais aussi des conservateurs comme le Texas. Le Centre de Dispatching du Maroc devra donc bien choisir l’adversaire le plus rentable des BESS … même s’il est vrai que, d’une pierre deux coups, leur répartition territoriale réduit aussi les pertes en ligne, ce que les STEP ne font pas !

Par Amin BENNOUNA (sindibad@uca.ac.ma)

 RÉFÉRENCES 

[1] Amin Bennouna, « Impact of self-consumption and regulatory approaches on the profitability of a grid-connected PV setup plant for a net-zero emissions villa in Morocco« , Clean Energy Science and Technology (ISSN: 2972-4910), 17 February 2025, 3 (2025) Pages 296-313, https://cest.usp-pl.com/index.php/cest/article/view/296, https://DOI.ORG/10.18686/cest296

[2] Amin Bennouna, « Le couple batteries & solaire offre désormais, en plus de l’inertie, un coût très compétitif« , EcoActu, 08 July (2025), https://ecoactu.ma/le-couple-batteries-solaire-offre-desormais-en-plus-de-linertie-un-cout-tres-competitif/

[3] Ember, The Global Energy Think Tank that accelerates the clean energy transition, « How cheap is battery storage? » https://ember-energy.org/latest-insights/how-cheap-is-battery-storage/

[4] Amin Bennouna, « Pourquoi a-t-on lancé tant d’appels d’offres et à manifestation d’intérêt pour des turbines à gaz ?« , EcoActu, 21 April (2025), https://ecoactu.ma/pourquoi-a-t-on-lance-tant-appels-doffres-et-a-manifestation-dinteret-pour-des-turbines-a-gaz/

[5] Cour des Comptes,  « Rapport sur le système de compensation« , 2014, https://www.courdescomptes.ma/wp-content/uploads/2023/01/RapportSystemeCompensationMaroc_2014_Fr.pdf

[6] Amin Bennouna, « Facture énergétique du Maroc de 2025 améliorée vers une ‘zone orange’ mais… aucun pronostic pour 2026« , EcoActu, 09 May (2026), https://ecoactu.ma/facture-energetique-du-maroc-de-2025/

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