Budget 2027 : Fouzi Lekjaa promet le social tout en serrant la vis du déficit

C’est un véritable changement de cap idéologique qu’a tenté d’amorcer Fouzi Lekjaa, le tout nouveau ministre des Finances et de l’Économie, lors de la présentation du projet de loi de finances pour 2027 devant les parlementaires. Un an après les vives tensions sociales portées par la « GenZ » et la crise migratoire survenue à Sebta, le gouvernement fraîchement coalisé affiche ses priorités : le pouvoir d’achat, les services sociaux et l’emploi des jeunes.
Pour financer ce virage, l’État prévoit de mobiliser une enveloppe massive de 62 Mds de DH. Parmi les mesures phares, on retient une réforme fiscale choc : l’exonération totale d’impôt sur le revenu pour les salaires inférieurs à 10.000 dirhams par mois, une disposition qui devrait théoriquement redonner de l’air à 87 % des salariés marocains. Le plan prévoit également une refonte des circuits de distribution des produits de première nécessité, des revalorisations de pensions de retraite et des aides ciblées.
L’autocritique inattendue du modèle libéral
Le moment le plus marquant de cette intervention reste sans doute le réquisitoire direct du ministre contre les dérives économiques passées. Rompant avec la langue de bois habituelle, Fouzi Lekjaa a pointé du doigt un « capitalisme sauvage et un néolibéralisme » coupables, selon lui, d’avoir alimenté les fractures sociales. En fustigeant un modèle qui a trop longtemps privilégié les rentes, les monopoles et les profits rapides au détriment de la régulation, le ministre prône un retour en force de l’État pour moraliser la vie publique et garantir la souveraineté alimentaire et énergétique du Royaume.
L’analyse critique : le grand écart des chiffres
Si le discours se veut rassurant et proche des citoyens, l’équation macroéconomique présentée par l’exécutif laisse plusieurs observateurs sceptiques.
- L’illusion d’un déficit à 3 % ? Fouzi Lekjaa promet de maintenir le déficit budgétaire stable à 3 % du PIB. Tenir un tel cap tout en multipliant les cadeaux fiscaux (baisse de l’impôt sur le revenu) et en augmentant drastiquement les dépenses sociales relève du tour de force, sinon du vœu pieux. Sans nouvelles recettes fiscales majeures ou une réduction drastique du train de vie de l’État, le risque d’un dérapage de la dette publique reste entier.
- Une croissance trop dépendante du ciel : Le gouvernement a dû revoir ses ambitions à la baisse, tablant sur une croissance de 3,7 % en 2027 (contre les 4,7 % initialement espérés cette année). En justifiant ce recul par la prévision d’une « campagne agricole moyenne », le pouvoir avoue à demi-mot que l’économie marocaine, malgré les efforts de diversification industrielle, reste structurellement tributaire des aléas climatiques et de la pluviosité.
- Le défi de l’exécution : Promettre des hausses de pensions et des exonérations est une chose, démanteler les réseaux de rente et les monopoles solidement ancrés en est une autre. La lutte contre la corruption et les conflits d’intérêts annoncée par le ministre exigera un courage politique qui dépasse le simple cadre d’une loi de finances.
En somme, ce budget 2027 ressemble à un pari politique hautement sensible : acheter la paix sociale et relancer la consommation de la classe moyenne, tout en croisant les doigts pour que la conjoncture internationale et le ciel soient cléments.


