Qu’importe la cacophonie des taux, pourvu qu’il y ait la croissance

Ecrit par I. Bouhrara |
Pour ce mois d’avril, les prévisions actualisées de la croissance pour le Maroc en 2023, oscillent entre 2,6%, le scénario le plus pessimiste et 5,4% pour le scénario le plus optimiste. L’un des écarts les plus marquants est celui entre BAM et le HCP. Mais ce qui est sûr est que les prévisions sont nettement meilleures que 2022, malgré la persistance de grands risques.
Souvent la cacophonie des taux et des prévisions de croissance intrigue et est même critiquée vu ses effets, mais après ce que nous vivons depuis Covid-19, une reprise économique même des plus timides et des plus lentes est rassurante. Et ce, à plus d’un titre. Nous vivons dans un attentisme limite devenu morbide et une conjoncture qui fluctue d’un jour à l’autre. Les doutes sur la croissance plombent le moral surtout des patrons et des investisseurs.
Alors pour ce mois d’avril, nous avons donc les données et prévisions actualisées d’une croissance certes fragile empreinte d’incertitudes, mais qui se situerait aux alentours de 3% ou 3,1%.
A commencer par la Banque centrale qui table sur 2,6% de croissance en 2023, la prévision la plus prudente, passant par 3,3% du HCP à la prévision la plus optimiste de 5,4% du CMC sous conditions optimales, bien loin des 4% prévus dans la LF 2023.
Dans la mise à jour d’avril de leurs projections économiques du Maroc, la Banque mondiale table sur 3,1% alors que le FMI s’attend à 3% de croissance au Maroc en 2023.
L’arrêté des comptes du HCP révèle 3% au T1 2023 contre seulement 0,3% au T1 2022, sous l’effet du redressement de secteurs ayant pâti frontalement des mesures sanitaires de par le monde et au Maroc. Notamment un secteur vital de l’économie nationale, le tourisme qui poursuit le redressement affiché depuis la mi-2022 et qui affiche presque un triplement des arrivées et des nuitées touristiques auraient plus que triplé et des recettes voyages quadruplés au premier trimestre 2023.
L’activité des transports aurait, pour sa part, poursuivi son redressement, tiré par l’affermissement du trafic aérien.
Sans oublier une campagne agricole un peu mieux lotie que celle de 2022 et qui se traduit par un redressement de l’activité agricole.
Ce premier trimestre 2023 qui vient de s’achever a également été marqué par une demande intérieure en légère accélération contribuant pour 1,8 point à la croissance du PIB, au lieu de 0,8 point au cours de la même période de l’année passée. Cette amélioration aurait été attribuable au renforcement de la consommation publique de 4,6%. La consommation des ménages se serait, pour sa part, maintenue au rythme de 2,7%, dans un contexte de poursuite de repli du pouvoir d’achat des ménages pour le troisième trimestre consécutif. Le revenu nominal des ménages se serait légèrement amélioré sous l’effet du maintien des transferts extérieurs et de la faible dynamique de l’emploi, mais l’inflation aurait bondi dans le sillage de l’escalade des prix des produits alimentaires.
Le spectre de l’inflation n’est pas près de se dissiper
Que ce soit le HCP ou BAM, les données sur l’inflation sont flippantes, mais il se pourrait que nous nous rapprochions de la fin du clavaire sans pour autant espérer retrouver ce tour de taille de guêpe qu’est le sacrosaint 2% d’inflation.
En effet, après avoir atteint 6,6% en 2022, son plus haut depuis 1992, l’inflation devrait rester à des niveaux élevés à moyen terme. Elle ressortirait en 2023 à 5,5% en moyenne et sa composante sous-jacente se situerait à 6,2%, soit une révision à la hausse de 2 points de pourcentage par rapport à la prévision de décembre dernier de BAM.
En 2024, sous l’hypothèse que les pressions aussi bien internes qu’externes continueraient de s’atténuer, la tendance fondamentale des prix se situerait à 2,3%, mais le démarrage programmé de la décompensation des prix des produits subventionnés devrait maintenir l’inflation globalement à un niveau élevé, soit 3,9%, selon BAM. Quoique dans le contexte actuel, une décompensation semble très peu probable.
Les chiffres du HCP sont beaucoup plus récents et relèvent des pressions inflationnistes accentuées, avec une hausse des prix à la consommation de 9,4%, au lieu de +8,3% au trimestre précédent et +4% un an plus tôt. C’est au niveau des prix de la composante alimentaire où ces pressions se seraient le plus manifestées, avec une hausse historique de +18,2%, tandis que les prix des produits non-alimentaires auraient augmenté de 3,5%.
Perspectives fragiles mais encourageantes
Dans un contexte d’exacerbation des tensions géopolitiques, de flambées des intrants, de volatilité des marchés des matières premières, le Maroc doit poursuivre l’objectif de souveraineté et renforcer la résilience des chaînes d’approvisionnement et la production locale.
L’autre défi qui s’est révélé début 2023 et qui s’ajoute aussi bien aux perturbations dues à la pandémie et à la guerre en Ukraine, celui de la stabilité financière.
Là encore c’est un sujet à suivre de près pour prémunir la résilience dont le secteur financier marocain a fait montre depuis 2008.
En dépit de cette conjoncture sujette à incertitude, d’une croissance plutôt fragile et d’une inflation indomptable, le Maroc pourra compter cette année sur la progression de 4,3% de la demande qui lui est adressée. Ce qui se traduit par une contribution de 0,9% à la croissance nationale.
La demande intérieure nationale est également soutenue par la progression de 3,7% des dépenses de consommation des administrations publiques, selon les estimations du HCP. La hausse des dépenses de consommation des ménages resterait modérée et l’investissement s’inscrirait en repli, dans le sillage des perspectives de poursuite du recul des activités de construction.
Dans ces conditions, les industries manufacturières réaliseraient une croissance de 2,1% au deuxième trimestre 2023, tirées par un redressement des industries chimiques. Au total, la valeur ajoutée hors agriculture afficherait une progression de 3,2%, en variation annuelle, au deuxième trimestre 2023.
Dans l’ensemble, l’activité économique afficherait une amélioration de 3,2%, au deuxième trimestre 2023, en variation annuelle, au lieu d’une hausse de 2% au cours de la même période de l’année passée.
Toujours est-il que c’est en deçà des 4% contenus dans la LF 2023. Cela confirme le maintien de la croissance dans un cycle atone avec une fourchette de croissance qui peine à décoller.
Mais le contexte actuel et vu les prévisions aussi bien mondiales que régionales, c’est une bouffée d’oxygène.

