Code de la route, ordre public et bien-être

Ecrit par Imane Bouhrara I
Dans une métropole comme Casablanca, le phénomène du non-respect du Code de la Route, qui rappelons-le est une loi, est devenu incontrôlable. Circuler en voiture dans le Grand Casablanca est devenu un parcours de combattant face aux infractions multiples et récurrentes sans que cela ne semble inquiéter outre mesure. Au contraire, cela prend de l’ampleur accouplé d’un incivisme sur la route qui met les nerfs à rude épreuve.
Permettez-moi de vous décrire un trajet-type que je fais quotidiennement qui ne dépasse pas les 2 Km pour chercher mes enfants à l’école mais qui résume à lui seul l’étendue du phénomène.
Ça commence en général par une contrariété à la sortie du garage, s’il n’y a pas une voiture le bloquant, il y en a toujours une qui gêne la sortie du véhicule car mal garée ou en double file dans une étroite ruelle. Ensuite, il s’agit d’emprunter une voie où la circulation est sensée être en sens unique, pourtant, une fois sur deux, il y aura une deux roues et une fois sur cinq carrément une voiture ou vanne roulant en sens interdit qui fonce sur vous sachant qu’au bout de la ruelle il y a bien une caméra qui filme la scène.
Puis vient le moment fatidique où il faut passer devant des magasins de moyenne surface et croiser les doigts pour ne pas tomber nez à nez avec les camions de livraisons de marchandises dont la taille peut aller du petit véhicule utilitaire au camion porte-container. Pauvre code de la route.
Bien évidemment à ce stade vous avez certainement déjà croisé une dizaine de piétons qui marchent sur la chaussée et qui prennent un malin plaisir à déambuler lentement jusqu’à ce que leur prennent l’envie de vous céder le passage et une ou deux trottinettes électriques virevoltantes dont les conducteurs ne portent aucune protection si ce n’est des écouteurs qui les empêchent même d’entendre les vrombissements des voitures qui s’impatientent dernière. Voilà comment pervertir un bel levier de mobilité durable en un véritable danger ambulant. Et les livreurs ? Les chantres de l’incivisme routier pourtant ils sont tête de liste des victimes des accidents de la circulation.
Et les gardiens, on en parle ? Tels des Iron men qui déambulent ou s’ils sont menus de sifflet se prennent pour des agents de circulation. Mais il y en a un qui franchit la limite du tolérable en posant sa chaise sur la chaussée à côté des voitures, comme si l’on n’était pas déjà à l’étroit.
Je n’oublie pas également ce distributeur particulier de voitures qui vu l’étroitesse de son showroom a annexé une partie du trottoir et de la chaussée comme une extension naturelle de son espace de vente.
Et quand on parvient à la grande artère après avoir slalomé comme Raphael Haaser, impossible de souffler et se détendre parce que là encore, il y a les voitures en double file pour faire leur omelette et acheter leurs brioches et de ceux qui roulent encore, il y a toujours quelqu’un qui croit que les traits dans le sol sont juste le résultat d’un coloriage parce que l’Etat s’ennuyait et non pas tracé pour chacun puisse rouler dans son couloir. Et si jadis dans les cours de conduite on nous apprenait qu’il faut respecter la ligne continue et l’imaginer comme un mur érigé et séparant de l’autre voie de circulation, il faut croire qu’avec le temps ce mur a bel et bien disparu à jamais.
Certains oublient aussi que si l’envie leur prenait de changer de direction d’en alerter les autres conducteurs, en actionnant son clignotant. Oui, oui, certains imaginent bien que ce « truc » à côté du volant est un gadget et non un outil de communication entre conducteurs pour signaler un dépassement ou un changement de voie. C’est un peu la spécialité des ovnis rouges et blancs : les taxis, le Code de la route ça les connaît ! Mais passons.
Vient alors la grande épreuve du rond-point mais alors là, il faut avoir l’estomac accroché car c’est le vertige assuré, comme dans un manège. Non seulement personne ne respecte la priorité, ni les couloirs ni utilise le clignotant pour changer de voie, mais en plus lors que vous croisez un bus et que vous êtes dans le couloir du milieu et lui dans le couloir de droit, sachez qu’il va tout de même prendre l’extrême gauche dans le rond-point même s’il sait et voit qu’il va bloquer tout le monde.
Pauvres panneaux de signalisation comme des orphelins, ils doivent bien se poser des questions existentielles « est-ce que j’existe, ne me voient-ils pas, n’ont-ils aucune considération… ».
Si je suis encore indemne, je quitte la grande artère pour une petite ruelle et là, il faut rester bien accrocher puisqu’en raison des chantiers de construction, vous allez en croiser des grands engins et vous en aurez des sueurs froides. On dirait que personne n’en rien à cirer et que tous sont en acier ! Et voilà comment un trajet qui doit prend 5 minutes s’étale à 15 ou 20 selon les heures de pointe et comment une petite expédition devient un circuit de Jumanji ! Vous imaginez que tout au long et en sus, les usagers parfois le téléphone accroché à l’oreille, se lancent généreusement de délicates amabilités !
Je vous épargne ce qui arrive sur de plus longs trajets, vous devez bien savoir ce que j’allais dire car nous vivons tous ce calvaire des mains ou des pieds de nos semblables.
Blague à part, bien que ce qui est décrit n’a rien de drôle mais cet incivisme routier et infractions au Code de la route cache un problème bien plus grave et bien plus dangereux : si les gens ne se cachent pas pour faire des infractions à la loi de la route au su et au vu de tous quid des autres lois et quid de l’ordre public face à ce désordre grandissant ? Je ne parle même pas du bien-être et du bon vivre ensemble que doit garantir la loi et sur lequel doit veiller l’autorité administrative.
Sur ce, roulez prudents et surtout roulez responsables.

