Comment redresser la situation de l’emploi au Maroc ?

La situation de l’emploi au Maroc en 2023 a été marquée par une détérioration très inquiétante. Le Centre marocain de conjoncture (CMC) s’est penché dans sa dernière lettre de conjoncture sur les facteurs de cette détérioration mais également sur les perspectives de redressement
Ainsi il ressort de l’analyse du CMC que plusieurs facteurs interconnectés sont responsables de cette évolution défavorable du marché du travail. En tête arrivent les conditions climatiques défavorables et les fluctuations économiques mondiales.
En effet, l’agriculture, traditionnellement, pilier de l’économie rurale, a subi de plein fouet les effets d’une sécheresse sévère, entrainant un déficit net de 202.000 emplois à l’échelle nationale. Cette situation est d’autant plus préoccupante qu’elle représente une part non négligeable de l’emploi rural et contribue de manière substantielle à l’économie du pays.
Au-delà de l’effet climatique sur le secteur agricole, la situation de l’emploi a également été influencée par les dynamiques complexes au sein des branches du Bâtiment et Travaux Publics (BTP) et des Services précisent les analystes du CMC.
« Ces sphères, ont connu des fluctuations notables susceptibles de révéler les tendances sous-jacentes et les facteurs structurels qui caractérisent le marché du travail. Le BTP, traditionnellement, un moteur important de l’emploi et de la croissance économique, a affiché une relative résilience, avec la création de 19.000 postes d’emploi au niveau national », lit-on dans la note de conjoncture.
Toutefois, ce secteur est aussi connu pour sa volatilité influencée par les cycles économiques et la disponibilité des investissements publics et privés. Ceci pose des questions quant à la durabilité de ces emplois et la nécessité d’une planification à long terme pour assurer leur stabilité.
D’autre part, les services, qui englobent un large éventail d’activités économiques allant de l’éducation et la santé, en passant par l’hôtellerie et la restauration, ont connu une augmentation de 15.000 recrues.
Cette croissance est principalement due à une expansion en milieu urbain, où 33.000 nouveaux emplois ont été créés, tandis qu’une destruction de 18.000 emplois a été enregistrée en milieu rural. Toutefois, cette croissance des services en milieu urbain soulève des questions sur l’équilibre entre les emplois créés et la qualité de ces emplois.
L’analyse de la dépression de l’emploi nécessite, également, une attention particulière aux secteurs du commerce et de l’industrie, y compris l’artisanat, qui ont subi des transformations notables, répercutées sur le marché du travail.
Le commerce s’est distingué par une perte conséquente d’emplois, avec plus de 74.000 actifs. Cette contraction révélatrice reflète les paris auxquels il est confronté, notamment la concurrence accrue, les mutations des habitudes de consommation et l’impact des technologies numériques sur le commerce traditionnel.
En parallèle, l’industrie, avec l’arti- sanat, présentent une dynamique contrastée. Avec la création de 7.000 emplois au niveau national, l’industrie montre des signes de résilience et d’adaptation aux nouvelles réalités économiques. Cette croissance modeste, suggère une diversification des activités industrielles et une valorisation de l’artisanat, qui reste un secteur clé pour l’emploi.
Quid des perspectives de redressement ?
Le CMC précise que la revitalisation des activités, liées à l’agriculture et au commerce est une nécessité. La conception et la mise en œuvre de stratégies de redressement doivent s’articuler autour de mesures concrètes visant à moderniser ces secteurs et à stimu- ler l’investissement, dans le but de générer une crois- sance durable et inclusive. L’agriculture, étant la partie la plus affectée par les conditions climatiques défavorables, requiert une attention particulière.
Sa modernisation peut être réalisée à travers l’adoption de technologies agricoles avancées et de pratiques de gestion durable des terres et de l’eau. L’investissement dans des systèmes d’irrigation efficaces, la promotion de l’agriculture de précision et l’introduction de variétés de cultures résilientes au climat sont des mesures qui peuvent contribuer à augmenter la productivité agricole.
En parallèle, le commerce, confronté à une suppression remarquable d’emplois, nécessite des initiatives visant à stimuler la revitalisation et l’innovation. Cela peut inclure, outre la création d’un environnement favorable à l’investissement, le soutien aux petites et moyennes entreprises (PME) commerciales par des dispositifs de financement avantageux et des pro- grammes de mentorat. L’intégration du commerce dans l’économie numérique, à travers l’encouragement du commerce électronique et l’amélioration de la logistique, peut ouvrir de nouvelles avenues pour la croissance et l’emploi.
Pour répondre efficacement aux enjeux actuels du marché du travail, il est impératif d’élaborer et de mettre en œuvre des politiques d’emploi et des pro- grammes de formation adaptés. Ces initiatives doivent viser à améliorer la compétitivité et l’employabilité, tout en anticipant les besoins futurs, dans un contexte économique en perpétuelle évolution. Lesdites politiques doivent s’articuler autour de la création d’un environnement propice à la génération d’emplois de qualité et à l’entrepreneuriat.
Cela peut inclure des mesures incitatives pour les entreprises qui embauchent des jeunes et des chômeurs de longue durée, ainsi que des allégements fiscaux et des subventions pour les secteurs stratégiques à fort potentiel d’emploi. Il est, par ailleurs, fondamental de renforcer le dialogue social entre les gouvernements, les employeurs et les syndicats pour accommoder des stratégies d’emploi inclusives et durables, qui prennent en compte les intérêts de toutes les parties prenantes.
De plus, il est essentiel de mettre en place des méca- nismes de reconnaissance et de validation des compé- tences acquises de manière informelle ou autodidacte, afin de perfectionner l’expérience professionnelle et faciliter l’intégration ou la réintégration à l’embauche. Cette démarche est particulièrement pertinente pour les travailleurs du secteur informel et les artisans, qui constituent une part importante de la main-d’œuvre.
Il est également important d’encourager la mobilité pro- fessionnelle et géographique en offrant des services de conseil en carrière, de placement et de reconversion professionnelle, ainsi que des incitations pour les tra- vailleurs qui acceptent des emplois dans des régions et des rayons où la demande est plus forte.
La crise de l’emploi, enregistrée, en 2023 constitue un révélateur irréfutable, mettant en lumière les dé- fis structurels et conjoncturels auxquels le pays est confronté. La perte significative d’emplois, notam- ment dans l’agriculture et le commerce, ainsi que les fluctuations observées dans les domaines du BTP et des services, appellent à une réflexion approfondie et à une action résolue.
Les stratégies de redressement envisagées, centrées sur le renforcement des filières clés, la diversification économique et l’innovation, ainsi que sur l’amélioration des politiques d’emploi et des programmes de formation, sont autant de pistes pro- metteuses pour revitaliser le marché du travail.
