Confiance des ménages : le grand décalage entre les statistiques et le ressenti

L’indice de confiance des ménages poursuit son redressement et atteint son plus haut niveau depuis plusieurs années. Pourtant, derrière cette amélioration statistique, les Marocains continuent de broyer du noir. Pouvoir d’achat sous pression, chômage redouté et prix alimentaires toujours jugés excessifs : la reprise économique peine encore à se faire sentir dans les foyers.
Les chiffres remontent, mais le moral ne suit pas. Au troisième trimestre 2026, l’Indice de Confiance des Ménages (ICM) publié par le HCP s’établit à 59,2 points, contre 53,6 points un an auparavant. Une progression qui traduit une amélioration du climat économique par rapport à 2025. Mais cette embellie reste largement théorique pour une grande partie des ménages marocains.
Car lorsque l’on regarde les composantes de l’indice, le constat est moins flatteur. Les ménages continuent de juger sévèrement leur situation et celle du pays. Plus de 76 % estiment que leur niveau de vie s’est dégradé au cours des douze derniers mois et plus de la moitié s’attendent à une nouvelle détérioration dans l’année à venir.
Ce pessimisme trouve d’abord son origine dans le pouvoir d’achat. Malgré le reflux observé de certaines tensions inflationnistes, la flambée des prix reste omniprésente dans l’esprit des consommateurs. Près de 96 % des ménages affirment avoir constaté une hausse des prix alimentaires au cours des douze derniers mois et près de 78 % anticipent de nouvelles augmentations.
Dans ce contexte, difficile de parler de retour à la normale. Les arbitrages budgétaires restent quotidiens et les dépenses importantes sont souvent reportées. Plus de six ménages sur dix considèrent d’ailleurs que le moment n’est pas favorable à l’achat de biens durables.
À ces inquiétudes s’ajoute la question de l’emploi. Plus de 61 % des ménages anticipent une hausse du chômage dans les douze prochains mois. Même si cette perception est moins sombre qu’il y a un an, elle demeure largement négative et continue d’alimenter la défiance.
Les finances des ménages restent elles aussi fragiles. Si une majorité affirme parvenir à couvrir ses dépenses courantes, près de quatre ménages sur dix déclarent devoir s’endetter ou puiser dans leur épargne pour boucler leurs fins de mois. Seuls 2,8 % disent réussir à épargner une partie de leurs revenus.
Le signal le plus révélateur concerne justement l’épargne. À peine 7,5 % des ménages pensent pouvoir mettre de l’argent de côté au cours des douze prochains mois. Cette quasi-disparition de la capacité d’épargne illustre le sentiment de vulnérabilité qui persiste dans les foyers.
Au fond, l’enquête du HCP met en lumière une réalité qui dépasse les indicateurs. L’économie envoie des signaux de stabilisation, mais ceux-ci peinent encore à atteindre le portefeuille des ménages. La confiance progresse parce que la situation est moins mauvaise qu’hier. Pas parce qu’elle est réellement bonne aujourd’hui.
C’est tout le paradoxe de cette édition : les statistiques racontent une amélioration, tandis que le ressenti continue de parler de précarité, de prudence et d’attentisme. Tant que ce fossé persistera, la confiance des ménages restera une reprise sur le papier davantage qu’une reprise dans la vie quotidienne.
