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Economie Nationale

Conjoncture : derrière l’embellie industrielle, l’inquiétante faiblesse des commandes

industriels

L’enquête mensuelle de conjoncture de Bank Al-Maghrib pour septembre 2026 dessine un tableau moins rassurant qu’il n’y paraît au premier regard. Certes, les ventes progressent et les industriels affichent des anticipations favorables pour les mois à venir. Mais derrière ces signaux positifs, plusieurs indicateurs révèlent une dynamique industrielle encore fragile et marquée par un déficit de visibilité. 

Le premier paradoxe réside dans le décalage entre les ventes et les commandes. Alors que les ventes augmentent sur les marchés national et international, les nouvelles commandes reculent dans pratiquement toutes les branches industrielles. Cette situation pose une question de fond : la hausse des ventes observée en septembre traduit-elle une véritable reprise de la demande ou s’agit-il simplement d’un phénomène temporaire qui pourrait rapidement s’essouffler faute de renouvellement des carnets de commandes ?

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Plus préoccupant encore, les carnets de commandes demeurent inférieurs à la normale dans l’ensemble des secteurs à l’exception de l’agroalimentaire. Or, dans l’industrie, ce sont les commandes qui préparent la croissance de demain. Leur faiblesse actuelle constitue donc un signal d’alerte que les performances commerciales ponctuelles ne suffisent pas à masquer.

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Une croissance à deux vitesses

L’enquête met également en évidence les profondes disparités qui traversent le tissu industriel marocain.

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La mécanique et métallurgie affiche des performances relativement solides avec une progression de la production et des ventes ainsi qu’un taux d’utilisation des capacités de production de 87 %, l’un des plus élevés de l’industrie nationale.

À l’inverse, le textile et cuir continue de subir des difficultés structurelles. Production, ventes et commandes sont orientées à la baisse tandis que le taux d’utilisation des capacités plafonne à 74 %. Plus inquiétant encore, plus de la moitié des opérateurs du secteur déclarent manquer de visibilité sur l’évolution future des ventes. 

L’agroalimentaire n’envoie pas davantage de signaux rassurants. La demande intérieure montre des signes d’essoufflement, les ventes nationales reculent et les industriels anticipent une baisse de leur activité dans les prochains mois. La progression des exportations permet certes d’amortir le choc, mais elle ne suffit pas à inverser la tendance générale. 

Le poids grandissant de l’incertitude

L’un des enseignements les plus marquants de l’enquête est sans doute le niveau élevé d’incertitude exprimé par les chefs d’entreprise. Trente-deux pour cent des industriels déclarent ne pas disposer d’une visibilité suffisante sur l’évolution future de leur production et 26 % sur celle des ventes. Dans certains secteurs, ces proportions atteignent des niveaux particulièrement élevés. 

Cette prudence révèle un phénomène plus profond : les entreprises ont certes retrouvé une certaine capacité de résistance, mais elles demeurent réticentes à engager des investissements ou à accélérer leur production dans un environnement économique qu’elles perçoivent comme instable. Les dirigeants semblent davantage dans une logique d’attentisme que dans une stratégie d’expansion.

Une industrie qui peine à transformer l’embellie en reprise durable

Au final, l’enquête de Bank Al-Maghrib montre une industrie marocaine qui résiste davantage qu’elle ne progresse réellement. La hausse des ventes constitue une bonne nouvelle, mais elle ne s’accompagne pas d’une amélioration des fondamentaux. Le recul des commandes, la faiblesse persistante des carnets et le niveau élevé d’incertitude témoignent d’une reprise encore incomplète.

En réalité, les résultats de septembre suggèrent que l’industrie nationale continue d’évoluer dans une zone grise. Autrement dit, suffisamment robuste pour éviter le décrochage, mais encore trop fragile pour enclencher un véritable cycle de croissance. Tant que les commandes ne retrouveront pas une trajectoire plus dynamique, l’optimisme affiché par les industriels pourrait apparaître davantage comme un acte de confiance que comme le reflet d’une amélioration tangible de la conjoncture. 

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