Flash
Mondelēz International nomme Adyl Laraki au poste de directeur général pour l’Afrique du Nord-Ouest Filière sucrière : la FIMASUCRE mise sur 63.000 hectares pour renforcer la production nationale en 2026-2027 Déclaration du gouvernement 2026-2031 : des chiffres en campagne, du flou au pouvoir PLF 2027 : le texte approuvé en Conseil du gouvernement Le cadre constitutionnel de l’investiture parlementaire du gouvernement Corruption, conflit d’intérêt, l’enrichissement illicite… : les paroles à l’épreuve de la transparence et de l’action Croissance record, porte-monnaie vide… pourquoi les Marocains ne voient-ils pas la couleur ? L’or recule, la hausse des prix du pétrole ravivant les craintes d’inflation Salon International des Dattes au Maroc : Erfoud accueille la 15e édition du du 28 octobre au 1er novembre 2026 CAN de futsal : le Maroc écarte l’Égypte et rejoint l’Angola en finale
Politique nationale

Déclaration du gouvernement 2026-2031 : des chiffres en campagne, du flou au pouvoir

Fatima-Ezzahra El Mansouri Gouvernement Majorité
Les programmes électoraux promettaient des résultats. La déclaration gouvernementale promet une méthode. Entre les deux se glisse une question simple : où sont passés les chiffres ? Dans un contexte de participation électorale limitée, de confiance fragilisée et d’urgences sociales pressantes, la crédibilité de la majorité se jouera moins sur ses ambitions que sur sa capacité à démontrer rapidement que celles-ci sont finançables, exécutables et mesurables. Une déclaration sans véritable seuil de réussite.
Pendant la campagne électorale, les partis de la majorité rivalisaient en chiffres. Une fois aux commandes, ils parlent méthode.  C’est le principal enseignement qui ressort de la comparaison entre la Déclaration du gouvernement et les programmes électoraux des 4 partis formant la Majorité.

À première vue, rien ne semble avoir changé. Le pouvoir d’achat, l’emploi, la jeunesse, la santé, l’éducation, la lutte contre les inégalités, l’État de droit ou encore la souveraineté économique demeurent au cœur du projet gouvernemental. Pourtant, lorsqu’on dépasse les intitulés pour examiner les engagements concrets, une autre réalité apparaît : la majorité conserve les objectifs, mais fait disparaître une partie des résultats qu’elle avait promis de livrer.

Il convient toutefois de reconnaître un élément souvent oublié dans le débat public. La déclaration gouvernementale n’est pas le programme d’un seul parti, mais le produit d’une négociation entre plusieurs formations politiques.
En théorie, cet exercice de convergence ne devrait pas conduire à un affaiblissement des engagements pris devant les électeurs. Lorsque les programmes de partis différents convergent sur des objectifs similaires, comme l’emploi, le pouvoir d’achat, l’amélioration de l’école et de l’hôpital publics, la lutte contre les inégalités ou encore la bonne gouvernance, les promesses qui font consensus sont censées être consolidées plutôt que diluées.
Or la comparaison des textes donne parfois l’impression inverse : les objectifs communs demeurent, mais les indicateurs chiffrés qui permettaient d’en mesurer la réalisation s’estompent au fil des arbitrages. Comme si la convergence programmatique avait préservé les ambitions tout en atténuant les instruments de reddition des comptes.
C’est là l’un des paradoxes de l’exercice qui commence : plus le consensus politique semble large, moins les critères permettant de juger son succès paraissent explicites.

Le temps des chiffres, le temps du flou

Publicité

Les programmes électoraux étaient en effet construits autour d’indicateurs précis.

Publicité

Le PAM annonçait la création d’un million d’emplois nets, un taux de chômage ramené à 7 %, une croissance moyenne de 5 % et l’accès au logement pour 500.000 familles.

Publicité

L’USFP promettait une hausse de 20 % du salaire moyen, une progression de 15 % du revenu net des salariés, 250.000 emplois industriels supplémentaires, 200.000 jeunes insérés chaque année et une réduction de moitié de la pauvreté multidimensionnelle.

L’Istiqlal avançait notamment l’objectif de former 100.000 talents numériques et multipliait les engagements ciblés envers les familles, les jeunes et la classe moyenne.

Ces promesses avaient au moins une vertu : elles permettaient aux électeurs de savoir précisément sur quoi juger leurs futurs gouvernants.

La déclaration gouvernementale reprend pratiquement toutes les priorités de campagne. L’emploi devient une priorité. Le pouvoir d’achat devient une priorité. Le logement devient une priorité. La jeunesse devient une priorité. L’école publique devient une priorité. Même la santé.

Mais combien d’emplois ? Quelle progression des revenus ? Combien de logements ? Quelle baisse du chômage ? Quels objectifs intermédiaires en matière de santé ou d’éducation ?

Le document apporte peu de réponses explicites à ces questions. Les ambitions demeurent. Les indicateurs s’effacent.

Le glissement est loin d’être anodin. Une promesse de résultat engage politiquement. Une orientation laisse davantage de marge d’interprétation. Il serait naïf de voir dans cette évolution un simple choix rédactionnel.

Un million d’emplois constitue un engagement risqué. Soit le chiffre est atteint, soit il ne l’est pas.

À l’inverse, « favoriser l’emploi », « améliorer le pouvoir d’achat » ou « renforcer l’État social » offrent un terrain beaucoup plus confortable. Même en l’absence de résultats spectaculaires, il reste toujours possible d’invoquer les efforts engagés ou les contraintes rencontrées.

La déclaration traduit ainsi une forme de prudence politique. Les promesses les plus exposées disparaissent progressivement derrière des formulations plus souples et plus difficiles à évaluer.

Le grand angle mort budgétaire

Mais le point le plus fragile du document ne réside peut-être pas dans l’absence de chiffres. Il réside dans l’absence d’explications sur les moyens financiers. Moins la trajectoire, plus sur le mode d’emploi.

Car derrière chaque engagement se cache une question simple : qui paiera ?

La majorité promet simultanément davantage d’emplois, davantage de protection sociale, davantage d’investissements publics, davantage de logements, davantage de dépenses pour l’école et la santé, davantage d’investissements dans l’eau, l’énergie, le numérique et l’intelligence artificielle.

Pris séparément, chacun de ces objectifs peut sembler réaliste. Pris ensemble, ils représentent un coût considérable.

Or la déclaration invoque régulièrement le « réalisme » et la « soutenabilité des finances publiques » sans réellement détailler les arbitrages budgétaires qui permettront de financer cette accumulation de priorités.

Les questions essentielles demeurent sans réponse claire : quelle part de l’effort reposera sur le budget de l’État ? Quelle part reposera sur l’endettement ? Quelles dépenses seront sacrifiées pour financer les nouvelles politiques ? Quelle sera la hiérarchie des priorités en cas de ralentissement économique ?Comment concilier extension de l’État social et maîtrise du déficit public ?

Ces questions ne sont pas techniques. Elles sont au cœur même du contrat politique. Car dans toute action publique, les budgets révèlent les véritables priorités. Les discours indiquent ce que l’on souhaite faire. Les crédits indiquent ce que l’on fera réellement. Sans oublier que ce mandat connaîtra un événement majeur, celui de la Coupe du Monde 2030. Qui paiera cette addition bien salée, sachant que l’ardoise est déjà lourde ? 

Les droits et la gouvernance : mêmes intentions, mêmes zones d’ombre

Le constat vaut également pour les droits et la gouvernance. Les programmes électoraux évoquaient la lutte contre les conflits d’intérêts, la protection des lanceurs d’alerte, le renforcement des mécanismes de contrôle ou encore l’amélioration du classement du Maroc dans les indicateurs internationaux de gouvernance et de lutte contre la corruption.

La déclaration réaffirme son attachement à l’État de droit, à l’accès à la justice, à la participation citoyenne et à la lutte contre les rentes. L’intention est claire. La mesure l’est beaucoup moins.

Comment évaluera-t-on le recul de la rente ? Comment mesurera-t-on le renforcement de l’État de droit ? Quels indicateurs permettront d’apprécier les progrès en matière de gouvernance ?

Là encore, le gouvernement fixe un cap sans toujours préciser les instruments qui permettront de vérifier qu’il est effectivement atteint.

Le temps politique s’accélère pour le gouvernement El Mansouri

La fragilité de cette déclaration tient aussi au contexte politique dans lequel elle est présentée.

Certes, la majorité est issue des urnes. Mais elle ne peut pas ignorer qu’une part importante des citoyens est restée à distance du processus électoral. Le faible niveau de participation relativise mécaniquement la portée du mandat politique reçu et rappelle que l’adhésion populaire aux promesses de campagne ne saurait être considérée comme uniforme ou acquise.

Par ailleurs, cette législature débute dans un climat social marqué par une accumulation de frustrations. Les années précédentes ont été marquées par une forte pression sur le pouvoir d’achat, la hausse du coût de la vie, les conséquences durables des crises successives, la persistance du chômage, notamment chez les jeunes diplômés, ainsi qu’un sentiment de déclassement largement partagé dans une partie de la société.

Autrement dit, la majorité hérite moins d’un état de grâce que d’un capital de patience déjà largement entamé.

C’est ce qui rend le défi particulièrement délicat. Les citoyens qui ont voté attendent des résultats rapides. Ceux qui se sont abstenus attendent souvent des preuves avant de renouer avec la confiance politique. Dans les deux cas, les marges d’erreur apparaissent plus réduites que lors de précédentes alternances.

Dans ces conditions, le gouvernement sera probablement jugé bien avant la fin de la législature. Les premiers budgets, les premières décisions sur l’emploi, le pouvoir d’achat, le logement ou la santé constitueront autant de tests de crédibilité. Car lorsque les attentes sociales sont fortes et que la confiance est fragile, le temps politique s’accélère.

Au fond, la question n’est peut-être même plus de savoir si les objectifs affichés seront atteints en 2031. Elle est de savoir si la majorité pourra démontrer suffisamment tôt que ses promesses commencent à produire des effets concrets.

Car dans le contexte actuel, les citoyens n’attendent pas seulement une vision, un calendrier ou une trajectoire. Ils attendent des signaux tangibles de changement. Et c’est souvent sur ces premiers résultats, bien davantage que sur les promesses de long terme, que se joue la crédibilité d’un mandat.

L’épreuve des preuves

Au fond, le principal reproche que l’on peut adresser à cette déclaration n’est pas son manque d’ambition. Rarement une majorité aura embrassé un agenda aussi vaste : emploi, État social, jeunesse, santé, éducation, souveraineté économique, transition numérique, gouvernance et droits.

Le problème est ailleurs.

À mesure que les ambitions s’élargissent, les engagements deviennent moins mesurables et les moyens de les financer moins visibles.

La majorité a obtenu la confiance des électeurs en promettant des résultats. Une fois au pouvoir, elle demande surtout à être jugée sur une trajectoire.

Or les citoyens ne vivent ni des stratégies, ni des trajectoires. Ils vivent de leur pouvoir d’achat, de leur emploi, de la qualité de l’école de leurs enfants, de l’accès aux soins ou au logement.

C’est pourquoi le véritable défi de cette législature n’est pas de produire une vision. La déclaration montre qu’elle existe.

Le véritable défi est de convaincre rapidement que cette vision est financée, exécutable et capable de produire des résultats tangibles.

Car dans un contexte de confiance fragilisée et d’urgences sociales immédiates, le temps des promesses est déjà derrière nous. Celui des preuves a commencé !

Publicité

Laisser un commentaire

Publicité
Publicité
error: Content is protected !!