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Dirham digital : une révolution monétaire en préparation

dirham

Face à l’essor des paiements numériques et à la montée des actifs digitaux, le Maroc réfléchit à l’introduction d’un dirham digital émis par Bank Al-Maghrib. Encore à l’état de projet, cette monnaie numérique de banque centrale pourrait transformer les paiements, renforcer l’inclusion financière et faciliter les transferts internationaux, tout en soulevant d’importants défis en matière de stabilité financière et de cybersécurité.

La révolution numérique redessine progressivement les contours de l’économie mondiale. Après les plateformes de paiement, les fintechs et les cryptomonnaies, ce sont désormais les banques centrales qui investissent le terrain de l’innovation monétaire.

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Partout dans le monde, les autorités monétaires explorent le concept de monnaie digitale de banque centrale (MDBC), une version numérique de la monnaie nationale bénéficiant du même statut que les billets et pièces. L’objectif est double : préserver le rôle de la monnaie publique dans une économie toujours plus digitalisée et proposer une alternative sûre aux cryptoactifs privés. 

Au Maroc, cette réflexion intervient dans un contexte particulier. Malgré la progression des paiements électroniques et du mobile payment, l’économie reste fortement dépendante du cash. La circulation fiduciaire a dépassé les 500 Mds de DH en 2025, traduisant l’attachement persistant des ménages et des entreprises aux espèces.

Une réponse aux défis de l’inclusion financière

Pour les autorités monétaires, le dirham digital pourrait devenir un levier supplémentaire pour accélérer l’inclusion financière. En effet, dans un document de travail« Monnaie digitale de Banque centrale : Enjeux et enseignements pour le Maroc », réalisé par Chaymae Chaoui, Kamal Lahlou et Mohammed Mikou pour Bank Al-Maghrib, les auteurs y examinent les implications économiques, financières et technologiques d’une éventuelle émission d’un dirham digital, à la lumière des expériences internationales et des spécificités du contexte marocain

Près de 38 % des particuliers résidents ne disposent toujours pas de compte bancaire, tandis que l’accès aux services financiers demeure limité pour certaines catégories de la population, notamment dans les zones rurales et parmi les jeunes.

Une monnaie numérique accessible via téléphone mobile, utilisable même hors connexion dans certaines situations et peu coûteuse à utiliser, pourrait contribuer à réduire ces barrières. Elle offrirait également la possibilité d’intégrer davantage d’acteurs de l’économie informelle dans les circuits financiers formels.

L’enjeu est loin d’être marginal. L’économie informelle représente environ 30 % du PIB national et mobilise une part importante de l’emploi. Or, la très faible bancarisation des unités de production informelles limite leur accès au financement et leur intégration dans l’économie structurée. 

Des transferts internationaux plus rapides et moins coûteux

L’un des atouts les plus prometteurs du dirham digital concerne les paiements transfrontaliers. 

Les transferts des Marocains résidant à l’étranger constituent une source essentielle de devises pour le Royaume. Pourtant, ces opérations restent souvent coûteuses et parfois lentes. Selon les travaux cités dans l’étude, les projets internationaux de monnaies digitales pourraient réduire significativement les frais et délais de transfert grâce à une diminution du nombre d’intermédiaires.

Pour une économie fortement connectée à sa diaspora et à ses partenaires européens, cette perspective revêt une importance stratégique. Elle pourrait contribuer à fluidifier les flux financiers tout en renforçant l’attractivité de l’écosystème fintech marocain. 

Prudence face aux risques

Si les opportunités sont importantes, les risques le sont tout autant.

Une adoption massive du dirham digital pourrait entraîner un déplacement d’une partie de l’épargne détenue dans les banques vers cette nouvelle forme de monnaie, fragilisant potentiellement le financement du système bancaire. Pour limiter ce risque, les scénarios étudiés privilégient une monnaie non rémunérée, assortie de plafonds de détention et destinée avant tout aux paiements du quotidien. 

L’autre défi majeur concerne la cybersécurité. Dans un environnement où les transactions seraient entièrement numériques, toute faille informatique pourrait affecter la confiance dans la monnaie et perturber le fonctionnement du système financier. Les travaux de Bank Al-Maghrib accordent ainsi une place centrale à la résilience technologique, à la protection des données et à la continuité des services. 

Le choix d’un modèle marocain

Les analyses conduites par Bank Al-Maghrib, avec l’appui du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, convergent vers un modèle hybride. La Banque centrale assurerait l’émission du dirham digital, tandis que les banques et les établissements de paiement conserveraient la relation avec les utilisateurs.

Le dispositif envisagé reposerait sur plusieurs principes : une convertibilité totale avec le dirham, un accès via portefeuille numérique, des paiements hors ligne, une protection graduée de la confidentialité et une interopérabilité avec les infrastructures existantes. 

Une transformation à long terme

Aucune décision d’émission n’a encore été prise. Les expérimentations menées jusqu’à présent visent principalement à évaluer la faisabilité technique, les impacts économiques et les conditions d’acceptation par le public.

Pour le Maroc, le dirham digital apparaît moins comme une réponse immédiate que comme un projet stratégique de long terme. Son déploiement dépendra de l’évolution des usages, de la maturité des infrastructures numériques et de la capacité des autorités à instaurer un climat de confiance.

Plus qu’une innovation technologique, le dirham digital pourrait ainsi constituer la prochaine grande transformation du système monétaire national, à condition de concilier innovation, inclusion et stabilité financière.

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