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Economie

Le Dirham face au choc des devises : pourquoi il résiste à l’Euro mais plie devant le Dollar

Dirham

Ecrit par S. Es-Siari I

Selon le dernier bulletin de Bank Al-Maghrib (BAM), le Dirham a affiché une double trajectoire contrastée : une appréciation de 0,1% face à l’Euro et une dépréciation de 0,8% vis-à-vis du Dollar américain. Loin d’être un simple hasard, cette évolution asymétrique met en lumière la structure unique du régime de change marocain et les forces macroéconomiques internationales qui dictent sa valeur. Décryptage d’un équilibre monétaire sous haute surveillance.

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Pour comprendre pourquoi le Dirham progresse d’un côté et recule de l’autre, il faut se pencher sur son mécanisme d’ancrage. La monnaie nationale est arrimée à un panier fixe composé à 60% d’Euro et à 40% de Dollar américain. Cette pondération reflète la structure des échanges commerciaux du Royaume, historiquement tournés vers l’Europe.

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Lorsque le Dollar se renforce sur la scène internationale — propulsé par des taux d’intérêt américains élevés et une économie d’outre-Atlantique robuste —, l’Euro perd mécaniquement du terrain. Par un effet de ricochet technique, le Dirham suit ce mouvement de balancier : il plie face au billet vert mais gagne de la valeur face à la monnaie unique européenne. Sur la période, le marché interbancaire s’est autorégulé sans que BAM n’ait besoin de réaliser d’opérations d’adjudication de devises, preuve que la monnaie flotte sereinement à l’intérieur de sa bande de tolérance de ±5%.

Parallèlement, les avoirs officiels de réserve ont enregistré une baisse de 0,4% d’une semaine à l’autre, s’établissant à 466,8 Mds de DH. Ce fléchissement à court terme est habituel. Il correspond généralement au règlement des factures d’importation de produits énergétiques ou de biens d’équipement.

C’est toutefois la perspective annuelle qui révèle la véritable santé financière du pays : en glissement annuel, ces réserves bondissent de 17,8%. Cette solide performance à long terme confirme la résilience des moteurs traditionnels de devises du Maroc : la reprise vigoureuse des recettes touristiques, le dynamisme des exportations automobiles et phosphates, ainsi que la régularité exemplaire des transferts de fonds des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Ce matelas de devises offre au Royaume une souveraineté économique cruciale face aux chocs externes.

Bank Al-Maghrib maintient les banques sous perfusion

Si le marché des changes externe est resté calme, le front intérieur de la liquidité bancaire a exigé une intervention massive de la banque centrale. Les banques marocaines souffrent d’un déficit structurel de liquidités, exacerbé par la hausse de la monnaie en circulation fiduciaire (le cash).

Pour y remédier, Bank Al-Maghrib a injecté un volume quotidien moyen impressionnant de 162,2 Mds de DH. Cette perfusion monétaire utilise toute la panoplie des instruments disponibles : 62 Mds de DH sous forme d’avances à 7 jours, 50,3 Mds de DH via des pensions livrées à plus long terme, 49,7 Mds de DH en prêts garantis et 120 MDH en swaps de change. Lors du dernier appel d’offres, BAM a encore injecté 73,3 Mds de DH. L’objectif est clair : abreuver le marché interbancaire pour stabiliser le taux interbancaire à 2,25%.

En alignant ce taux de marché sur son taux directeur, BAM s’assure que le coût du crédit reste maîtrisé pour les entreprises et les ménages, évitant ainsi un étranglement de l’économie réelle.

Quels impacts sur le quotidien des Marocains ?

Cette configuration monétaire engendre des effets mixtes. Le recul du Dirham face au Dollar renchérit la facture énergétique du pays, le pétrole et le gaz étant libellés en monnaie américaine. Cela exerce une pression invisible sur les prix à la pompe et les coûts de transport. À l’inverse, la petite victoire du Dirham face à l’Euro allège le coût des importations en provenance de la zone euro, le premier partenaire commercial du Maroc.

Le pays navigue donc sur une ligne de crête, gérant une inflation importée d’un côté tout en préservant son pouvoir d’achat de l’autre. La stabilité globale reste le maître-mot de cette transition économique.

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