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Economie

Energie Maroc 2050 : les bases d’une ‘tendance lourde’ de l’énergie et l’électricité au Maroc

Afrique électricité

Cet article fait partie d’une série de trois visant à présenter les besoins en énergie, dont l’électricité, pour le Maroc en 2050 dans le cadre d’un scénario économique « business-as-usual » (BAU), d’abord sans, puis avec introduction massive, mais progressive, de la voiture électrique.

Une « tendance lourde » est une expression désignant le futur le plus probable… si rien ne vient la contrarier. Pour construire tout scénario du futur énergétique du Maroc, il est essentiel d’en reconstituer l’histoire et de chercher dans celle-ci les éléments qui seraient les plus utiles aux projections futures.

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La recherche de comportements typiques dans l’histoire énergétique du pays prend d’autant plus d’importance qu’elle risque, dans les deux prochaines décades, d’être perturbée par l’arrivée massive des véhicules électriques. Il est donc extrêmement important d’isoler les éléments dont l’évolution restera probablement inchangée de ceux dont l’évolution subira, à coup sûr, de profondes modifications.

Il faut commencer par une description des éléments indispensables à l’étude de l’évolution du « système énergétique Maroc non perturbé », à l’instar de ce que l’on ferait en physique avec la « théorie des perturbations ». Mais ce n’est qu’une métaphore car il s’agit ici de choses bien moins complexes et nous limiterons les informations à celles qui sont indispensables à la description du « système énergétique du Maroc non perturbé ». Allons donc d’abord chercher les comportements « structurels » (par opposition à « conjoncturels ») desdits éléments et de leurs projections indispensables à cette étude préalable.

Sauf quand spécifiquement mentionné, les sources des données sont strictement officielles :

  • internationales pour les revenus[1],
  • nationales pour les données énergétiques[2], [3], [4], [5], [6].

  1-1- Les projections du PIB à l’aide l’évolution du PIB en Dh constants par habitant   

En cherchant dans les différents comportements des données de revenus, nous avons trouvé une évolution structurelle permanente depuis près de 60 ans : abstraction faite des fluctuations conjoncturelles, le PIB en Dirhams constants par habitant a suivi une évolution mathématiquement uniforme depuis 1960.

Les cercles bleus de la Figure 1 représentent les PIB en Dirhams constants par habitant entre 1960 et 2019 et la courbe continue bleue montre leur ajustement exponentiel.

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Figure 1 Evolution du PIB en Dh constants par habitant entre 1960 et 2019

On notera l’excellente qualité visuelle de l’ajustement obtenu par une exponentielle augmentant de 2,48% est confirmée par un coefficient de corrélation (R²) de 99,1% entre 1960 et 2019. Les années suivantes ont été volontairement ignorées pour ne pas perturber l’ajustement par l’effet COVID puisque nous ne retiendrons que l’augmentation de 2,48% qui se greffera sur les années de prospective.

Même s’il est récemment devenu conventionnel de se référer à 2014, l’habitude de travailler avec des valeurs de l’année 2007 nous était acquise durant les années où la comptabilité nationale prenait celle-ci pour référence (après avoir utilisé les années 1980 et 1998). Toutefois, il a été vérifié que l’augmentation exponentielle est indépendante de l’année choisie pour la valeur constante du Dirham et même si le facteur multiplicatif pré exponentiel en dépend, il ne présente pas d’intérêt pour nous.

Qu’il soit en Dirhams courants ou constants, le PIB total est influencé par l’évolution de la démographie et n’a pas montré une évolution aussi simple que celle du PIB par habitant. Voici donc un premier élément du « système énergétique du Maroc non perturbé », qui sera utile à toute prospective représentant le « futur le plus probable » sans comportements disruptifs : dans un scénario « business-as-usual » (BAU) le PIB en Dirhams constants par habitant devrait augmenter de 2,48% par an. Le graphique inséré montre l’évolution du PIB total qui en résulte compte tenu de la démographie historique et prospective. Les cercles rouges montrent les valeurs historiques alors que le trait plein rouge résulte de l’extrapolation basée sur un PIB en Dh constants par habitant augmentant de 2,48%/an.

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Cette extrapolation montre que, dans ces conditions, le PIB de 2050 dépasserait légèrement 2’600 GDh de 2007 ce qui, pour l’instant, va nous permettre de fixer la plage de revenus des corrélations qui suivent et de vérifier que leurs extrapolations ne comportent pas de surprises inattendues.

 1-2- Les projections de l’énergie à l’aide de sa corrélation au PIB en Dh constants    

Après que tous les vecteurs énergétiques consommés aient été préalablement convertis à l’aide de leur pouvoir calorifique (combustibles) ou conventionnel (0,26 tep par MWh d’électricité renouvelable ou importée), la Figure 2 décrit le nexus énergie – PIB entre 1980 et 2023. Elle montre la corrélation décrivant la variation de l’énergie totale consommée dans le pays en fonction du PIB en Dh de 2007.

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Figure 2 Nexus énergie – PIB entre 1980 et 2023

On notera l’excellente qualité visuelle de l’ajustement obtenu par une parabole, confirmé par un coefficient de corrélation de 99,7% entre 1980 et 2023. L’ajustement parabolique a été choisi pour conférer à la corrélation un minimum de non-linéarité sans tomber dans le risque d’extrapolation de polynômes de plus haut degré dès lors que la qualité de l’ajustement est satisfaisante. On notera que les années COVID ne se sont pas écartées significativement de la corrélation pour les mêmes raisons que plus haut car la baisse de revenus a été accompagnée par la baisse idoine de consommation énergétique. Au-delà de l’année 2023, soit au dessus de 11’500 GDh 2007, la corrélation est extrapolée en utilisant les revenus dans l’insert en Figure 1.

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Tableau 2 Evolution future la plus probable de la consommation d’énergie

Dans ces conditions, partant de 23,9 Mtep en 2023, l’extrapolation montre que pour un PIB atteignant 2’630 GDh 2007 (valeur prévue pour 2050), la consommation d’énergie friserait les 63 Mtep en 2050.

 1-3- Les projections de l’électricité à l’aide de sa corrélation au PIB en Dh constants   

Après la sommation de toute l’électricité livrée par l’ONEE (clients ONEE + clients LER + distributeurs), la Figure 2décrit le nexus électricité – PIB entre 1980 et 2023, c’est-à-dire qu’elle montre la corrélation décrivant la variation des livraisons totales d’électricité par l’ONEE-BE  dans le pays en fonction du PIB en Dh de 2007.

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Figure 3 Nexus électricité – PIB entre 1980 et 2023

On notera l’excellente qualité visuelle de l’ajustement obtenu par une parabole confirmé par un coefficient de corrélation de 99,7%, là aussi, entre 1980 et 2023. L’ajustement parabolique a été choisi pour les mêmes raisons que plus haut. Là aussi, les années COVID ne se sont pas écartées significativement de la corrélation pour les mêmes raisons que plus haut. Au-delà de l’année 2023, soit au dessus de 11’500 GDh 2007, la corrélation est extrapolée en utilisant les revenus dans l’insert en Figure 1.

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Tableau 3 Evolution future la plus probable des livraisons totales d’électricité par l’ONEE

Dans ces conditions, partant de 37,8 TWh en 2023, l’extrapolation montre que pour un PIB atteignant 2’630 GDh 2007 (valeur prévue pour 2050), les livraisons ONEE dépasseraient légèrement 135 TWh.

Parmi les données électriques, les livraisons totales de l’ONEE ont été choisies pour deux raisons :

  • la première est théorique, car c’est avec l’électricité sortante du réseau que se fait l’activité économique et non avec celle qui y rentre (électricité nette appelée) dont une partie est perdue,
  • malgré cela, il a fallu éviter d’utiliser les ventes d’électricité car pas précisément connues sur toute la période et même entachées d’erreurs supplémentaires qui les sous-estiment.

 4- Les projections des carburants terrestres à l’aide de leur corrélation au PIB en Dh constants   

Après que tous les carburants terrestres (gasoil + super + essence ordinaire jusqu’à 2005) consommés aient été préalablement convertis à l’aide de leur pouvoir calorifique moyen, la Figure 5 décrit la corrélation suivie entre 1980 et 2023 et décrivant la variation de l’énergie des combustibles terrestres consommée dans le pays en fonction du PIB en Dh de 2007.

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Figure 4 Corrélation (carburants terrestres) – PIB entre 1980 et 2023

On notera la bonne qualité visuelle de l’ajustement obtenu par une parabole, confirmé par un coefficient de corrélation de 98,9% entre 1980 et 2023. L’ajustement parabolique a été choisi pour les mêmes raisons que plus haut. Là aussi, les années COVID ne se sont pas écartées significativement de la corrélation pour les mêmes raisons que plus haut. Au-delà de l’année 2023, soit au dessus de 11’500 GDh 2007, la corrélation est extrapolée en utilisant les revenus montrés par l’insert de la Figure 1.

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Tableau 4 Evolution future la plus probable de l’énergie des combustibles terrestres

Dans ces conditions, l’extrapolation montre que pour un PIB atteignant 2’630 GDh 2007 (valeur prévue pour 2050), la demande d’électricité dépasserait légèrement 17,8 Mtep (7,67 Mtep en 2023).

 5- La suite   

Le décor ayant étant planté, dans les articles suivants, nous allons estimer la substitution par de l’électricité de la totalité des besoins en énergie issue des carburants terrestres en conservant l’énergie mécanique « à la roue » des véhicules. Puis, nous étudierons des scénarios de progression de cette substitution avant d’en évaluer l’impact sur l’évolution de la consommation d’électricité et d’énergie.

Par Amin BENNOUNA sindibad@uca.ac.ma

[1] Banque Mondiale, https://donnees.banquemondiale.org/pays/maroc?view=chart

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Energie, des Mines et de l’Environnement, Portail qui a été désactivé des statistiques de l’Observatoire Marocain de l’Energie (OME), https://www.observatoirenergie.ma/data/

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction des Etudes et des Prévisions Financières (DEPF), Notes de Conjoncture, http://depf.finances.gov.ma/etudes-et-publications/note-de-conjoncture/

[1] Royaume du Maroc, Ministère de l’Economie, des Finances, et de la Réforme de l’Administration, Direction du Trésor et des Finances Extérieures (DTFE), Notes de Conjoncture, https://www.finances.gov.ma/fr/Nos-metiers/Pages/notes-conjoncture.aspx

[1] Royaume du Maroc, Bank Almaghrib, Revue de la Conjoncture Economique, http://www.bkam.ma/Publications-statistiques-et-recherche/Documents-d-analyse-et-de-reference/Revue-de-la-conjoncture-economique

[1] Haut Commissariat au Plan, Annuaire Statistique du Maroc, Version électronique après 2013 https://www.hcp.ma/downloads/Annuaire-statistique-du-Maroc-version-PDF_t11888.html, Version papier ou scannées avant 2013 https://cnd.hcp.ma/

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