FMI : La résilience de l’économie mondiale masque des vulnérabilités croissantes

La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a estimé lundi que la résilience dont fait preuve l’économie mondiale face au choc provoqué par le conflit au Moyen-Orient masque d’importantes disparités entre les pays et les régions.
« Plus de trois mois après le début de la guerre au Moyen-Orient, l’économie mondiale semble tenir bon. Les prix des matières premières, l’inflation et les anticipations inflationnistes, ainsi que les conditions financières, ont tous été affectés, mais pas encore de manière à laisser présager un ralentissement mondial », souligne Mme Georgieva dans une analyse.
La directrice générale du FMI prévient toutefois que cette image d’ensemble masque d’importantes disparités entre pays et régions. « Les importateurs d’énergie et les pays disposant d’une marge de manœuvre politique limitée sont les plus vulnérables », écrit-elle.
« Même parmi les économies avancées, certains pays et certaines communautés ont été plus durement touchés. Et en Afrique, les effets négatifs sont plus manifestes », souligne-t-elle, ajoutant qu’avec la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz et les infrastructures du Moyen-Orient endommagées par les combats, l’incertitude et les risques restent élevés.
Georgieva relève que les prix du pétrole demeurent supérieurs d’environ 30 % à leur niveau d’avant le conflit, même s’ils ont reflué par rapport aux pics enregistrés au début du conflit.
Elle note également que les anticipations d’inflation à moyen terme restent globalement bien ancrées, témoignant de la confiance des agents économiques dans la capacité des banques centrales à préserver la stabilité des prix.
Les marchés financiers ont, eux aussi, fait preuve de résilience, malgré la hausse des rendements obligataires observée depuis le début des hostilités.
La responsable du FMI met, par ailleurs, en avant le rôle croissant des investissements technologiques, notamment dans l’intelligence artificielle et les centres de données, comme facteur de soutien à l’activité dans certaines économies.
Les États-Unis, ainsi que plusieurs pays asiatiques exportateurs de technologies, bénéficient particulièrement de cette dynamique, souligne-t-elle. Elle avertit toutefois que la plupart des pays ne profitent pas encore pleinement de ces gains potentiels de productivité, faisant craindre un creusement des écarts économiques.
S’agissant des répercussions régionales du conflit, Mme Georgieva souligne que les pays du Golfe directement exposés aux hostilités ont vu leurs perspectives de croissance se dégrader sensiblement.
Selon elle, les situations les plus préoccupantes concernent toutefois les pays cumulant une forte dépendance aux importations d’énergie et une faible capacité d’intervention publique.
L’Afrique apparaît particulièrement vulnérable, la hausse des coûts énergétiques accentuant les déséquilibres extérieurs et les tensions budgétaires. Plusieurs pays du continent ont déjà été confrontés à des pénuries de carburant et à une flambée des prix de l’essence, avec des répercussions croissantes sur la sécurité alimentaire via l’augmentation des coûts des engrais et des denrées de base.
Face à cette incertitude persistante, la directrice générale du FMI appelle les décideurs à faire preuve à la fois de discipline et d’agilité. Elle plaide aussi pour le maintien de politiques monétaires crédibles, une gestion budgétaire prudente et des mesures ciblées en faveur des populations les plus vulnérables, tout en soulignant la nécessité d’investir dans les technologies et le capital humain afin d’assurer une croissance plus inclusive.
Mme Georgieva réaffirme l’engagement du FMI à accompagner ses pays membres à travers des conseils adaptés, un renforcement des capacités et, lorsque cela s’avère nécessaire, un soutien financier destiné à faire face aux conséquences du choc actuel.
Elle conclut que si la résistance de l’économie mondiale constitue un motif d’encouragement, elle ne saurait justifier la complaisance, ajoutant que le Fonds demeure « en état d’alerte maximale ».



